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22 janv. 2009

LE CHANT DES OISEAUX

Si ses héros n'étaient pas les rois mages (ou des sortes de rois mages, puisque les trois sont blancs), Le chant des oiseaux pourrait presque être considéré comme une suite directe de Honor de cavalleria, le précédent film d'Albert Serra, tant il lui ressemble sur tous les aspects. Le thème ? Des mecs qui marchent, sauf que cette fois ils sont trois. Le style ? Un noir et blanc pas très soigné, beaucoup de longs plans fixes si éloignés des personnages qu'on ne parvient même pas à deviner leurs visages. Le ton ? Grave et muet la plupart du temps, à l'exception d'une poignée de scènes vraiment amusantes. Et alors ? Et alors rien.
Car comme Honor de cavalleria, Le chant des oiseaux ressemble moins à un film qu'à une sorte d'épreuve surhumaine pour déterminer si vous êtes ou non un vrai amateur de cinéma d'auteur. Parviendrez-vous à rester assis sur votre siège pendant une centaine de minutes sans bailler, sans somnoler, sans penser à ce que vous ferez après le film ? Si oui, alors bravo : vous appartenez définitivement à l'élite des cinéphiles. Il ne se passe strictement rien à l'écran, toute forme d'émotion est bannie, et il est même impossible de se raccrocher à la simple esthétique d'un film plus brouillon qu'autre chose.
Si Le chant des oiseaux est moins supportable que Honor de cavalleria, c'est non seulement parce qu'il ravit moins l'oeil, mais aussi - et surtout - parce qu'il vient après. Que Serra ponde un film de ce genre, d'accord ; mais deux, ça commence à faire beaucoup. Surtout que cela semble annoncer dix, vingt, cent copies conformes, toutes basées sur des pseudo-postulats différents (après Don Quichotte et les rois mages, pourquoi pas Lawrence d'Arabie ou Moïse ?). On dit de certains grands cinéastes qu'ils ont fait le même film toute leur vie : il faudrait juste dire à l'espagnol que ce n'est qu'une façon de parler.
3/10
(également publié sur Écran Large)

16 juin 2007

HONOR DE CAVALLERIA

Ils sont deux : Don Quichotte et son fidèle Sancho sillonnent les plaines au gré de leurs illuminations. Le vent souffle fort, les arbres remuent, le ciel est beau. Et après? Rien, évidemment. Albert Serra nous livre une version minimalistiquement minimaliste de l'épopée légendaire de Miguel Cervantès. Zéro moulin à vent, zéro autre personnage (ou si peu). Rien que deux hommes qui marchent, ne gaspillant guère leur salive, préférant s'appliquer à poser un pied devant l'autre.
Évidemment, Honor de cavalleria fait passer un film comme Gerry pour un film de Michael Bay : il ne s'y dit pas grand chose, il ne s'y passe quasiment rien (de dicible, en tout cas)... Pourtant, l'expérience n'est pas si extrême. Suffit de se laisser porter par une image assez belle et par un son renversant, et Honor de cavalleria devient une sorte de voyage initiatique, une aventure titanesque car foutrement longue, mais où la persévérance porte ses fruits. On se sent comme grandi de ne pas avoir quitté la salle comme ces explorateurs de pacotille qui font claquer leur siège au bout d'une demi-heure. Tout cela est-il bien cinématographique? Oui, pardi. Si l'on se gardera bien de proposer une analyse poussée du film et de son rapport avec l'ouvre initiale, on ne peut que louer ses mérites : on en sort comme lavé, essoré, repassé, prêt à aller s'enquiller tous les blockbusters de l'été, le cerveau net et les yeux en état, comme après deux longues heures assis dans un sauna. Oui, alors bon, certes, c'est souvent un peu chiant. Mais ce qui ne vous tue pas vous rendra sans doute plus fort.
6/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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