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15 juil. 2009

UN ENFANT PAS COMME LES AUTRES

Menno Meyjes vit actuellement quelques années difficiles : tournés en 2007, ses deuxième et troisième films ont longtemps dormi dans des cartons pour des raisons inconnus. Alors qu'on attend toujours Manolete, biopic du célèbre toreador starring Adrien Brody, voici que débarque discrètement cet Enfant pas comme les autres pourtant réalisé avant. Si ce dernier n'a absolument rien d'un chef d'oeuvre, il est pourtant bien difficile de comprendre pourquoi sa sortie a été repoussée tant de fois.
Un peu comme K-Pax et quelques autres, le film de Meyjes débute par la rencontre d'un héros terre-à-terre et d'un personnage plus fantaisiste, au point d'être persuadé qu'il débarque d'une autre planète. L'angle choisi étant clairement celui de la comédie familiale et pas celui du suspense ou de la SF, on sait bien vite de quoi il retourne. L'essentiel n'est pas là : il s'agit pour le héros auteur de SF de parvenir à apprivoiser le jeune garçon marginal qu'il vient d'adopter sans pour autant réduire à néant sa personnalité hors du commun. Il en résulte une série de scènes de comédie tour à tour amusantes et attachantes, mises en scène avec suffisamment de distance pour ne pas tomber dans le gros mélo dégoulinant, mais caractérisées par une tendresse de tous les instants.
Le tout reste quand même assez balisé, et pourrait presque sembler anodin s'il n'y avait la qualité de l'interprétation. Comme lorsqu'il s'agit de jouer les mecs apparemment nonchalants mais un peu inquiets quand même, John Cusack est à l'aise ; comme toujours lorsqu'il s'agit de s'amuser avec son frangin, Joan Cusack est très en forme ; quand au petit Bobby Coleman, il est absolument épatant, bien loin de l'éternel cliché du gamin virtuose et tête-à-claques. Il est la clé de cet éloge fort sympathique des doux dingues, qui nous fait gober le temps d'un film que les personnalités les plus loufoques peuvent parfaitement s'intégrer dans la société actuelle.




Un enfant pas comme les autres (Martian child) de Menno Meyjes. 1h45. Sortie : 15/07/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

26 avr. 2009

LE SECRET DE LILY OWENS

Dans son premier quart d'heure, Le secret de Lily Owens (The secret life of bees en VO) fait naître un certain espoir. Après un prégénérique traumatisant montrant comment, à 4 ans, Lily Owens tua sa mère d'un coup de revolver, on plonge quelques années en avant pour la retrouver en phase de pré-adolescence, vivant seule avec un père violent et un rien sadique (de quoi détester le gruau de maïs à jamais) et une nourrice noire qui l'aide à s'en sortir tout en tentant de sauver sa propre peau. Il faut dire que ce sont les années 60, et que la Caroline du Sud n'est pas l'endroit le plus accueillant qui soit pour les gens de couleur... On se prend alors à rêver à un grand drame sur le racisme et l'enfance brisée, psychologiquement éprouvant mais finalement salvateur.
Ce film-là n'existera que dans nos rêves : très vite, Lily et sa nounou fuient la ville et se réfugient dans une sorte de maison du bonheur, pleine de gentils noirs avec le coeur sur la main. Lily y apprendra la vie, l'amour, l'apiculture. Quant au film, il plongera tête la première dans le manichéisme et le pathos. Le miel dont parle si souvent le personnage de Queen Latifah (remarquable) caractérise chaque plan, collant et sucré. La réalisatrice Gina Prince-Bythewood l'étale en long en large et en travers, le film s'étirant en longueur sans raison apparente. D'autant qu'il a perdu depuis longtemps sa dimension sociopolitique, la cause noire pouvant difficilement être défendue par un film aussi angélique et binaire.
Heureusement que les interprètes s'acquittent de leur tache avec une chaleur réconfortante : la pop idol Jennifer Hudson confirme son talent d'actrice, tout comme une Alicia Keys convaincante. Dakota Fanning est elle aussi idéale en petit poussin brisé par le monde des adultes. Moins chaleureux, Paul Bettany est extrêmement inquiétant en père indigne ; mais, comme les autres personnages "négatifs", il est longtemps tenu à l'écart de l'intrigue afin de ne pas abimer le gentil mélo en train de se construire. La résolution finale des problèmes de la jeune Lily confirme la tendance du film à plonger dans un optimisme béat qui colle mal au sujet.
4/10
(également publié sur Écran Large)
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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