Débutant comme le portrait modeste mais attachant d'un type qui gagne sa vie en plagiant des critiques pointues pour le compte d'un hebdomadaire cantonal, Un autre homme vire progressivement au jeu de massacre, le héros truqueur se prenant rapidement au jeu pour devenir aussi insupportable que les pires représentants de ce microcosme parfois insupportable d'élitisme et de mauvaise foi. Et pourquoi ce changement de personnalité ? Parce que François Robin (on se croirait chez Truffaut) n'est porté que par l'obsession inconsciente de quitter sa province suisse à tout prix. Que ce soit par le biais d'une profession dont il ignore tout ou en croyant tomber amoureux de la seule fille capable de le tirer de là.Tout cela est implicite sans être opaque, clair comme de l'eau de roche et d'une noirceur infinie. L'utilisation de ce noir et blanc admirable mais pas poseur semble alors trouver tous son sens.
Un autre homme, c'est la valse languide et vénéneuse d'un homme devenu masochiste pour pimenter enfin son existence dépourvue de passion, un conte moral d'une cruauté infinie mais d'une modestie débordante, bref, une réussite absolue pour peu qu'on goûte un minimum aux joies du cinéma d'auteur fauché. Baier trouve enfin l'équilibre entre les deux caractéristiques de sa courte filmo, à savoir un nombrilisme aigu et une irrépressible attraction pour l'ailleurs. Non seulement il a l'excellente idée de ne pas jouer dedans, mais il a en plus trouvé des interprètes idéaux pour traduire ses névroses : d'abord Robin Harsch, sorte de sosie raté de Romain Duris, apparemment mal dégrossi mais finalement bien plus fin ; ensuite et surtout la muse Natacha Koutchoumov, enivrante de beauté et désarmante d'intensité dramatique. On suivra de près cette petite bande pétrie de talent, qui vient de nous livrer le meilleur film suisse de l'année. Voire même davantage.
Un autre homme de Lionel Baier. 1h29. Sortie : 06/05/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Tadah ! Blog.
2 commentaires sur “UN AUTRE HOMME”
Même pas entendu parler mais malgré ton enthousiasme... un mec pendu par les couilles à cause d'une salope perverse et intelligente... boaf !
Ok je le rajoute à ma liste de trucs à voir.
Sinon, j'attends ta chronique de Millenium, pour savoir si c'est une bouse.
Biz
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