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12 avr. 2009

PONYO SUR LA FALAISE

Comme Pixar, Ghibli est un studio d'animation dont il est impossible de dire du mal sous peine de s'attirer les foudres de hordes de fans assoiffés de jolies petites histoires et de jolis petits dessins bien coloriés. On ne présente plus Hayao Miyazaki, vache sacrée parmi les vaches sacrées, dont Ponyo sur la falaise est le dernier né. Après une série de prétendus chefs d'oeuvre (des aventures sympatoches et gentiment poétiques, tout au plus), le cinéaste japonais semble boucler la boucle avec ce film étonnamment modeste qui lui permet, semble-t-il, de retomber en enfance. Ponyo est peut-être son oeuvre la plus simple, sans doute aussi la plus sincère, débarrassé de l'esthétisme précieux et du blabla écolo (façon Yann Arthus-Bertrand) qui constiuent habituellement sa marque de fabrique.
Pour schématiser, Ponyo sur la falaise retrace l'étrange parcours d'une poissonne rouge (avec une tronche un peu humaine tout de même) qui se lie d'amitié avec un jeune garçon et se meut soudainement en petite fille après l'avoir pompé jusqu'au sang. Une sorte de Petite sirène version platonique (?), en somme, pour un résultat moins tarte que chez Disney, car se privant volontairement de la traditionnelle brochette de sidekicks rigolos. Ponyo réjouit par son minimalisme, se focalisant le plus souvent sur la splendide relation qui unit Ponyo et Sosuke. Parfaitement soulignée par la musique de Joe Hisashi (excellent compositeur dont c'est peut-être le travail le plus abouti), cette idylle risque de faire chavirer le coeur de tout un chacun, confirmant le fait que les plus belles histoires d'amour sont souvent les plus simples.
Moins sombre qu'à l'accoutumée, même dans ses aspects les plus dramatiques, Ponyo rejoint Mon voisin totoro au rang des films de Miyazaki destinés à absolument tous les publics. Les plus insensibles succomberont comme tout le monde au charme de Ponyo, la petite fille la plus mignonne du monde, dont chaque assoupissement est un moment de grâce. La beauté sans détour de cette petite héroïne parvient à faire oublier la laideur cosmique de certains passages, les couleurs façon gerbe et finalement la relative banalité du propos. Tout magicien soit-il, Miyazaki se fait vieux, et semble déconnecté du monde contemporain, de ses attentes et de ses émerveillements. Si son cinéma bénéficie d'une totale absence de calcul, il possède également quelque chose de passablement démodé, qui continuera néanmoins de charmer les plus bassement nostalgiques d'entre nous (et ils sont nombreux).
7/10

(autre critique sur Sur la route du cinéma)

23 août 2006

NAUSICAÄ DE LA VALLÉE DU VENT

C'est peu de dire que je ne suis pas un fan de Hayao Miyazaki. En fait, il est déjà incroyable que je sache écrire son nom comme il faut. Mais ce Nausicaä, pour les fans comme pour moi, revêt un intérêt particulier : il s'agit de son deuxième long métrage qui date de 1984. Inédit sur les grands écrans français, connu (et célébré) uniquement par les véritables aficionados du réalisateur, Nausicaä est une vraie curiosité qui permet de voir ce que Miyazaki a vraiment dans les tripes, et quelles sont les bases de son cinéma.
Nausicaä de la vallée du vent est une sorte de fresque à la fois écologique et guerrière qui prend pour héroïne une jeune fille aux facultés exceptionnelles (elle communique avec la nature, et même avec les bébêtes qui menacent sa terre). À la fois fort et poétique, le récit de Miyazaki est souvent passionnant, relayé par une animation un brin datée mais dont la modestie efficace s'accorde parfaitement avec le propos.
Bien évidemment, on ne devient pas un amoureux de Miyazaki comme cela, et même immergé dans son univers, on ne peut s'empêcher de regarder sa montre par moments. Mais il semble que ce soit une des règles du monsieur : s'étaler pour mieux régner. Soit.
Finalement, le plus regrettable avec ce Nausicaä, c'est qu'il montre à quel point Miyazaki est capable de fabriquer des films émotionnellement puissants qui n'oublient pas d'être intelligents. Et pas des ramassis de guimauve gluante où la poésie et la tendresse semblent parfois plus forcées que chez Disney (c'est dire). C'est-à-dire la plus grande partie de la suite de son ennuyeuse filmographie. Il y a là une immense impression de gâchis, mais aussi un mince espoir de retrouver un jour le Miyazaki de ce très beau Nausicaä.
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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