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25 juil. 2009

NO PASARAN

Annoncé dans le dossier de presse comme un « sud-ouestern avec des héros dopés à la graisse de canard » et son affiche colorée, No pasaran pouvait faire sacrément envie. Jeu de massacre ou délire loufoque, toutes les pistes étaient envisageables pour le premier long d'ric Martin et Emmanuel Caussé. Avec sa voix off décalée - on ignore encore à quel point - et sa façon de transformer sans en rajouter un village du sud-ouest en décor de western, le premier plan donne d'ailleurs envie de se frotter les mains. Beaucoup d'espoirs pour au final pas grand chose, voire rien du tout : ne tenant jamais la moindre de ses promesses, No pasaran passe totalement à côté de son sujet, de ses envies et des nôtres.
Du genre western, les deux réalisateurs n'ont apparemment retenu que les phases d'attente au cours desquelles les protagonistes se jaugent en silence. Dans ces moments-là, si l'adrénaline monte, c'est parce qu'on sait que le premier coup peut partir à tout moment. Dans No pasaran, il ne partira jamais, nous laissant dans une désespérante position d'attente jusqu'au générique de fin ou presque. À la place du spectacle espéré, quelques maigres gesticulations autour d'un tronçon d'autoroute amené à défigurer le paysage et à passer dans le salon du héros, un brave éleveur de cochons vivant seul avec sa vieille tante. La révolte contre les élus aurait pu faire du dégât si elle ne se jouait pas à coups de vidéos amateur et de fausses signatures. Voilà où se situe le niveau du film : il nous annonçait du terroir, de l'authentique et du décalé, mais use finalement des mêmes ficelles que tout mauvais téléfilm.
Seuls quelques acteurs parviennent à apporter un peu d'énergie et de bonne humeur dans ce sommet d'ennui. Il est assez rigolo, au début en tout cas, de voir Bernard Blancan prend l'accent du sud-ouest. Tout comme on s'amuse en écoutant Élodie Navarre jouer les américaines... L'actrice prend un plaisir communicatif à jouer cette femme fatale sortant de l'ordinaire et faisant fantasmer les villageois de tous âges. On sera plus nuancé sur la prestation de Rossy de Palma, qui semble comme souvent se reposer uniquement sur son physique hors du commun. Affublée d'une perruque ridicule, elle bouge dans tous les sens pour se donner une contenance mais ne fait que rendre un peu plus navrant un film pas totalement antipathique, mais en tout cas généreusement raté.




No pasaran d'Emmanuel Caussé & Éric Martin. 1h28. Sortie : 15/07/2009 (Grand Sud-Ouest), 02/09/2009 (France).

2 janv. 2009

CHORON DERNIÈRE

Le 19 décembre dernier, messieurs Cabu, Philippe Val et Georges Wolinski assignaient en référé le producteur et le distributeur de Choron dernière pour avoir utilisé leurs noms « à des fins lucratives et ce afin de susciter l'intérêt du public et de créer une réelle confusion [...] quant à leur particpation choisie à une oeuvre cinématographique ». Une oeuvre « prétexte » à un « dénigrement » de leurs personnes. Venant de la part des membres d'un hebdomadaire satirique, voilà une accusation bien étonnante. Et la preuve que le professeur Choron, même disparu, continue à semer la pagaille partout où il passe.
Car derrière ce qui est annoncé comme un portrait de ce drôle d'énergumène se cache un autre film, plus intéressant et plus profond. Autant ce qui est dit du professeur n'est pas très neuf, des coups de gueule chez Polac à la scatologie en passant par le couplet « je suis aussi un être humain », autant le grand sujet de Choron dernière est Charlie hebdo et les conflits intérieurs qui y firent (font) rage. Il faut voir ces justiciers du mercredi débattre sans fin et sans fond pour attribuer à un tel ou untel la paternité du journal, et accessoirement régler quelques comptes de façon indirecte et donc sournoise. Pas étonnant que Cabu, Val et Wolinski ne soient pas contents : les quelques images où ils apparaissent les montrent comme des êtres lâches et un peu pédants. Et surtout, pas très fans de Choron.
Cette partie, la plus intéressante, n'est pourtant pas dépourvue de défauts. À commencer par le manichéisme total du propos. Pour résumer, Choron et Cavanna sont les gentils génies, et les autres membres de Charlie des profiteurs surfant allègrement sur le prestige de leurs aînés. D'un point de vue général, c'est un film un peu fainéant, qui se repose sur des images d'archives pas très fraîches. Dommage, car c'est lorsque Carles et Martin entreprennent de vrais démarches d'investigation que Choron dernière se fait le plus convaincant, allant gratter là où ça peut faire mal. On tient là un bon brouillon en vue d'un vrai doc sur les rouages de Charlie Hebdo.
6/10
(également publié sur Écran Large)
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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