Le prix cannois reçu par Alain Resnais en mai dernier est à oublier : il ressemble comme deux gouttes d'eau à ces récompenses honorifiques qu'on décerne aux mourants pour leur signifier qu'on les aime beaucoup, certes, mais qu'ils n'ont plus le niveau. Les herbes folles ne laisse pourtant pas l'ombre d'un doute : Resnais est toujours vivant, toujours jeune, et peut-être même plus qu'il y a dix ans - Pas sur la bouche et Coeurs, quoi qu'on en pense, sentaient bien plus le troisième âge que celui-ci. Laissant à d'autres le soin d'adapter pour lui un roman de Christian Gailly (L'incident), Resnais se consacre à ce qui a toujours été sa grande spécialité : la mise en scène. À ce titre, Les herbes folles apparaît comme un film résolument moderne, limite expérimental, où l'histoire importe moins que la façon de la raconter.Dès l'introduction, il se produit quelque chose de rare. La voix off d'Édouard Baer digresse, hésite, finissant par retomber sur ses pattes avec élégance et distinction. Le ton est donné : à de nombreuses reprises, Les herbes folles jouera la carte du décalage, avec malice mais sans chercher à séduire à tout prix. Il est rapidement assez clair que cette affaire de porte-monnaie volé puis retrouvé dans un parking ne mènera nulle part, simple fil rouge d'une rencontre dont on se demande longtemps si elle aura bien lieu. Dirigeant une fois encore ses deux comédiens fétiches - Azéma et Dussollier, très bien -, Resnais se livre à un portrait croisé où les informations seront délivrées au compte-gouttes. Le personnage masculin est particulièrement mystérieux : est-il un psychopathe ? un schizophrène ? un homme qui s'ennuie et s'invente un monologue intérieur plus riche que ce qu'il devrait être ? Non seulement on l'ignore, mais cette inconnue est davantage un sujet de fascination qu'un argument de polar. Dans ce film, ne pas savoir est un ravissement plus qu'une frustration.
Comme nous, Resnais s'amuse de situations partant de presque rien pour arriver généralement nulle part. Incrustations, bande son, narration : il exploite à merveille tous les outils mis à son service, dont l'utilisation souvent gonflée dépasse toutes les espérances. Lui qui semblait s'être enfermé dans un cinéma plus sage et classiques - films chantés, opérettes, romances pas si singulières - se montre étonnamment rock'n roll, et c'est un enchantement. Cette déclaration d'amour au septième art ne s'arrête pas là : une salle de cinéma est même au coeur de l'une des plus belles séquences du film, celle où les deux personnages principaux finiront enfin par se croiser et s'entreprendre. Le film manque d'ailleurs de ne pas se relever de cette rencontre d'une beauté radicale : tout ce qui suit semble alors plus ampoulé, moins audacieux. On nous a déjà fait le coup du mot "FIN" placé avant la vraie fin - c'est même la deuxième fois cette semaine après La loi de Murphy. Et quand bien même y retentit la musique emblématique de la 20th Century Fox, ce genre de gimmick a un goût de déjà vu. De la même façon, la fin, et notamment toute la partie à l'aérodrome, est moins séduisante. Mais une dernière réplique surprenante offre un dernier sursaut d'orgueil à cette oeuvre surprenante, charmante, belle comme les Resnais des grands jours.

Les herbes folles d'Alain Resnais. 1h44. Sortie : 04/11/2009.
Autre critique sur Une dernière séance ?.




















13 commentaires sur “LES HERBES FOLLES”
Azéma très bien d'accord, mais Dussollier : fantasmagoriquement génial et même carrément bandant (tu peux pas comprendre, t'en es encore au stade buccal à trouver Cameron magnifique...)!
La scène, pardon LA scène du cinéma, des alentours du cinéma, est wongkarwaienne non ?
Quant à LA rencontre, c'est à tomber à la renverse...
Les messieurs très vieux comme Alain ou bien mûrs comme André en ont encore sous la semelle non ? Même La Zéma en est toute chamboullée.
Bon faut que je te donne en aparté ma version des 3 dernières minutes...
Ah pis j'oubliais, le ton d'Edouard au début, est tout à fait le ton du livre : une régalade !
wongkarwaien, chez moi, ça sonne comme un gros défaut. Tu seras gentille de ne pas recommencer.
Alain se fout totalement de ce que l'on peut dire ou écrire sur lui... A son âge, il est bien au dessus de ça et l'important pour lui est de continuer à bien rigoler...
J'avoue : quand André demande "alors vous m'aimez" j'ai hurlé oui et j'ai failli me faire sortir manu militari... pffft les gens ne savent plus s'amuser de nos jours !
Le rire devient rare
Je serai très très gentille promis.
@Fred : moi aussi... d'ailleurs je l'ai dit AVANT toi. T'as trouvé une photo d'André tout nu, sans culotte sous la douche ??????
@Miss P
Nan ! il a tout fait retiré le zèbre, plus la moindre sex tape à l'horizon ouèbesque !!! si c'est pas malheureux !
Quand je pense que l'autre jour j'ai rencontré un gars qui connaissait quelqu'un qu'avait entendu parler de quelqu'un qui le connaissait... et j'ai pas sauté sur l'occaz !
Hum, hé bien je suis complètement passée à côté, et c'est dès les premières minutes et jusqu'au générique final que j'ai trouvé ce film ampoulé... et encore, c'est un euphémisme!
Je peux tout à fait comprendre ça. Mais fais gaffe, les deux allumées ci-dessus risquent de t'incendier pour avoir osé ne pas te passionner pour ce film...
Je reste calme, je m'éclaire à la bougie moi.
Ah ? Ben moi j'ai mis mes deux mains palmées dans la prise histoire d'être coiffé comme un oursin épileptique, tout comme l'Azéma ! et les plombs ont fondu !
T'inquiète @nymphette, on va aller le REvoir pour toi, ça nous fait plaisir, sissi !
Tain comment t'es aimable toi. J'irai le revoir mais pas pour la Nymphoïde, ça m'gâcherait la pelloche dis donc.
Bonne journée à tous, je vous aime.
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