Vincere (vaincre) raconte le combat de cette femme abandonnée par tous, barrée dans toutes ses démarches et bientôt internée afin d'être mise hors d'état de nuire. À plus d'un titre, le script fait penser à celui de L'échange, dans lequel le personnage d'Angelina Jolie s'échinait à prouver que le garçon retrouvé n'était pas le sien. Mais là où Clint Eastwood optait pour une mise en scène résolument classique, baroque et tirée à quatre épingles, Bellocchio prend de gros risques qui s'avèrent heureusement payants. Incrustations diverses et variées, insertions inopinées d'images d'archives... Il se lâche et ça paye. Comme l'Italie des années 10 et Ida Dalser en particulier, voilà le spectateur embarqué dans une folie furieuse, un tourbillon d'idées pouvant légitimement donner le tournis. Bien que ce ne soit pas le sujet principal du film, Vincere montre comment s'orchestre la fulgurante campagne de séduction mussolinienne, qui fit des millions de victimes.
La belle idée de Bellocchio, c'est de transformer peu à peu un récit historique en véritable tragédie humaine, avec folie et déprime à la clé, et d'adapter sa mise en scène à cette mutation. La frénésie visuelle des premières bobines laisse place, imperceptiblement ou presque, à une observation plus sobre et gorgée de tristesse. Rien de plus logique : si les généralités historiques ont besoin de sang neuf et d'expérimentations pour conserver tout leur intérêt, le drame plus intime qui se joue en fin de course n'a nul besoin d'affèteries pour être émouvant. Cette dernière partie, qui montre le total désarroi dans lequel plongèrent Ida Dalser et son fils Benito Albino, est belle et déchirante. Mussolini ou pas, un père et un mari en fuite est toujours vecteur de douleurs insoutenables et insurmontables. L'admirable obstination dont fait preuve l'héroïne de Vincere en est la plus belle des preuves.
Vincere de Marco Bellocchio. 1h58. Sortie : 25/11/2009.