La première force de Hadewijch est pourtant picturale : on se noierait volontiers dans les yeux de cette étudiante en théologie si aveuglée par sa foi qu'elle semble évoluer dans le monde matériel comme une somnambule. Dieu semble agir sur elle comme une sorte d'épaisse pellicule la protégeant des attaques extérieures, et c'est assez étrange à voir. Momentanément évincée de chez les soeurs et sommée d'aller un peu voir la vraie vie, la voici parachutée dans le grand appartement parisien de ses parents. Désireuse de tuer l'ennui et de profiter un peu de sa liberté retrouvée, l'ex Hadewijch - redevenue Céline - découvrira, au fil de ses rencontres, un autre type de foi qui lui ouvrira d'autres horizons. Son parcours, filmé avec simplicité mais rigueur, a la beauté de ces promenades apparemment sans but, qui finissent par déboucher sur une trouvaille inattendue.
C'est toute la bizarrerie du style Bruno Dumont : on est ballotté, malmené, tiraillé par des impressions contradictoires, mais toujours désireux d'avancer avec le cinéaste tant ce qui suit est impossible à prévoir. Les réponses ont le mérite de ne jamais laisser indifférent, et le virage pris par Hadewijch après plus d'une heure entre Paris et le pensionnat a de quoi créer perplexité et stimulation intellectuelle. Céline - incroyable Julie Sokolowski - sait-elle vraiment où elle va ? Son Dieu la protège-t-il autant que prévu ? Où s'arrête la bienveillance de la religion ? On emporte ces question avec soi après la projection d'un film chaotique et magnifique, qui marque une certaine évolution dans la mise en scène de Dumont : on le sent plus doux, plus à l'écoute de ses personnages, animé par plus de compassion et moins de mépris. mais toujours aussi en alerte face aux perversions de notre époque.
Hadewijch de Bruno Dumont. 1h45. Sortie : 25/11/2009.
Critique publiée sur Écran Large.
3 commentaires sur “HADEWIJCH”
J'aimerais bien découvrir ce réalisateur... tu me conseillerais de commencer par quel film?
Moi je les ai vus dans l'ordre ; je trouve que c'est vraiment le mieux pour percevoir l'évolution discrète mais perceptible du cinéma de Dumont.
Donc, La vie de Jésus, puis L'humanité, Twentynine palms, Flandres et celui-ci. Tous ne se valent pas, mais tout est assez passionnant quand même.
Zut! Moi qui espérais secrètement que tu me dises Flandres, le seul que j'ai en DVD :(
Enregistrer un commentaire