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12 oct. 2009

FrightFest 2009 : TRIANGLE

Fait troublant, Triangle est un film circulaire. Une oeuvre géométrique et vertigineuse où explose Christopher Smith, jusque là relégué au rang de sympathique faiseur. La suprême réussite de son troisième long tient tout d'abord de sa surprenante mutation : qui venait voir un simple thriller maritime sera frustré de prime abord, puis totalement ravi d'avoir été ainsi blousé. Voilà un grand film de genre, impeccable de part en part, qui crée une telle sensation d'addiction que le spectateur n'a qu'une envie : prendre le projectionniste en otage afin de le revoir une deuxième, puis une troisième fois. Car la puissance scénaristique est grande, très grande : Triangle est un twist permanent, où chaque scène alimente la suivante. Un puzzle dont chaque pièce s'emboite idéalement avec les autres, sans jamais que cette perfection apparente devienne ennuyeuse ou routinière. On est pris à la gorge dès les premières minutes, et cela ne s'arrête jamais.
Le mieux pour voir et apprécier ce Triangle est de ne rien en connaître et de se laisser guider par un script exigeant et chiadé, qui pousse à la réflexion sans jamais égarer personne. Un monument de précision qui change régulièrement de direction sans jamais s'égarer. Tout juste peut-on en raconter le début : une mère à problèmes part en virée avec ses amis sur un bateau de plaisance, mais un naufrage soudain contraint le groupe à se réfugier sur un navire étrangement désert. Ou presque. S'ensuit un déferlement de violence digne de certains grands slashers, où les apparences sont trompeuses et la confiance un vain mot. La révélation qui suit sera propice à un enchaînement de scènes assez traumatisantes et d'images magnifiques et souvent inédites.
Smith a en effet mis toutes les chances de son côté : son script est non seulement intelligent et efficace, mais il est de plus idéal dans le cadre d'un exercice de mise en scène. Là où ses précédents films - Creep et Severance - étaient correctement exécutés, celui-ci est d'une rare exigence visuelle, ménageant à la fois la cohérence et le suspense. Les couloirs et pièces du bateau sont autant d'éléments labyrinthiques favorisant l'utilisation du hors-champ et de l'arrière-plan. Les séquences à l'extérieur ne sont pas en reste. La dernière demi-heure, absolument virtuose, fait encore monter le film en intensité, annihilant étonnamment tout possible effet de redondance. Grisant, perturbant, impressionnant, Triangle est un petit bijou, propulsant en un instant dans la cour des grands celui qu'on peut désormais appeler cinéaste et celle qu'on n'avait jamais vraiment remarquée en tant qu'actrice. Dans un rôle franchement ardu, Melissa George rappelle les grandes héroïnes hitchcockiennes, donnant à son personnage une dimension tragique rarement atteinte dans ce genre de film.




Triangle de Christopher Smith. 1h35. Sortie : 1h30.
Critique publiée sur Écran Large.

9 janv. 2008

30 JOURS DE NUIT

Profitons de la sortie de 30 jours de nuit pour nous remémorer la définition d'un film raté. Le film raté a tout pour être un bon, voire même un grand film ; tous les ingrédients nécessaires y sont présents, dans des quantités raisonnables ; pourtant, de façon plus ou moins claire, il foire piteusement sa cible. Ce n'est pas que le deuxième long de David Slade soit particulièrement mauvais, mais il fait indéniablement partie de ces oeuvres destinées à l'oubli alors qu'elles auraient pu terminer au panthéon.
Un film raté, normalement, ça ne s'explique pas. Essayons quand même en dressant la liste de ce qui aurait (éventuellement) pu être fait autrement pour (éventuellement) aboutir à un résultat moins frustrant. D'abord engager à la place de Josh Hartnett un acteur plus mûr, plus mâle que cet acteur fort potable mais dont la gueule d'éternel ado sied moyennement à ce genre de film. Ensuite exploiter au maximum l'excellent postulat de départ. 720 heures sans rayon de soleil, c'est le rêve de tous les vampires, et ceux du film semblent ne pas en profiter, faisant preuve d'une passivité assez étonnante. Et puisque cette nuit interminable doit bien se terminer un jour, il aurait sans doute été judicieux de jouer plus à fond la carte du compte à rebours (même si à la fin on comprend que les scénaristes ont d'autres ambitions).
Les bons points, maintenant. D'abord une photographie assez remarquable, avec des plans beaux comme des tableaux, d'où jaillissent des couleurs ahurissantes. Quelques mouvements de caméra à la Fresnadillo auraient pu être évités pour plus de clarté. Il y a ensuite ces fameux vampires, plus humains que jamais, inquiétants et effrayants par la grâce du maquillage (et pas de ces effets visuels absolument pourris que les studios sont persuadés de maîtriser de A à Z).
L'une des bonnes idées du script, c'est de donner à chaque suceur de sang une identité propre (le leader, la femme fatale, le gros chauve ultra tenace...) et de faire de ces vampires de vrais salopards vicieux jusqu'à l'os plutôt que de simples victimes d'une dépendance hémoglobinaire. Résultat : par moments, on a peur. Mais moins que prévu. Toujours sans bien savoir comment expliquer cela. Quelques scènes d'action rivent le spectateur à son siège (dont une attaque de 4x4 quasiment filmée en ombres chinoises et l'irruption bien malsaine d'une vampirette en culottes courtes), mais celles-ci sont en minorité. Quant au script, s'il ne se prive pas de quelques passages obligés (le mec contaminé qui se sacrifie, le mec valeureux qui se sacrifie aussi, etc.), il donne aussi lieu à quelques scènes originales et dignes d'une vraie tragédie. Là encore, les cas de conscience proposés et les situations dramatiques devraient glacer le sang, mais l'émotion n'affleure pas. Ce qui fait de 30 jours de nuit un western sous la neige frustrant et malade, qu'on aurait voulu adorer ou haïr, et qui nous plonge dans une tiédeur bien regrettable.
5/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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