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30 déc. 2008

IL DIVO

Cinéaste un peu foufou, Paolo Sorrentino s'était distingué jusque là par sa capacité à mettre en scène de façon originale des sujets pas forcément passionnants, quitte à s'embourber parfois côté narration. C'est avec une infinie curiosité que l'on découvre Il divo, première vraie occasion pour lui de s'essayer à un sujet dit sérieux : une sorte de biographie politique, le portrait d'un homme ayant fait la pluie et le beau temps (surtout la pluie) en Italie pendant le demi-siècle passé.
Le style Sorrentino n'a pas bougé d'un iota : une idée par plan, souvent bonne d'ailleurs, un refus quasi systématique du champ - contrechamp, un milliard de techniques destinées à éviter que le récit ne devienne trop linéaire. Autant le dire clairement : ce qui marchait plutôt bien dans des films "légers" semble un peu plus lourd ici. Difficile lorsqu'on n'est pas un spécialiste de la politique italienne de suivre le rythme du metteur en scène, qui nous inonde de noms, de références, de voix off et de digressions.
Dès lors, il convient de se désintéresser de ce qui se rapporte à l'Italie, et de ne se concentrer que sur l'essentiel : le portrait au vitriol de Giulio Andreotti. Une sorte de Droopy derrière lequel se cachent un menteur de première et un féroce stratège. Tony Servillo en fait un formidable personnage de cinéma, aussi drôle que cynique. Ses monologues sont de vrais délices. Tout comme, d'ailleurs, la mise en scène de Sorrentino, qui ne sert pas la compréhension du film mais lui insuffle une réelle énergie et un côté ludique inappropriés mais permettant de tromper allègrement l'ennui qui guette.
6/10
(également publié sur Écran Large)

12 août 2008

GOMORRA

La mafia, ce n’est pas uniquement le bureau de Vito Corleone et le palais de Tony Montana. C’est également – pour ne pas dire surtout – de petites activités illégales qui se multiplient, de la corruption à tous les étages, de l’enrôlement et de la propagande. Gomorra tord le cou aux clichés trop souvent propagés par le cinéma, notamment à travers ces deux personnages d’ados qui ahanent à l’envi les dialogues de Scarface sans avoir vraiment conscience du fait qu’un mafieux ne passe pas son temps à sortir vainqueur de fusillades épiques et à troncher toutes les pétasses qui passent. Appartenir à cette famille hors du commun, c’est dire adieu à sa tranquillité et à sa cotisation retraite, c’est planquer ses liasses sous le matelas sans pouvoir en profiter, c’est s’obliger à trahir ses amis pour sauver sa propre peau… Rien de glamour ni de bling-bling dans tout cela. Un message salutaire à une époque où les gangsters font un peu trop rêver.
Film choral suivant le destin d’une demi-douzaine de personnages, Gomorra n’a pourtant rien d’un traité de pédagogie comme le fut par exemple Traffic pour le monde de la drogue. Le scénario est pourtant adapté par le journaliste Roberto Saviano d’après son propre livre, et pourtant il n’y a aucun désir d’exhaustivité ou d’exemplarité. Matteo Garrone livre plus de deux heures de vrai cinéma, tranches de vie brutes de décoffrage, où le sang ne fait jamais office de strass. Il est épais et visqueux, et dégueulasse les tapis et les ornements. Malgré son refus de tomber dans le cinéma-spectacle, le film passionne et fait trembler de bout en bout. Aussi antipathiques soient-ils, on s’attache à ces pauvres types et à leur sort, qui n’aura rien d’enviable quoi qu’il arrive.
La seule leçon du film, c’est celle-ci : la mafia, c’est pas rose, la mafia c’est morose. En équilibre instable pour le meilleur, Garrone réussit un mélange de gravité et d’humour, notamment lorsqu’il montre que certains magouilleurs de première considèrent en toute sincérité que leurs malversations sont autant d’œuvres de bienfaisance et que tuer quatre personnes pour en rendre une heureuse n’a rien de choquant. Mettant en lumière les contradictions et les absurdités d’un milieu détestable mais néanmoins constitué d’êtres humains, Gomorra est un vrai bijou, qu’il faudrait montrer aux gamins pour leur apprendre à la fois de quoi sont faits la vraie mafia et le vrai cinéma.
9/10
(également publié sur Écran Large)
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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