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3 juin 2008

LAS VEGAS 21

Ocean's 11-12-13 + gros boom du poker (le jeu le plus passionnant du monde, rappelons-le aux ignares) = recrudescence des films de flambe. Si le Lucky you de Curtis Hanson rendait un joli hommage au poker sans se faire pleinement convaincant, Las Vegas 21 semble tenter de percer le mystère du black jack. Or, de mystère, il n'y a point, puisque le black jack, c'est environ 90% de chance et 10% de tactique. Aucun intérêt cinématographique, donc. Sauf si on envisage ce jeu pour gamblers (comprendre "parieurs sans cervelle") comme le moyen de battre le système et de se remplir les fouilles en faisant simplement travailler sa mémoire et en comptant les cartes. D'où cette histoire d'une bande de jeunes matheux (les maths sont la matière la plus passionnante au monde, rappelons-le aux ignares) recrutés pour former un gang d'hypermnésiques à but très lucratif.
Comme tout cela est filmé par le réalisateur de chefs d'oeuvre comme La revanche d'une blonde, on se doute dès le début que Las Vegas 21 ne fera ni dans la réflexion psychologique (qui est le joueur, pourquoi il joue, que traduisent ses décisions), ni dans le film noir. Problème : même en s'attendant à voir un divertissement familial, on ne peut qu'être consterné par la fadeur d'un tel produit, qui mêle réalisation vaguement clippesque (ralentis, images saccadées, gimmicks en tous genres) et scénario proprement stupide. Car oui, il y a un twist final, et il est à peu près aussi mauvais et prévisible que celui du consternant Ca$h. Les deux films partagent d'ailleurs ce même esprit fait de coolitude forcée et de fausse noirceur très téléfilmique. Comme s'il suffisait de parler d'arnaque et/ou de casino pour séduire le public. Résultat : mené par le transparent Jim Sturgess (dont la prestation gâchait récemment la comédie musicale beatlesienne Across the universe), lui-même mal entouré par des acteurs aussi peu charismatiques que Kate Bosworth, Las Vegas 21 est un film tout flasque, qui étale des rebondissements foireux sur deux longues heures de vide pathétique. Il est toujours douloureux de voir un type comme Kevin Spacey perdre son temps avec ce genre de projet, lui qui tend à se faire rare à l'écran. En gentil mentor qui finit évidemment par dévoiler sa face sombre (de toute façon, c'est dans la bande-annonce), il semble s'ennuyer autant que nous, même lorsqu'il s'amuse à porter la perruque.
Ni les amoureux des maths ni les fans de black jack ne trouveront leur compte devant ce spectacle insignifiant qui réduit les sciences à une simple affaire de chiffres et les cartes à une simple affaire... de cartes (alors que c'est bien plus que ça). S'il existait un panthéon des films de flambe, Las Vegas 21 resterait éternellement à la porte, ce qui laisserait peut-être assez de temps à Luketic et ses sbires pour comprendre qu'il ne faut pas prendre le spectateur pour un ahuri.
2/10

18 juil. 2006

SUPERMAN RETURNS

Quand Bryan Singer a quitté la franchise X-men pour aller réaliser le rêve de sa vie, signer le grand retour de Superman, on s'est pris à croire au miracle : et si Superman returns marquait l'histoire du film de super-héros comme l'ont fait avant lui les Batman de Tim Burton?
Autant couper court à tous ces espoirs : la réponse est un non franc et massif. Malgré son budget démentiel, Superman returns est un ratage total, où quasiment rien n'est à sauver.
La bonne idée de Bryan Singer était de ne pas signer un remake du film de Richard Donner, mais une sorte de nouvelle suite, de prolongement implicite. Cela permet au film d'éviter les passages obligés sur le petit garçon qui découvre ses super-pouvoirs, les drames de sa jeunesse et toutes ces scènes qu'on a déjà vu mille fois ailleurs. Le problème, c'est que Singer remplace tout ceci par une juxtaposition de scènes barbantes et pseudo-philosophiques ("le fils devient le père, et le père devient le fils") qui ne laissent rien présager de bon. Et en effet, on se rend rapidement compte de l'absence de scénario solide, ou peut-être plutôt du massacre total qui en a été fait au montage. Tout, des scènes d'exposition aux moments de bravoure, semble avoir été mis bout à bout sans réelle conviction ni envie de raconter quelque chose. Comme si Singer estimait que retrouver un célèbre gugusse en costume moulant et un méchant guignol au crâne rasé le dispensait d'être rigoureux. Il manque à ce Superman returns une vraie ambiance, une part d'ombre, et une mythologie personnelle qui le rende unique (et que même les mauvais films de super-héros possèdent). Et comme le film dure 2h34, on trouve le temps fâcheusement long. D'autant que Singer multiplie les fausses fins et semble ne plus vouloir s'arrêter.
Quand le scénario (?) ne suit pas, le spectateur lambda se recentre sur les effets spéciaux, histoire d'en avoir quand même pour son argent. Sauf que là aussi, ça n'est pas vraiment convaincant. Singer tente de multiplier les effets numériques originaux, mais on n'est jamais ébahi par ce qu'on voit à l'écran. Tout cela sent un peu trop le fond bleu ou le trucage numérique. Et Brandon Routh ressemble tellement à une endive Ultra-Brite que le voir voler dans un costume déjà pas très crédible fait franchement sourire. À côté de lui, Kate Bosworth est également ultra transparente, tout comme James Marsden (mais est-ce une surprise?). Quant à Kevin Spacey, il n'est ni assez inquiétant ni assez cabotin pour marquer vraiment les esprits.
On passera sur les inévitables incohérences de l'ensemble ("mais pourquoi Loïs ne reconnaît-elle pas Superman?", "comment fait-il pour se changer aussi vite en ayant même le temps de mettre du gel sur son ignoble petite houpette?") : elles font partie intégrante du cahier des charges supermanien. On évitera également de parler du dénouement, qui annonce si clairement une profusion de suites et de films dérivés que ça en donne la nausée. On repensera avec amertume aux nombreux réalisateurs qui ont failli reprendre le projet Superman (dont Tim Burton, avec Nicolas Cage dans le costume bleu). Et on méditera ce proverbe : Donner c'est Donner, reprendre c'est Singer.
2/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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