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25 mars 2009

LES 3 ROYAUMES

Quinze ans ou presque après The killer, John Woo revient en Chine avec un film épique et historique, récit d'une gigantesque bataille ayant ébranlé la Chine il y a dix-sept siècle. Un film, ou des films ? Tout dépend du pays : sorti en Occident dans une version unique de 140 minutes, Les 3 royaumes (Battle of Red Cliff pour les anglophones) est à la base un diptyque atteignant les 4 heures de métrage, Woo estimant que l'intensité de la bataille ne pouvait qu'être restituée dans la durée. Reste que paradoxalement, alors qu'une centaine de minutes a été coupée, on a l'impression que notre version des 3 royaumes est plus ennuyeuse que son pendant asiatique. Il ne s'agit évidemment que d'une sorte d'intuition, mais cette version courte semble avoir sacrifié tant de piliers de l'histoire et tant de personnages secondaires que la sensation de manque prédomine de bout en bout.
On peut difficilement blâmer John Woo pour cela, car s'il est évidemment responsable de ce nouveau montage, il n'est aucunement celui qui a décidé de tronquer le film afin de le rendre prétendument plus accessible pour le spectateur occidental. Avoir en tête un film de quatre heures puis être contraint d'en sucrer la moitié ressemble à la fois à un casse-tête, un problème éthique et un infanticide. On attendra donc d'avoir le courage et la possibilité de voir le diptyque en bonne et due forme pour livrer un jugement définitif ; cependant, le montage n'explique pas tous les défauts des 3 royaumes. L'oeuvre est en effet d'un classicisme éhonté, totalement assumé par un Woo avide de retour aux sources et de pureté, mais tout de même un peu plombant. Le problème posé par ce genre de cinéma, c'est qu'il affiche un tel sérieux qu'il peut rapidement finir par en devenir risible. Le cinéaste a trop de talent pour qu'on en arrive à de telles extrémités, mais il est tout de même fort possible de faire une overdose de flonflons, de ronds de jambes et de traditions ancestrales. Surtout quand ceux-ci sont défendus par des acteurs étonnamment lisses, Takeshi Kaneshiro et Tony Leung livrant des prestations franchement décevantes.
Reste que Les 3 royaumes, qui aurait donc gagné à être plus long pour devenir moins ennuyeux, reste à de très larges endroits un spectacle flamboyant, les scènes de combat étant mises en scène sans génie mais avec un mélange de panache et d'efficacité. Si John Woo peine visiblement à insuffler sa personnalité propre à ce projet, il est tout de même l'un des plus doués dès qu'il s'agit de chorégraphier le combat, de le rendre admirable sans pour autant encourager la guerre mais en respectant ceux qui la font pour une cause juste. Le plus passionnant dans tout cela reste sa façon de décrire les stratégies militaires, métaphores et termes techniques venant idéalement se mêler à une démonstration visuelle simplissime donnant au spectateur l'impression d'être intelligent. On en ressort essoufflé, exalté mais mitigé. Les trois royaumes version occidentale est tout de même plus proche d'une semi-réussite que d'un semi-ratage.
5/10

(autre critique sur In the mood for cinema)

8 févr. 2009

LES SEIGNEURS DE LA GUERRE

Le très faible pourcentage de films asiatiques sortant en France pourrait laisser penser que le continent ne produit grosso modo que des polars sanglants et des wu xia pian (épopées historiques enrichies en arts martiaux). Confirmant cette tendance, les deux "grosses" sorties asiatiques de ce début d'année sont le nouveau John Woo (Les trois royaumes, à venir le 25 mars) et ces Seigneurs de la guerre. Réalisé par le touche-à-tout Peter Ho Sun-Chan (Perhaps love), c'est l'énième récit de l'aventure héroïque de trois guerriers que tout oppose, mais que l'adversité et la misère vont réunir. C'est rengaine ? Complètement. Et ce n'est pas une imposante armada de scénaristes (huit !) qui suffira à donner à l'ensemble un minimum d'originalité.
La bonne idée (surprenante de la part d'un Peter Chan qui n'a rien d'un foudre de guerre), c'est d'avoir tiré de ce récit non pas un énième machin clinquant façon Zhang Yimou dernière période, mais un film sombre, assumant son image granuleuse et son refus du glamour. Problème : quand on n'est pas un génie, on n'est pas un génie. Chan dépeint la situation critique de ses héros comme Claude Berri le faisait dans Germinal, c'est-à-dire avec un misérabilisme lourdissime, zoomant sur la crasse qui stagne sous les ongles des personnages. Cela provoque au choix l'ennui ou les ricanements nerveux, mais les spectateurs asiatiques s'y sont visiblement retrouvés puisque le film est, comme l'indique l'affiche, le plus gros succès de tous les temps en Asie.
Il y a tout de même un souffle épique là-dedans, parfaitement incarné par deux comédiens hors pair : un Andy Lau toujours aussi classe et un Takeshi Kaneshiro encore trop méconnu qui qui prend de l'ampleur à chaque apparition. Ce n'est pas le cas d'un Jet Li proprement consternant, qui livre une prestation à la Joey Tribbiani, fronçant les sourcils pour montrer sa contrariété puis regardant dans le vide pour faire comprendre à quel point il est pensif. À l'image de l'acteur, Les seigneurs de la guerre fleure l'amateurisme, et ce malgré son budget confortable et ses milliers de figurants. John Woo devrait faire mieux sans aucun problème.
4/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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