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26 nov. 2009

VINCERE

Le retour de Marco Bellocchio restera comme l'une des plus grandes et belles surprises des années 2000. Lui qui n'était plus que l'ombre de lui-même à la fin du siècle dernier est en train de se bâtir, film après film, une deuxième vie de cinéaste, et c'est formidable. Du très anticlérical Le sourire de ma mère au génialement désabusé Le metteur en scène de mariages, le réalisateur italien ne cesse de se réinventer au gré de nouvelles inspirations. Dernière envie en date : raconter le calvaire d'Ida Dalser, amoureuse d'un certain Benito Mussolini, auquel elle donna d'abord tous ses biens matériels, puis un enfant, avant d'être brutalement mise de côté, rayée avec son fils de tout document officiel afin de ne pas déranger la vertigineuse progression du futur Duce.
Vincere (vaincre) raconte le combat de cette femme abandonnée par tous, barrée dans toutes ses démarches et bientôt internée afin d'être mise hors d'état de nuire. À plus d'un titre, le script fait penser à celui de L'échange, dans lequel le personnage d'Angelina Jolie s'échinait à prouver que le garçon retrouvé n'était pas le sien. Mais là où Clint Eastwood optait pour une mise en scène résolument classique, baroque et tirée à quatre épingles, Bellocchio prend de gros risques qui s'avèrent heureusement payants. Incrustations diverses et variées, insertions inopinées d'images d'archives... Il se lâche et ça paye. Comme l'Italie des années 10 et Ida Dalser en particulier, voilà le spectateur embarqué dans une folie furieuse, un tourbillon d'idées pouvant légitimement donner le tournis. Bien que ce ne soit pas le sujet principal du film, Vincere montre comment s'orchestre la fulgurante campagne de séduction mussolinienne, qui fit des millions de victimes.
La belle idée de Bellocchio, c'est de transformer peu à peu un récit historique en véritable tragédie humaine, avec folie et déprime à la clé, et d'adapter sa mise en scène à cette mutation. La frénésie visuelle des premières bobines laisse place, imperceptiblement ou presque, à une observation plus sobre et gorgée de tristesse. Rien de plus logique : si les généralités historiques ont besoin de sang neuf et d'expérimentations pour conserver tout leur intérêt, le drame plus intime qui se joue en fin de course n'a nul besoin d'affèteries pour être émouvant. Cette dernière partie, qui montre le total désarroi dans lequel plongèrent Ida Dalser et son fils Benito Albino, est belle et déchirante. Mussolini ou pas, un père et un mari en fuite est toujours vecteur de douleurs insoutenables et insurmontables. L'admirable obstination dont fait preuve l'héroïne de Vincere en est la plus belle des preuves.




Vincere de Marco Bellocchio. 1h58. Sortie : 25/11/2009.

22 août 2007

LE METTEUR EN SCÈNE DE MARIAGES

Fuir. Fuir pour échapper aux emmerdes, aux conventions, à l'ennui qui guette. C'est le choix de Franco Elica, réalisateur fatigué, qui part sans se retourner pour aller faire le point en Sicile. Le metteur en scène de mariages est un film profondément pessimiste, la radiographie terrible d'un homme (et d'un pays) en perte de vitesse, mais qui trouve son salut dans une expression poétique et éclatante de son désespoir. Brillamment incarné par un Sergio Castellito entre Droopy et Zébulon, Elica est de ceux qui, selon la formule de Beaumarchais, se pressent de rire de tout de peur d'être obligés d'en pleurer.
À l'image de son héros, Marco Bellocchio cultive sa déprime avec une vigueur proprement stupéfiante. Sans cesse en mouvement, il multiplie les expérimentations au gré d'une mise en scène qui s'amuse avec les textures (déformations, caméra amateur...). Idéal pour coller à un scénario foutraque, le bordel ambulant le plus jouissif qu'il ait été donné de voir depuis bien longtemps, sautant dans tous les sens comme une balle rebondissante, mais retombant toujours sur ses pattes d'une faiçon assez prodigieuse. Il faut une dizaine de minutes pour se faire à l'ambiance et au rythme du Metteur en scène de mariages, mais lorsque le film s'empare de vous, c'est pour ne plus vous lâcher, emportant tout sur son passage.
Les amoureux, les croyants, les lâches : Bellocchio n'épargne rien ni personne dans un film beau comme un vieux disque de jazz, plein de ces imperfections qui font les oeuvres les plus marquantes. Pas de doute : après une fin de siècle assez pénible, le metteur en scène italien a pleinement trouvé sa place au coeur des années 2000. Le metteur en scène de mariages est de ces films qui s'impriment de façon durable dans les crânes et les coeurs de ceux qui font le pari de suivre Franco Elica sans sa course sans but. Il serait juste impardonnable de passer à côté.
9/10
(également publié sur Écran Large)
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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