
Dans Deep end, le jeune homme en question se nomme Mike, qui trouve un petit job dans une piscine londonienne après avoir quitté les études de faon très prématurée. Il trouve sur sa route l'intrigante Susan, rouquine tellement consciente de ses charmes qu'elle n'hésite pas à monnayer ses services aux messieurs fréquentant les lieux. Une collègue dont la désinvolture apparente n'est poussée à l'extrême que pour mieux aguicher les hommes. Ce qui devait arriver arrive : l'adolescent timoré confond sentiments, désir et pulsions sexuelles, et sombre rapidement dans un comportement déraisonné et sanguin, celui d'un mari jaloux et violent. Incapable de supporter que l'élue de son coeur et de ses gonades puisse être convoitée (voire davantage) par d'autres que lui, refusant d'admettre qu'il n'a aucun droit sur elle, Mike fonce droit dans le mur de la folie et oublie trop vite qu'il n'a que 15 ans.
Le film de Skolimowski repose en grande partie sur la fantaisie de son ton, communiquée avec aisance par les deux acteurs principaux : John Moulder-Brown (dont la carrière se poursuit) livre une prestation pétaradante et décalée que n'aurait pas renié Jean-Pierre Léaud ; quand à Jane Asher (désormais spéclaisée dans les séries TV britanniques), elle rend parfaitement plausible l'état d'hypnose dans lequel elle semble plonger les mâles qui la croisent. Que Mike transporte avec lui une silhouette cartonnée sur laquelle il croit reconnaître Susan, ou qu'il transporte avec elle de grandes quantités de neige pour y retrouver un simple diamant, on adhère sans sourciller. De fait, la rapidité exponentielle avec laquelle la relation Mike-Susan s'intensifie est crédible et emballante, notamment parce que les deux personnages assument leur grain de folie. Coloré, confirmant le talent pictural de Skolimowski (ah, ce générique et cette scène finale), le film ne manque finalement que d'un peu de tripes : son côté teen movie semble en effet avoir contraint le cinéaste à rester à hauteur d'adolescent. Si bien que malgré son passage chez une prostituée plâtrée jusqu'en haut de la cuisse ou dans un cinéma moyennement fréquentable, Mike semble étonnamment épargné par le désir, le vrai, moite et turgescent à la fois. Une tendance qui semble s'inverser au moment de la conclusion, mais celle-ci a hélas de quoi décevoir en s'abandonnant un peu trop facilement aux sirènes de la fin-choc. De quoi gâcher un rien la fête que constitue cette formidable ressortie d'été.

Deep end de Jerzy Skolimowski. 1h30. Sortie : 15/12/1971. Ressortie : 13/07/2011.
2 commentaires sur “[reprise] DEEP END”
film sorti en 1971 ! : merci de me refaire découvrir de telles pièces qui complètent ma cinamatographie
c'est vrai qu'il s'est arrêté de jouer ou filmer pendant 17 ans ! Intéressant de suivre ce cinéaste sans star en 2015
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