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24 avr. 2008

SANS ARME NI HAINE NI VIOLENCE

Troisième Robin des Bois à passer derrière la caméra, Jean-Paul Rouve se livre avec la même sincérité que ses anciens camarades (messieurs Barthélémy et Martin-Laval) : il offre un film à son image, c'est-à-dire parfois un peu gauche, ouvertement démodé, mais foncièrement sympathique. Si Sans arme ni haine ni violence entend parler d'Albert Spaggiari et du casse qui a forgé sa légende, on est ici bien loin du simple biopic ou du film de cambriole. Le film de Rouve est une fantasie pure, à la fois très écrite et très libre, le portrait d'un homme qui conçoit sa vie comme une oeuvre d'art à tel point qu'il finit par passer à côté. Mais toujours avec le sourire.
Sans arme ni haine ni violence se distingue par un humour très "rouvesque", avec ses dialogues juste assez à côté de la plaque pour étonner ou attendrir, mais pas trop quand même histoire de ne pas sombrer dans le loufoque le plus total. On s'attache à ce personnage si singulier, ainsi qu'à celui de Gilles Lellouche, enquêteur venu pister Spaggiari jusqu'aux tréfonds (comprendre "hôtels quatre étoiles") de l'Amérique du Sud. Leur relation est au centre du film, et si la fin ne fait guère de doute (de la configuration traqueur/traqué naîtra bientôt une amitié possiblement sincère), on est presque ravi du confort assuré par un déroulement prévisible.
S'il ne semble pas tout à fait à l'aise avec la mise en scène, Rouve crée un style maladroit mais assumé, dont l'esprit fait penser aux comédies des années 70, l'obsession du gag en moins. Visiblement fasciné par cette époque (grosso modo fin Giscard début Mitterrand), il prend un plaisir visible à en reconstituer le moindre détail et à utiliser son côté suranné et rococo. Décors, costumes, postiches : de cette frénésie de couleurs et d'influences un peu moches (mais très appréciées en leurs temps) naissent une vraie poésie et un charme désuet. Transcendé par une BO très old school mais idéalement choisie (de Daniel Guichard à Julien Clerc), Sans arme ni haine ni violence atteint sans trop d'encombres son objectif séduction. Une comédie fine et délicieusement désenchantée. Cela semble être la spécialité des ex-Robins, et c'est tant mieux.
7/10

3 mars 2008

BIENVENUE CHEZ LES CH'TIS

Comme disait Enrico Macias, les gens du Nord ont dans le coeur le soleil qu'ils n'ont pas dehors. Attirant en masse les français de tous horizons, Bienvenue chez les ch'tis vient confirmer le ver devenu adage en rendant hommage aux habitants d'une région bien moins froide que ce que dit la légende. Que ceux qui n'ont pas encore vu le film, harassés par la marée chtimi qui s'empare du pays, ne prennent pas peur et aillent voir cette comédie très populaire et assez drôle, qui rehausse sacrément le niveau d'un genre qui fait des euros mais pas d'étincelles, d'Astérix à Disco. Dany Boon connaît évidemment son sujet sur le bout des doigts, et livre une déclaration enflammée à sa terre natale. Et ça marche.
Bienvenue chez les ch'tis est à l'image du peuple qu'il salue : simple, sincère, et drôle à défaut d'être toujours hilarant. Après une première vingtaine de minutes recensant de façon un peu systématique tous les clichés déversés par les sudistes (c'est-à-dire ceux qui habitent en dessous d'Amiens), le film trouve sa pleine énergie lorsque le héros (Kad, à l'aise) débarque dans ch'Nord pour ce qu'il pense être un chemin de croix de deux ans, lui qui va si rapidement s'attacher et manger de la carbonade, boire plein de bière et appeler tout le monde biloute. Pas ou peu d'intrigue ? Pas grave : le scénario empile plutôt adroitement les situations de façon à ce que Bienvenue chez les ch'tis ne ressemble jamais à un simple enchaînement de sketches. Le film a même tendance à se bonifier bobine après bobine, notamment à l'occasion de deux séquences en passe de devenir cultes : une tournée à vélo pour distribuer le courrier, et une mise en oeuvre de tous les stéréotypes sur le Nord-Pas-de-Calais, où les autochtones s'amusent à jouer avec leur propre image.
Et tant pis si le rythme n'est pas toujours parfait ou si quelques acteurs peinent à se faire passer pour des chtis : Bienvenue chez les ch'tis remplit bien son rôle de comédie familiale, méritant amplement l'immense vague d'adhésion et de sympathie qui s'est créée en une dizaine de jours. Dany Boon est désormais attendu de pied ferme partout en France, mais son troisième film pourra-t-il être aussi fédérateur que celui-ci ? Pas sûr. Pourtant, s'il parveitn à trouver des sujets accrocheurs et à poursuivre avec la même envie et la même sincérité, il pourrait bien finir sur les traces d'auteurs populaires comme Gérard Oury. À suivre...
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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