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30 sept. 2009

THIRST, CECI EST MON SANG

Jusqu'ici, Park Chan-wook apparaissait comme un petit arnaqueur ayant réussi un coup d'éclat avec Old boy mais réalisant habituellement des films vains, creux et clinquants, par pure provoc ou par manque de talent. Thirst peut-il remettre tout cela en cause ? Peut-être, ou peut-être pas. S'il apparaît comme l'un des films les plus intéressants de son réalisateur, il est cependant loin d'être dépourvu de défauts, de petits instants grotesques et de ratages édifiants. Sauf que malgré tout cela, c'est un film formidable, aussi foisonnant que passionnant, l'une des oeuvres les plus singulières sur l'univers des vampires, s'affranchissant des ennuyeux codes du genre et trouvant ainsi sa propre identité.
Thirst est loin de n'être que l'histoire d'un curé devenu vampire. Tout ceci n'est qu'un point de départ, certes essentiel, qui entraînera une série de rebondissements et de réflexions souvent très surprenants. Par son approche thématique, Thirst rappelle The addiction, chef d'oeuvre d'Abel Ferrara et meilleur film sur le vampirisme de l'histoire du monde. Le sang y est décrit comme une véritable drogue, et le meurtre d'autrui considéré comme une souffrance. A fortiori pour un homme d'Église, obligé de chercher des moyens détournés de mettre fin à cette satiété chronique. L'hypocrisie de la religion est d'ailleurs pointée du doigt à travers ce personnage, qui n'a aucun scrupule à lutiner encore et encore la jolie demoiselle qu'il rencontre, et dont le fiancé est cloué sur un lit d'hôpital. Des scènes d'un érotisme trouble rappelant celles de Old boy, car créant à la fois une certaine excitation et une vraie gêne. Il y a du sens même dans ces scènes-là, et c'est fort troublant. Park Chan-wook interroge notre rapport au plaisir, l'un de ses sujets favoris, avec une délectation visible, d'autant qu'il sait appuyer là où ça fait mal.
La mise en scène a beau être un peu hétéroclite, elle donne lieu à une succession de grands moments dont les défauts sont toujours compensés par une extrême originalité et un jusqu'au boutisme gouleyant. Orchestrant un duo / duel jamais serein et toujours traversé par une crise - mystique, éthique, conjugale -, le film greffe à son histoire de vampires une sous-intrigue parfois bancale mais essentielle à propos d'un triangle amoureux et meurtrier, lequel constituera le début de la fin pour ce couple déséquilibré dès le départ et de plus en plus plombé par les évènements et les mutations psychologiques. L'ensemble mène à une dernière séquence longue et délectable, mêlant tragique et comique à parts égales, et sublimant la destruction d'un couple ne pouvant se regarder en face. Le genre de scène qui fait définitivement oublier tous les petits accrocs de Thirst, légères embardées scénaristiques et pannes provisoires de mise en scène, et crée au final un enthousiasme patent. Difficile d'expliquer pourquoi l'alchimie prend ici et pas dans d'autres films de Park Chan-wook, toujours originaux et traversés de petits moments géniaux. L'avenir nous dira peut-être s'il ne s'agit que d'un coup de chance.




Thirst, ceci est mon sang (Bak-Jwi) de Park Chan-wook. 2h13. Sortie : 30/09/2009.
Autre critique sur Une dernière séance ?.

12 déc. 2007

JE SUIS UN CYBORG

Sa trilogie de la vengeance achevée, Park Chan-Wook avait le champ libre pour aller explorer d'autres univers. De la part d'un réalisateur adepte de la surenchère (ses films sont toujours construits sur ce principe, que cela se justifie ou non), on pouvait attendre une envie d'aller plus loin (si possible) dans la noirceur et le sordide. Grossière erreur de jugement : contredisant un titre français très réducteur, Je suis un cyborg a des allures de comédie romantique, un rêve doux et cotonneux (pour ne pas dire capitonné) jouant la carte de la rupture.
Bienvenue donc à l'hôpital psychiatrique, où se croise des êtres fatigués ressemblant étrangement aux héros blessés de Old boy et Lady vengeance, la rage en moins. Le jeune héroïne du film se prend pour un cyborg, mais c'est OK, comme l'affirme le titre anglais. Pleinement satisfaite de son statut de machine, elle refuse de s'alimenter comme les humains, lèche des piles pour recharger ses batteries, et rêve qu'elle a des canons sciés au bout des doigts. Sa rencontre avec un type aussi cintré qu'elle (il est persuadé qu'il peut voler les qualités des gens rien qu'en leur empruntant un objet) va bientôt donner lieu à une romance aussi improbable qu'originale. On n'ira pas beaucoup plus loin : étonnamment, Park Chan-Wook se contente de ce traitement fleur bleue et gentiment déjanté, là où on aurait pu atteindre des sommets de poésie. De plus, la naïveté assumée de cet univers finit par donner des boutons, un peu à la manière de ces gens qui vous sourient pour un rien, persuadés de répandre le bonheur autour d'eux alors que cet éternel air béat est plus agaçant qu'autre chose. Par moments, cependant, l'histoire prend réellement son essor et donne lieu à quelques séquences assez touchantes, comme celle où le jeune home, entrant dans le jeu de son amoureuse, fait semblant de réparer ses circuits. Je suis un cyborg manque malheureusement de souffle dans l'enchaînement des situations.
C'est en revanche dans sa direction artistique que Je suis un cyborg convainc sans retenue. La mise en scène de PCW est des plus inspirée, s'appuyant sur une photographie magnifique et un joli travail sur les décors. L'hôpital psychiatrique ressemble à un hôpital psychiatrique, pas à une cuisine Mobalpa ; pourtant, l'utilisation de couleurs pastel et/ou flashy (notamment le rose) accentue le côté rêve de gosse du film. Cet univers visuel sans faille est un enchantement, tout le reste n'étant malheureusement pas à l'unisson. Mais l'espoir fait vivre : en se trouvant un script vraiment béton, PCW pourrait bien nous surprendre dans les années à venir.
5/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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