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6 sept. 2009

SINGULARITÉS D'UNE JEUNE FILLE BLONDE

101 ans et peut-être pas toutes ses dents, mais en tout cas toutes ses facultés : Manoel de Oliveira continue de tourner un film par an, poursuivant une oeuvre reconnaissable entre mille par son rythme et son style. Singularités d'une jeune fille blonde est sans doute ce qu'il a fait de mieux ces dernières années, l'histoire assez simple qu'il raconte provoquant en fin de course une certaine déstabilisation du spectateur. En une heure et trois minutes, Oliveira narre la rencontre d'un comptable avec une jeune fille blonde vivant dans l'immeuble d'en face et passant son temps à s'éventer à la fenêtre. Il décrit le charme troublant de la rencontre, la fébrilité de la première approche, l'incertitude du premier rendez-vous. Et déjà tout fonctionne. Parce que la mise en scène, certes statique, met superbement en valeur l'excitation des débuts et le poids écrasant des conventions, qui pousse à demander aux doyens l'autorisation de s'aimer avant de pouvoir le faire de façon ostentatoire.
Polymorphe, le film se muera en drame, avant de livrer une conclusion sèche et inattendue qui permettra de revoir le tout comme une sorte de conte, avec ses personnages bien marqués et sa morale laconique mais pleine d'enseignements. Car la jeune fille blonde est évidemment singulière, mais pas au sens où certains réalisateurs grossiers ou patauds l'auraient entendu. Plus que jamais, Oliveira se fait fin, livrant une oeuvre qui l'air de rien possède plusieurs niveaux de lecture, et dont le faux rythme n'a pour une fois rien de soporifique. Même quand le héros s'attarde dans un club littéraire et se voit proposer une description méthodique des bibelots exposés, le temps mort créé n'est là - délibérément ou non - que pour créer une sorte d'attente insoutenable avant que ne démarre l'étape suivante du récit.
Car Singularités d'une jeune fille blonde a tout du film à suspense : le héros emballera-t-il la fille ? Parviendra-t-il à l'épouser ? Trouvera-t-il un job ? Finira-t-il à la rue ? Vivra-t-il heureux à jamais ? Sans ambages, de la façon la plus décontractée qui soit, le cinéaste centenaire nous embarque pendant une heure et ne nous lâche guère. Son récent Christophe Colomb : l'énigme s'apparentait à une longue séance de torture qu'il fallait supporter en souriant, comme une visite à la maison de retraite. S'il n'a certes pas la fougue d'un réalisateur de trente ans, Oliviera semble cette fois avoir arrêté le temps pour nous offrir cette petite curiosité qui comptera à coup sûr parmi ses meilleurs films.




Singularités d'une jeune fille blonde (Singularidades de uma rapariga loira) de Manoel de Oliveira. 1h03. Sortie : 02/09/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

5 sept. 2008

CHRISTOPHE COLOMB, L'ÉNIGME

« Christophe Colomb : l’énigme n’est pas un film scientifique ou historique, ni de caractère à proprement parler biographique, mais une fiction à teneur romanesque, suggérant la grandiose aventure des Grandes Découvertes », précise Manoel de Oliveira en guise de note d’intention. Mot-clé de la citation : « suggérant ». Pour raconter sa vision de Colomb, le cinéaste filme avidement un couple passionné par l’aventurier, qui visite villages et musées afin d’en savoir davantage. Résultat : Christophe Colomb : l’énigme, c’est une heure quinze de visite guidée, et sans la possibilité de se dégourdir les jambes ou d’aller faire un tour à la boutique pendant que les connaisseurs s’émerveillent entre eux. Il faut nourrir une passion pour Colomb ou faire preuve de la plus noble des volontés pour ne pas décrocher rapidement devant ce film de centenaire, interminable malgré sa courte durée, dont la conclusion est que Christophe Colomb était en fait portugais. C’est peut-être un détail pour nous, mais pour Ricardo Trepa (le héros du film) ça veut dire beaucoup.
Pour supporter cette visite écrasante, mieux vaut tenter de voir le film sous un autre angle. On peut approcher Christophe Colomb : l’énigme comme un documentaire sur l’ennui qui guette l’homme et le contraint à vivre son existence par procuration. Ou comme un film sur la vieillesse. « Sans toi, je ne saurais pas tout ça », dit madame Trepa à son mari avec un mélange d’admiration et de résignation. Quand on a un âge à trois chiffres, que l’essentiel de sa vie est derrière soi, comment remplir ses journées si ce n’est en emmagasinant des connaissances inutiles mais rassurantes ? Un constat qui fait froid dans le dos, et qui s’applique également à Manoel de Oliveira et à son épouse, qui jouent eux-mêmes les héros du film et semblent se demander comment vivre autrement que par procuration. Leur non-jeu, un œil sur leur prochaine réplique et l’autre sur la caméra, accentue la léthargie éprouvée devant un film qui propose de jolis moments malheureusement trop éphémères, comme cette conclusion sur le mot « saudade » (nostalgie). Mais Christophe Colomb : l’énigme ne semble avoir d’autre justification que celle de faire plaisir à un réalisateur plus très frais mais avide de tourner encore et encore avant de disparaître. L’intention est noble, mais on n’est pas obligé d’en goûter le résultat.
4/10
(également publié sur Écran Large)
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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