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19 mai 2009

EL NIÑO PEZ

Après l'excellent XXY, on attendait beaucoup du retour de Lucía Puenzo. Hélas, trois fois hélas, la réalisatrice livre avec El niño pez un film bâtard et pataud, qui ne convainc que par la qualité de son interprétation. La première bizarrerie du film est qu'il débute un peu n'importe comment, comme s'il manquait une bobine au début. Voire bien plus. L'histoire d'amour décrite, qui unit la fille d'un juge et sa gouvernante, est en effet posée en deux secondes à peine alors que c'est vraisemblablement là qu'était le sujet du film. Sauf que ce n'est visiblement pas ce qui intéresse Puenzo : elle ne s'en sert que comme le point de départ vaseux d'un polar lesbien (mais sans sexe, malgré les promesses très mensongères de l'affiche) dont on a très vite fait le tour.
Racontée en flashback (pendant un long voyage en bus, la fille du juge se souvient), l'histoire d'El niño pez semble ne tirer aucun parti de ce traitement sur deux époques, qui finit même par en ruiner le peu d'intérêt. Nul besoin d'être Einstein pour avoir tout compris, et très vite : c'est le genre de film policier où, avant même qu'il soit fait état d'un crime, on devine sans mal le nom de la victime, celui du coupable et même le mobile. Ce qui serait presque excusable si Puenzo ne s'obstinait à faire dans le pur film noir, balayant du revers de la main le potentiel purement dramatique de sa trame.
C'est déjà suffisant pour faire d'El niño pez une énorme déception, mais on ne peut pas ne pas évoquer le pire de ses défauts : l'onirisme et les effets visuels. L'une des deux amantes raconte en effet à l'autre une légende, celle de l'enfant-poisson, qui donne son nom au film. Celle-ci est assez révélatrice du passé et de l'état d'esprit des deux héroïnes. Sauf que la réalisatrice, dans un élan de lyrisme ou de folie, en vient à mettre cette histoire en images, explorant les fonds marins en compagnie de cet être inventé. Exécution calamiteuse et ridicule total de la situation ne font qu'accentuer la consternation ressentie devant ce beau gâchis, qui ne doit son tout petit salut qu'à la beauté fragile et à la conviction de ses deux interprètes principales.




El niño pez de Lucia Puenzo. 1h36. Sortie : 06/05/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

30 avr. 2009

LA FEMME SANS TÊTE

Ainsi donc, le vingt-et-unième siècle serait celui du cinéma argentin ou ne serait pas. C'est tout du moins ce qu'on a voulu nous faire croire il y a presque dix ans, avec l'avènement des Lucia Puenzo, Fabian Bielinsky (paix à son âme) et autres Pablo Trapero. Si l'Argentine accouche certes régulièrement de petites merveilles, celle qu'on désignait alors comme son fer de lance semble avoir du mal à assumer ce statut. Lucrecia Martel, car c'est elle qu'il s'agit, avait brillé avec La cienaga et fait douter avec La nina santa. La femme sans tête ne redresse pas franchement la barre : si tous les ingrédients sont réunis pour en faire un film d'auteur racé et exigeant, la sauce ne prend définitivement pas, l'ensemble semblant se recroqueviller sur lui-même en permanence.
Il y avait pourtant matière à livrer une approche sociale singulière, un portrait original de cette fameuse femme sans tête. Sans tête car elle n'existe pas ou plus aux yeux de ceux qui l'entourent, et ne semble plus être reconnue par cette société qui l'ignore. Comme si elle avait peu à peu perdu son identité. C'est aussi difficile à formuler que difficile à filmer pour la réalisatrice, qui cherche des lignes de fuite, des gros plans, des mouvements de caméra destinés à montrer l'effacement de l'héroïne. Or on saisit totalement ses intentions, mais ce qui est montré ne va guère plus loin et manque de profondeur. Pire : à jouer la carte de l'opacité scénaristique, à se prendre pour une héritière d'Antonioni, Martel creuse un fossé entre son film et le spectateur, qui se lasse vite de toute cette prétention affichée.
C'est bien dommage, car certaines scènes montrent ce qu'aurait pu être La femme sans tête si Lucrecia Martel y avait rassemblé tout le talent qu'on lui prête. L'angoisse de Veronica lorsqu'elle heurte quelque chose - ou quelqu'un - au volant de sa voiture est palpable. Tout comme sa perte progressive de repères dans des décors lui étant pourtant familiers. Mais quand Martel parvient à trouver le ton juste, c'est pour mieux nous redonner ensuite un bon coup derrière la tête, un flot de scènes pas vraiment absconses mais juste pas assez intenses pour qu'on ait envie d'y creuser un peu. L'actrice Maria Onetto a beau être merveilleuse, elle ne peut pas éviter ce dérapage artistique d'une cinéaste trop vite érigée en sainte, et à laquelle on ferait mieux de foutre la paix de façon à ce qu'elle retrouve rapidement la pleine mesure de son talent.




La femme sans tête (La mujer sin cabeza) de Lucrecia Martel. 1h27. Sortie : 29/04/2009.

28 déc. 2007

XXY

Il n'y a pas que les escargots qui sont hermaphrodites ; une fois de temps en temps, chez l'humain, les chromosomes sexuels perdent la tête et concourent à fabriquer un être un peu masculin, un peu féminin, physiquement viable mais psychologiquement instable. XXY traite de cette quête désespérée d'identité, dans un univers où les étiquettes (en particulier "garçon / fille") sont si importantes, à travers le personnage d'Alex, 15 ans, plutôt fille a priori, mais a priori seulement.
Qu'on se rassure, la réalisatrice Lucia Puenzo n'a choisi aucune des options "drame pleurnichard sur la différence" ou "exploitation sordide et racoleuse d'une ambivalence sexuelle". Si l'hermaphrodisme est bien au centre de XXY, c'est pour elle une façon comme une autre de parler de la différence et des angoisses qu'elle suscite. Parce que traiter un tel sujet sans tomber dans le voyeurisme était chose ardue, Puenzo reste toujours en périphérie, observant à distance les émois et les doutes de ses personnages. Un traitement qui en frustrera plus d'un, le sujet n'étant jamais traité frontalement. Il n'empêche : prendre des pincettes était sans nul doute la meilleure façon de faire.
Là où la maestria de Puenzo apparaît, c'est lorsqu'elle résume en une seule scène l'intégralité des enjeux de son film. Et quelle scène : brève, forte, intense et riche en hormones, elle fait en quelques plans ce que bien d'autres cinéastes auraient mis vingt minutes à dire. Décidément, le cinéma argentin se porte bien, le regard acéré qu'il porte aux choses de la vie étant sans nul doute le plus juste qui soit. Bien aidée par l'emblématique Ricardo Darin (présent, entre autres, dans les deux grands films du regretté Fabian Bielinsky), Lucia Puenzo incarne à merveille ce renouveau du septième art sud-américain, qui rebondit perpétuellement de révéltions en confirmations.
8/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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