Le film ressemble trait pour trait au fameux Imaginarium, vieux théâtre ringard et mystérieux ayant perdu tout prestige mais suscitant la curiosité. Gilliam enclenche laborieusement une sombre histoire de miroir magique permettant de passer du monde réel à un univers vous montrant votre vie telle que vous la rêvez... ou telle qu'elle est vraiment. Tout l'intérêt de ces allers-retours se situe dans cet étrange paradoxe qui les rend assez inquiétants : comme pour n'importe quelle drogue, les effets secondaires peuvent rapidement prendre plus d'ampleur que le plaisir primaire. Le film ne va finalement pas plus loin dans l'analyse, se contentant d'empiler les voyages d'un univers à l'autre afin de donner libre cours à la fantaisie visuelle du père Gilliam. C'est d'ailleurs assez réussi : les ambiances sont nombreuses et variées, les idées fusent à chaque plan, et certaines séquences un peu pathétiques sont souvent rattrapées par d'autres situées peu après.
L'imaginarium du docteur Parnassus restera à jamais comme le dernier film interprété par Heath Ledger, décédé avant la fin du tournage. Sans même vouloir faire dans l'humour noir, on peut affirmer que l'acteur est mort au bon moment, en tout cas suffisamment tard pour permettre à Gilliam de modifier le script à la va-vite afin de pouvoir terminer le tournage en conservant une certaine cohérence. Étrangement, alors qu'il est désespérément mauvais niveau narration, le cinéaste est parvenu à intégrer ce handicap avec une facilité déconcertante : lorsque Jack, le héros joué par HeathLedger, passe de l'autre côté du miroir, il change imperceptiblement de visage, ce qui colle assez bien à l'idée d'ensemble du film. À un Ledger plutôt convaincant succèdent alors un Johnny Depp très pro, un Jude Law pas très à l'aise et surtout un Colin Farrell détonant, à qui Gilliam a confié la partie la plus longue et la plus délicate des trois, et qui s'en sort comme un chef. Le fil narratif de l'intrigue ayant disparu depuis bien longtemps, le spectateur dispose de tout le temps nécessaire pour comparer ces acteurs, les évaluer comme il se doit, imaginer comment aurait été le film sans cette tragédie... Bref, L'imaginarium du docteur Parnassus est un film qui permet de penser à autre chose, nous traînant gentiment jusqu'à une fin prévisible. Gilliam sait encore produire de belles images, pousser des acteurs dans leurs retranchements (aah, Tom Waits en Satan), mais il devait définitivement passer la main à des auteurs capables de lui fournir des histoires aussi illuminées mais mieux bâties que ce pataquès qui aurait pu signer son retour en grâce.
L'imaginarium du docteur Parnassus (Imaginarium of Doctor Parnassus ) de Terry Gilliam. 2h02. Sortie : 11/11/2009.
12 commentaires sur “L'IMAGINARIUM DU DOCTEUR PARNASSUS”
Dis pas d'horreurs je te prie !
Gillian ne doit passer la main à personne.
Il va finir par se ressaisir. Il a trop de choses en tête. Il va se calmer.
Et puis revoir Heath !
Ta phrase "il est mort à temps", c'est pas de l'humour noir, c'est de l'humour con.
De rien.
Entre amis on peut tout se dire.
Bon j'ai pas bien compris le sens de cette phrase au début : "vous montrant votre vie telle que vous la rêvez... tout telle qu'elle est vraiment."... T'as pas oublié quelque chose ?
Y a un "tout" qui s'était transformé en "ou".
Mais c'est même pas de l'humour ! C'est juste la vérité ! Le Heath, il trépassait 2 semaines plus tôt, y avait pas de film possible ou alors ça aurait été la giga cata façon Ed Wood !
Han! Ta note m'a ruiné ma journée... c'est un peu le film que j'attends le plus d'ici à la fin de l'année.
Bon c'est pas grave, je vais vite oublier ce que j'ai lu et j'irai le voir, en plus perso j'ai beaucoup aimé Tideland ;)
Ben c'est toi même en personne qui disais que c'était de l'humour ! Moi j'trouve pas.
Je crois que je serai systématiquement déçu par toutes les réalisations de Gilliam... déçu en tout cas par les films précédents... et malgré le fait que j'attendais celui-ci avec curiosité - comme souvent avec Gilliam - on dirait qu'il est du même acabit que Tideland ou Les Frères Grimm...
SysT
Bande d'abrutis...
Merci anonyme !
Le fantôme d'Heath Ledger sans doute...
Toujours drôle de voir que beaucoup de monde n'a pas saisi l'amplitude tacite et philosophique du film, loin de se réduire à "ou nous mènent donc nos choix?
«pataquès»... Amusant, pour dénigrer le dernier Gilliam, il utilise le titre de son premier film avec les Pythons.
Oui c'est un pataquès, du Gilliam pur jus, et c'est pour ça qu'on l'aime!
Le plus drôle, c'est encore de voir que personne n'a relevé que le nom du personnage principal du film n'a de correct que le nombre de lettres.
Tony, pas Jack.
il faut être juste completement arrieré mental pour ne pas saisir la portée de ce film
Enregistrer un commentaire