EDIT : À la demande générale d'IMtheRookie, une petite playlist Spotify correspondant au top, à laquelle manquent malheureusement trois artistes.
Ce n'est pas tout à fait le nouveau Grandaddy, mais ça y ressemble pourtant fortement : le premier album solo de Jason Lytle est une perle absolue, où se cotoient chansons délicieusement primaires (It's the weekend) et trésors mélancoliques à s'en relever la nuit (Ghost of my old dog, Birds encouraged him). Toutes ont en commun une infinie délicatesse, un sens aigu de la mélodie et surtout cette sensation d'assister au miraculeux retour d'un rescapé, laissé pour mort après le triste split de son glorieux groupe. Le roi n'est pas mort, vive le roi.
Hands on the radio, chanson de l'année ? Peut-être pas. Mais pas loin. Chris Garneau y fait en tout cas étalage d'une sensibilité à fleur de peau, qui pourrait passer pour pleurnicharde si elle ne semblait pas aussi sincère. La voix ouverte et aérienne de l'interprète garnira dix autres titres aux dispositifs souvent élaborés et au résultat toujours bouleversant. Garneau construit ses morceaux comme des tableaux : chaque détail compte, et chaque imperfection en fait la personnalité. Absolument splendide.
Il n'a peut-être pas trouvé le sens, mais voilà longtemps qu'il a la clé : le grand Dominique A revient avec un double album d'une densité affolante, faisant oublier un Horizon parfois grandiose mais surtout inégal. La Musique et La Matière se complètent et se répondent, non comme les deux parties indépendantes d'une même oeuvre, mais comme les hémisphères d'une même tête pensante, qui mêlerait affect, intellect, logique et intuition. Et dire qu'il y a des gens pour oublier d'aller le voir en live alors qu'ils ont leur billet depuis des mois.
Exit Smog, bonjour Bill Callahan : désormais débarrassé de tout pseudonyme, l'Américain est plus lui-même que jamais. Sa voix grave se promène au fil de morceaux imparables, toujours proches de la perfection sans jamais entrer dans un tel moule. Au coeur de ce disque admirable, un morceau concourt pour le titre de plus beau de l'année : All thoughts are prey to some beast, titre inquiet et inquiétant qu'on choisirait volontiers comme bande originale de son propre exorcisme. Soit 6 minutes de pure hypnose.
Il y en a certes un peu marre de l'entendre en conclusion des films français les plus décevants de l'année - Honoré et Chéreau, même combat ou presque. Malgré cela, Antony reste Antony, et revient avec dix ballades d'une exquise fragilité. La voix flotte, s'élève, disparaît comme dans un rêve ; le délicat lyrisme des mélodies réduit le coeur en miettes. Aussi brillants et sans doute plus mûrs que sur I am a bird now, Antony et ses Johnsons ont encore frappé fort. Espérons que nos cinéastes ne continuent pas à les piller sans résultat.
La barbe en broussaille, les lunettes noires : chez Jean-Philippe Nataf, les artifices de l'artiste ne servent qu'à alimenter l'immense pudeur de l'homme. C'est pourtant à une troublante mise à nu que l'ex (futur ?) Innocent s'adonne ici, se dévoilant au fil de textes faussement alambiqués et de sérénades ultra mélodiques. JP ose tout, chansons marathons ou comptines sauvages, et se révèle plus honnête que jamais, débarrassé de la fantaisie séductrice mais excessive d'un Plus de sucre finalement pas loin d'être surclassé.
À Clermont-Ferrand aussi, il y a des rockeurs. Ceux-là empruntent à Sparklehorse et à d'autres pour proposer une série de morceaux caressants, d'une lenteur tétanisante, cernés par une voix qui traîne, traîne encore, traîne toujours. Mais ces chuchotement répétés sont magistralement contrebalancés par une armée de guitares épaisses, parfois rageuses, jamais gratuites. Peu de gaudriole chez Delano, à la scène comme à la ville d'ailleurs ; mais pourquoi n'aurait-on pas le droit de faire un peu la gueule ?
Quand Zach Condon décide de prendre du repos, c'est pour mieux revenir avec ces deux mini-albums, très courts donc très frustrants : l'un, enregistré au Mexique, ajoute un mysticisme envoûtant à la beauté de ses précédents travaux ; l'autre, plus expérimental, le voit s'essayer à l'électro-pop avec un bonheur inégal mais toujours touchant. Plus que deux petites friandises, ce sont les promesses de deux futurs grands albums que ce jeune type de pas encore 24 ans nous offrait cette année.
Les Norvégiens swinguants commençaient à se faire attendre... Heureusement, leur troisième opus est enfin là, toujours aussi aérien mais allant creuser davantage du côté de la bossa nova. Leur plus grand défaut est aussi leur plus grande qualité : les Kings débarquent exactement là où on les attend, nous resservant une treizaine de morceaux qui auraient tout à fait trouvé leur place dans Quiet is the new loud ou Riot on an empty street. La diversité de leurs projets parallèles montre heureusement qu'il s'agit d'un vrai choix de leur part.
Avec sa gueule de nerd, son costume impeccable et son obsession de la drague, Dent May se présente comme un cousin de Barney Stinson et Howard Wolowitz. Et s'il gratte un peu son ukulélé pour ne pas faire mentir le titre de son album, c'est toute une fanfare qu'il convoque au service de ses draguouillages nocturnes et de ses coups de coeur enflammés. Michael Chang, Paris, l'alcoolisme : avec Dent May, tous les sujets sont bons pour donner envie de danser en slip.
13 commentaires sur “10 albums pour 2009”
Mignon ce top... :)
Merci de ta tolérance.
t'as quand même meilleur goût en musique qu'en ciné !! naaann j'déconnne ;-)
Le peuple réclame des liens Spotify dans cet article ;)
Heu
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Je n'ai jamais utilisé Spotify.
Oui je sais ça craint.
Mais je vois dans mes mails qu'un bon samaritain prend les choses en main pour que ça change.
Mon top ou mon tiercé : 3 - 5 - 8.
t'as pas mis le dépressif ???
Nan. J'ai beau l'aimer d'amour, y a des limites...
Une excellente idée ce top ! Je soutient la demande d'ImTheRookie, Spotify, c'est bon. Mangez-en ! Je vais m'écouter ça en rentrant du boulot, car il y en a certains que je ne connaissais pas.
hooo ! Dent May ! Il m'avait bien fait délirer cette année.
The Delano Orchestra ? Je croyais que c'était l'année dernière !
Quant à Nataf, je crois décidément qu'il faut que je m'y penche sérieusement.
Anthony and the Johnsons, j'ai carrément un certificat médical. Je peux plus..
Merci :)
Le Delano a sorti son second album cette année, ne les manquez pas à l'Olympic de Nantes le 17 février en compagnie d'autres Clermontois, Mustang et Zak Laughed & The Hobos Company ;-)Et jetez un oeil sur le top des blogueurs musicaux : http://www.soul-kitchen.fr/7874-top-des-blogueurs-2009-selection-des-meilleurs-albums-de-l%E2%80%99annee/
Je parle du top des blogueurs en intro de ce billet...
Oups, pardon, en plus je l'ai lu, ;-)
Merci pour le lien où j'ai pu me rendre compte que cette année, la musique est passée avant le cinéma, quand je vois le nombre abyssal de films que je n'ai pas vu ;-)
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