Le nouveau Cavalier est la chronique d'une absence. Celle de sa femme Irène, disparue dans un accident de voiture en 1972, et dont il signe le portrait à travers la relecture de ses propres journaux intimes d'alors. À mesure de ses lectures, le filmeur fait remonter à la surface les souvenirs d'une vie commune, d'une perte soudaine, puis d'une cicatrisation impossible. Le tout sans nous montrer Irène - sauf une fois - et en ne se filmant lui-même que par bribes. À l'écran, comme le faisait encore Agnès Varda dans les récentes Plages d'Agnès, Alain Cavalier nous montre des ombres, des objets inanimés, des pages de ses carnets manuscrits. Façon de mieux montrer le vide laissé par la défunte, physiquement absente mais dont le manque, lui, est présent au détour de chaque plan.Caché pudiquement derrière sa petite caméra, le cinéaste se trouve alors en position idéale pour se livrer corps et âme à un spectateur qui ne le voit pas mais l'écoute attentivement. Idéalisant d'abord cette Irène comme on le fait de ceux qui sont partis, il glisse ensuite vers davantage de franchise et de mesure, ses confessions mi-figue mi-raisin ne faisant qu'ajouter à la belle humanité de celle qui restera à jamais une jeune femme. Envies de violence, tentation de la rupture : non, tout n'était pas rose pour Irène et Alain, ce qui est à la fois rassurant et salvateur pour un film qui aurait pu tomber dans une hagiographie malvenue.
Mais malgré le titre, c'est aussi et surtout lui que Cavalier raconte. La voix chargée d'émotion, il avoue ne s'être jamais vraiment remis d'une disparition qu'il ne cesse de ressasser par le biais de photographies, de lectures, de retours sur les lieux où il vit Irène pour la dernière fois. Et lorsqu'il daigne enfin se monter face caméra, c'est pour nous montrer un corps meurtri, que ce soit par la goutte, le zauna ou à cause d'un bête accident d'escalator. Fatigué mais pas découragé, Cavalier tente de prendre l'usure du temps à la rigolade, s'amusant de certaines trouvailles visuelles - ah, l'oeuf et la pastèque - qui le rendent définitivement attachant et font de cette auto-fiction un sommet d'émotion rentrée, donc un must absolu.

Irène d'Alain Cavalier. 1h25. Sortie : 28/10/2009.
Critique publiée sur Écran Large.




















1 commentaire sur “IRÈNE”
On l'a beaucoup comparé à l'intensité des Plages d'Agnès qui fut le plus beau film de l'année dernière, selon moi.
Je vais courir voir ça !
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