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29 avr. 2008

IRON MAN

L'année 2007 n'avait guère été brillante côté super-héros, du nullissime Ghost rider à un Spider-man 3 relativement décevant. Attendu au tournant, Jon Favreau répond aux attentes avec une facilité désarmante. Son Iron man tient parfaitement le choc, faisant office d'ouverture ultra alléchante pour ce qu'on espère devenir une franchise, mais constituant également un excellent film en tant que tel, qui devrait faire le bonheur de l’ensemble du public. Fruit de la discrète montée en puissance d’un cinéaste qu’on n’attendait pas là si tôt, Iron man n’oublie rien ni personne. Ni les béotiens, qui pénètrent dans l’univers de Tony Stark comme s’ils l’avaient toujours connu, ni les fans inébranlables du comic, ravis de constater que si un considérable travail d’adaptation a été effectué, il respecte en tout point l’esprit et les conventions du matériau d’origine.
En deux heures rondement menées, Favreau démontre qu’il est possible de mêler blockbuster et film d’acteurs, et qu’un action movie peut se faire convaincant sans pour autant sombrer dans une hystérie bourrine qui ne sied qu’aux amateurs de Michael Bay. Avant d’être un gros machin plein d’effets spéciaux, Iron man est d’abord un film d’hommes, porté de bout en bout par un Robert Downey Jr. au top de sa forme. Souvent hilarant, toujours habité, il crève l’écran et s’impose comme le seul et unique acteur capable de ne pas trahir ce Tony Stark cynique, dragueur, plus attachant (et à peine moins complexe) que tous les Bruce Wayne de la Terre. Il se passe un sacré laps de temps avant que Stark n’entre dans le costume du super-héros, mais ça n’est pour une fois pas très grave, tant la coolitude totale du bonhomme semble suffire à remplir un film entier.
Il serait cependant regrettable de réduire le film à son fort potentiel séduction : car Iron man est porteur d’une vraie mythologie super-héroïque ainsi que d’un message politique forcément manichéen mais tout de même assez couillu. Qu’importe si le grand méchant du film se révèle tardivement et ne nous offre finalement qu’un seul véritable climax, d’ailleurs pas tout à fait assez explosif pour scotcher. L’important ici, c’est l’esprit, l’ampleur et le réalisme (si si) de l’univers peint par Jon Favreau. Parfois un peu passe-partout mais terriblement efficace (grâce soit rendue à la photo de Matthew Libatique), sa mise en scène enveloppe Tony Stark / Iron man d’une tendresse et d’une admiration sans bornes. En réveillant le mioche qui était en lui, Favreau a su débusquer celui qui sommeillait en nous. D’où un spectacle jouissif et pas con pour deux sous, qui passera sans difficulté le cap de la seconde vision et révèlera sa véritable qualité une fois relié aux prochains opus. Vite, la suite.
8/10
(également publié sur Écran Large)

29 juin 2006

TIDELAND

Après s'être sérieusement pris la tête avec les frères Weinstein sur Les frères Grimm, Terry Gilliam souhaitait à tout prix renouer avec l'indépendance et la liberté de ton qu'il revendique depuis le début de sa carrière. Cinéaste délirant, Gilliam a su se créer un univers, que ce soit à partir de ses propres scénarios ou en se basant sur les histoires des autres.
Tideland apparaissait donc comme un retour aux sources, une occasion de voir à nouveau un film purement gilliamesque, huit ans déjà après son dernier "vrai" film. Basé sur un roman de Mitch Cullin, Tideland raconte la vision du monde de Jeliza-Rose, petite fille sévèremment barrée, qui prépare elle-même les shoots à l'héro de son père et fait sans doute la même chose pour sa mère. Enfin, ça, ce n'est que le début, puisqu'après quelques péripéties, Jeliza-Rose va se retrouver à peu près seule, à la découverte d'un nouvel univers où les prairies sont vues comme des océans, où les poupées et les écureuils parlent, et où les morts continuent à cotoyer les vivants (mais pas vraiment comme chez Romero).
Tout cela est donc un énorme trip, un délire gigantesque, et on retrouve la patte de Gilliam à chaque coin de plan. Le problème, c'est que Terry a sévèrement vieilli, et qu'il a confondu une fois de plus loufoquerie et grand n'importe quoi. On reste totalement extérieur à ce voyage dont l'incohérence ne serait pas bien gênante s'il y avait quelque chose derrière. Mais toute cette folie semble si forcée que la seule réaction obtenue est l'ennui dévorant.
Nécrophilie, semblants de pédophilie, drogue, aérophagie : c'est comme si en écrivant son script, Gilliam avait toujours gardé un oeil sur le Dictionnaire des Mots Choquants. Il le dit lui-même : son grand objectif était ici de choquer, de faire réagir, que ce soit de manière positive ou négative. Il n'en est rien : l'absence totale de sincérité ne provoque que l'indifférence. Et quand, vers la fin du film, il tente de reprendre les rênes en main pour donner une conclusion un brin cohérente et dramatique, on s'en moque.
La prochaine fois, que Gilliam cherche un vrai sujet, une vraie histoire, pour y fixer la folie visuelle dont il est capable. Ce n'est pas le cas de Tideland, boursouflure filmique où même la mise en scène n'ébouriffe pas grand monde. Gilliam serait-il trop vieux pour ces conneries?
2/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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