7 nov. 2009

THE BOX

Richard Kelly a plus d'un tour dans sa boîte. À même pas 35 ans, il figure parmi les réalisateurs les plus intéressants de son époque, qu'il convient de suivre projet après projet, quel que soit l'endroit où nous mène son cinéma. Ce qui ne veut pas dire que les trois films qu'il a réalisés jusqu'alors sont des monuments de perfection : Donnie Darko a ses farouches détracteurs, Southland tales a subi une volée de bois vert à Cannes et après, et The box a également subi de gros problèmes de cheminement vers les salles. Et pour cause : Kelly a cette faculté et cette envie de mener des postulats souvent simples vers des sommets complètement barrés, aussi inattendus que dérangeants, qui ont de quoi faire tiquer tous les distributeurs du monde. La mère de famille interprétée par Cameron Diaz (magnifique) osera-t-elle appuyer sur le bouton, comme l'indique l'affiche ? La réponse survient bien vite, car l'essentiel n'est pas là. Plus que l'interrogation d'ordre éthique soulevée par le nouvelle et donc par le début du film, il préfère se focaliser sur l'éclatement du noyau familial, le pourrissement d'un couple qui ploie sous le poids des conventions et des considérations extérieures.
Ainsi, The box démarre par une histoire de boîte ornée d'un bouton qui, pour peu qu'on le presse, rapport un million de dollars mais entraîne la mort d'un autre être humain quelque part sur le globe. De la nouvelle Button, button de Richard Matheson - disponible sur le web sous le titre Le jeu du bouton -, Kelly tire un point de départ solide, qu'il dépasse ensuite très largement, loin de vouloir résumer son film à une simple histoire de poussoir. Le personnage brillamment incarné par Frank Langella s'impose comme le chef d'orchestre d'une entreprise que le cinéaste a voulue trouble, où se mêlent psychanalyse, NASA, sociétés secrètes, paranoïa... rayez les mentions inutiles. De ce puzzle émerge une véritable vedette : le style de Richard Kelly, présent au détour de chaque plan, de chaque décor, de chaque rebondissement. Cela faisait bien longtemps qu'un réalisateur n'avait mis autant de lui dans un film dit de genre. C'est pourtant à un vaste autoportrait qu'il se livre, la mise en scène favorisant la part d'introspection.
The box tend parfois à se rapprocher des plus grands sommets de la filmographie de David Cronenberg, tant il utilise à merveille la chair - ou son absence - pour montrer la mutation perpétuelle de l'être humain, qui court à sa propre perte. L'incroyable gueule de Langella ou le handicap caché de l'héroïne sont autant d'éléments-clés de l'intrigue, mais aussi des facteurs du décuplement d'une émotion qui ne cesse d'affleurer. Ce beau film tragique, dense et plein de ramifications est malheureusement gâché par la trop grande malice de Richard Kelly, qui veut tellement en remontrer au public et à la critique qu'il finit par tomber dans une dernière partie un rien gênante, au message si douteux qu'on préfère faire semblant de ne pas l'avoir compris. Ce n'est pas encore avec The box que Kelly sortira de son statut d'auteur passionnant pour devenir le grand cinéaste qu'il est sans doute au fond de lui. En espérant que les studios continuent à lui offrir un minimum de soutien, et en comptant sur les années qui passent, un surplus de maturité pourrait faire de lui un génie absolu, allant jusqu'au bout de ses brillantes obsessions sans finir par se prendre les pieds dans le tapis.




The Box de Richard Kelly. 1h55. Sortie : 04/11/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Sur la route du cinéma.

13 commentaires sur “THE BOX”

Pascale a dit…

Je ne connais pas suffisamment Richie pour savoir s'il s'agit d'un autoportrait, en tout cas il doit sursauter en se regardant dans la glace.


Pour la relecture, je n'ai trouvé que ça :
- soulevée par le nouvelle,
- a voulue trouble,
- Cameron Diaz (magnifique... oups pardon, là c'est pas une erreur de frappe c'est JUSTE une erreur d'appréciation. LOL.

Unknown a dit…

Kelly évolue dans des références très pesantes (Cronenberg, Kubrick période "Eyes wide shut" et Lynch) et il n'a pas l'humilité pour pleinement convaincre.
Certains éléments fantastiques de l'intrigue ne font pas sincère et ne semblent être là que pour perturber un peu plus.
Dommage car "Tha Box" demeure un excellent suspens digne du cinéma hollywoodien période guerre froide.

SysTooL a dit…

Mmmhhh... je me méfie un peu avec R. Kelly - le cinéaste, hein, pas le chanteur ;-) - parce que D. DARKO est bon, certes, mais SOUTHLAND TALES a atteint à mon sens un abysse de ridicule...

SysT

Anonyme a dit…

ah,moi je trouve que Cameron Diaz a prit un méchant coup de vieux avec ce film.

Sinon, concernant "Southland Tale", je fais plutôt partie des partisans, J'ai même bien plus été convaincu par ce film que par Donnie Darko.

Pascale a dit…

Tu pourrais mettre ma note en lien quad même pour que les gens aient un avis objectif face à la chose... euh à The box !

Rob a dit…

C'est pas beau de réclamer.

dasola a dit…

Bonjour Rob, j'ai vu ce film: pas terrible en ce qui me concerne. Tout ça pour ça: c'est-à-dire la fin qui aurait pu arriver plus vite. On pouvait s'y attendre. Les comédiens ne sont pas en cause mais ils sont prisonniers d'un scénario un peu invraisemblable. Je pense que j'essaierai de lire la nouvelle de Matheson. Bon dimanche.

FredMJG a dit…

Mon cher Rob, une fois n'est pas coutume, j'te box fondamentalement fort et j'ai pourtant horreur des manifestations sentimentales...

Pascale a dit…

Cher Thomas, je te souhaite une bonne soirée.
Ma Chère Fred, comment vas-tu ? Je ne comprends pas tes sous-entendus. Aimes-tu pas ou aimes tu bien cette boîte ?

Je vous embrasse... et pourtant j'embrasse pas d'habitude

Au revoir.

FredMJG a dit…

@Pascale : D'un autre côté et si l'on y réfléchit grandement il est aisé pourtant de deviner si j'aime nonobstant les termes "horreur" et "sentiments" employés simultanément, si l'on y regarde d'un peu plus près et de profil
Bonne soirée chère

Anonyme a dit…

Beaucoup aimé !

Trafalgar a dit…

Très content d'avoir retrouvé Kelly au cinéma, lui et son originale propension à lier des thématiques aussi complexes et variées que la boîte de Pandore, Mars, l'enfer Sartrien, le tout, dans un univers qui aurait pu sortir de la tête de Franz Kafka.
Bon film donc, mais il est dommage tout de même que le réalisateur se soit senti obligé d'offrir des pistes d'explications ou d'explicitations qui n'apportent rien, parce qu'inutiles ou insuffisantes, au choix. j'aime assez ce postulat de faire du Lynch un peu plus comestible, mais il n'empêche que ce dernier ne s'embête pas avec du superflu.. en clair, on a bien quinze minutes à couper dans "the box", je pense. j'ai bien aimé le retour à Donnie Darko, le clin d'œil fait à des motifs (la salle de classe, le couloir du lycée oppressant ou le personnage incongru au milieu de la rue). cependant, n'avez vous pas l'impression que Kelly est quelque peu marqué par ce film, réussite absolue, et qu'un renouvellement de son cinéma va devoir passer par une "rupture" (terme à la mode)avec ce modèle?

Enattendant a dit…

Ce film est magnifique, et je pense sincérement que Kelly a son propre univers et qu'il n'essaye pas d'alambiquer à tort et à travers, son histoire est complexe et en regard à sa complexité rien n'est de trop! J'ai du voir Donny Darko un bonne douzaine de fois et il n'y a pas d'alambiquage pour l'alambiquage, le film est un tout, comme the Box et comme Southland tales, et faire du name dropping pour prétendre que kelly est prétentieux c'est un peu triste, il n'est pas prétentieux, il est ambitieux,e t cela fait du bien de voir un tel film en 2009!
J'ai l'impression que Donny Darko et The box forme un tout, un troisièle film ferait une trilogie, southland tales était beaucoup plus parodique!

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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