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3 sept. 2009

NON MA FILLE TU N'IRAS PAS DANSER

Christophe Honoré tournerait-il trop, trop vite ? Non ma fille tu n'iras pas danser est son sixième film depuis 2002, ce à quoi il faut notamment ajouter des scénarios pour d'autres (Gaël Morel, Diastème) et une mise en scène de théâtre (Angelo tyran de Padoue de Victor Hugo, grandiose chef d'oeuvre présenté au festival d'Avignon cette année) Le film semble révélateur d'un trop grand empressement et d'un véritable coup de fatigue pour un cinéaste qui avait jusque là le mérite d'offrir des propositions fortes de cinéma mais fait preuve ici d'un déplorable déficit d'idées.
L'épuisement apparent de l'auteur concorde avec son choix de quitter Paris pour aller planter le décor de son film dans sa Bretagne natale. Un lieu de repos et de réflexion ? C'est ce que croient certains de ses personnages que leurs angoisses poursuivront malgré tout jusque dans les recoins de cette maison accueillante. Deux soeurs tenteront d'y régler leurs problèmes existentiels, sous le regard à la fois bienveillant et inquiet de leurs parents. Seulement voilà : la montagne Honoré a accouché d'une souris. Les protagonistes font grise mine, leurs soucis sont à la fois flous et d'une banalité sans nom, et rien de leurs petites histoires communes ou personnelles ne retient vraiment l'attention. Non ma fille tu n'iras pas danser est de ces films qui vous glissent dessus, incapables d'éveiller compassion, attachement ou toute autre forme d'implication. L'équivalent d'un week-end passé avec de parfaits inconnus, assez peu sympathiques pour la plupart.
La seule véritable originalité du film est cette longue scène de légende bretonne, laquelle a inspiré le titre du film. Répétitive comme bien des fables, s'intégrant difficilement, c'est un nouveau signe de l'essoufflement de Christophe Honoré, qui semble ne retrouver son énergie passée que lors des dix dernières minutes : c'est à partir de ce moment que l'on a envie d'accompagner enfin les personnages et de les porter en nous. Un réveil malheureusement trop tardif. Sans être jamais ridicule ou totalement ennuyeux, Non ma fille... est un film de famille sans vie qui par certains aspects fait songer à Un conte de Noël - retour aux sources, maladie et climat très changeant - ainsi qu'à Dans Paris - l'image des deux soeurs sur un lit avec leur mère suffit à rappeler Guy Marchand et ses fistons. Les acteurs ont beau être pile dans le ton, c'est-à-dire souvent un peu amorphes (sauf Julien Honoré et Louis Garrel, qui font tous les deux du... Louis Garrel), rien n'y fait : on en ressort avec l'espoir que le prochain Honoré chasse cet arrière-goût désagréable, mais que le réalisateur prenne auparavant le soin de se ressourcer, de prendre le temps de vivre, et de nous pondre une oeuvre moins oubliable que celle-ci.




Non ma fille, tu n'iras pas danser de Christophe Honoré. 1h45. Sortie : 02/09/2009.
Critique publiée sur Écran Large Autre critique sur Tadah ! Blog.

14 janv. 2009

PARC

Qu'attendre d'un film avec une telle affiche et deux personnages principaux nommés Marteau et Clou, le premier ne rêvant que de crucifier le second ? Un tour de force à la Beckett ou une oeuvre ployant sous un symbolisme de pacotille. Parc offre pourtant une troisième alternative en s'affranchissant rapidement d'un dispositif tout droit voué à l'échec. Et Arnaud des Pallières (Drancy avenir, Adieu) de livrer un curieux thriller psychologique sans thriller, où tout est sujet à interprétation et dont il est difficile de tirer la moindre conclusion.
Pourtant, tout commence (presque) normalement. Présence de Sergi Lopez oblige, le début de Parc ressemble à du Dominik Moll, quelque part entre Harry... et Lemming. Petites bizarreries et malaise inexplicable sont de mise, bien relayées par une interprétation sans faille. Rapidement, l'ensemble semble piétiner, comme si le metteur en scène prenait plaisir à étirer encore et encore l'exposition de ses personnages afin de créer la frustration. Il faut un certain courage pour franchir le cap de la première heure ; courage qui sera en quelque sorte récompensé par la suite, qui n'offre aucune clé mais crée une tension palpable à partir de rien.
Des Pallières refuse de plonger dans le thriller, mais on retient quand même son souffle : ce cinéma fait de symboles et de métaphores plus ou moins explicites a ceci de fascinant qu'il est totalement imprévisible, comme un Lynch version réaliste. Une impression à double tranchant, puisque cela peut également faire naître un total désintérêt face à ce qui se passe à l'écran. D'autant que le message semble quant à lui plus confus qu'énigmatique. Mais si le fond a de quoi laisser perplexe, la forme fait baver d'admiration. On est en présence d'un véritable cinéaste, qui sait faire des plans et créer des ambiances toujours plus singulières. Chez des Pallières, même le sexe est différent, excitant et trouble à la fois. Avec des intentions mieux définies et moins visibles, il devrait à l'avenir proposer des oeuvres plus abouties que ce film intéressant mais n'allant nulle part.
5/10
(également publié sur Écran Large)
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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