Film choral suivant le destin d’une demi-douzaine de personnages, Gomorra n’a pourtant rien d’un traité de pédagogie comme le fut par exemple Traffic pour le monde de la drogue. Le scénario est pourtant adapté par le journaliste Roberto Saviano d’après son propre livre, et pourtant il n’y a aucun désir d’exhaustivité ou d’exemplarité. Matteo Garrone livre plus de deux heures de vrai cinéma, tranches de vie brutes de décoffrage, où le sang ne fait jamais office de strass. Il est épais et visqueux, et dégueulasse les tapis et les ornements. Malgré son refus de tomber dans le cinéma-spectacle, le film passionne et fait trembler de bout en bout. Aussi antipathiques soient-ils, on s’attache à ces pauvres types et à leur sort, qui n’aura rien d’enviable quoi qu’il arrive.
La seule leçon du film, c’est celle-ci : la mafia, c’est pas rose, la mafia c’est morose. En équilibre instable pour le meilleur, Garrone réussit un mélange de gravité et d’humour, notamment lorsqu’il montre que certains magouilleurs de première considèrent en toute sincérité que leurs malversations sont autant d’œuvres de bienfaisance et que tuer quatre personnes pour en rendre une heureuse n’a rien de choquant. Mettant en lumière les contradictions et les absurdités d’un milieu détestable mais néanmoins constitué d’êtres humains, Gomorra est un vrai bijou, qu’il faudrait montrer aux gamins pour leur apprendre à la fois de quoi sont faits la vraie mafia et le vrai cinéma.
9/10
(également publié sur Écran Large)
1 commentaire sur “GOMORRA”
Ah oui,cette critique a 100% raison :)
Pas que le film soit agréable à regarder, non. Mais il transmet bien le message que Saviano veut faire entendre et tu le décris parfaitement dans ta critique.
Ce que je n'ai pas compris c'est que tu dises, dans une critique je ne sais plus laquelle, que le réalisateur n'a pas de rôle de prof. Garrone offre une belle leçon là pourtant.
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