Le film raconte l'avant et l'après, pour une construction en deux parties bien distinctes mais qui ne cessent de se répondre et de s'alimenter. On suit d'abord la lente dérive de Canvel, qui affiche un détachement serein à l'égard de ses problèmes de trésorerie et se réfugie, quand il parvient à lâcher son téléphone, dans un giron familial chaleureux et aimant. On y retrouve ce qui faisait déjà la beauté de Tout est pardonné, premier long de la réalisatrice : la finesse absolue du trait, qui ne rend que plus visibles les blessures intérieures d'un homme passionné et naufragé, et une direction d'acteurs proprement hallucinante. Est-ce dû à son jeune âge (28 ans à peine) ? Toujours est-il qu'il n'y a actuellement pas plus doué que MHL pour choisir et diriger des enfants, et ainsi rendre palpable l'amour (réciproque) que leur porte leur père. Celui-ci est incarné par une révélation, le méconnu Louis-Do de Lencquesaing, dont on a lu le nom dans un millier de génériques de films sans avoir vraiment posé un visage dessus. Cette fois, c'est fait : on oubliera difficilement son visage et son charisme. Peut-être ressemble-t-il à Humbert Balsan, ou peut-être pas. On s'en fout : dès les premières images (longues conversations téléphoniques), il nous happe et ne nous lâche plus.
Le beau désespoir de cette première partie laisse brutalement place à la détresse des quatre femmes de la vie de Canvel, et de ses quelques proches. Mais là où cette seconde moitié nous bouleverse, c'est parce qu'elle est loin de s'arrêter à une simple description du deuil, avec voile noir et sanglots mal contenus. Hansen-Løve parvient à filmer l'absence, et c'est d'une beauté insondable. Tout comme sa façon de dépeindre les efforts fournis par les rescapés pour tenter de mener à bien, malgré tout, les derniers projets de cet homme laissant un vide gigantesque derrière lui. Cette description de la gestion d'un patrimoine et des souffrances qui vont avec rappelle, en mieux encore, ce qu'avait réussi Olivier Assayas (tiens ?) dans L'heure d'été. Filiation renforcée par la présence commune aux deux films d'Alice de Lencquesaing, fille du héros dans la vie comme dans le film, et qui s'impose au final comme la véritable héroïne de cette deuxième partie. Pendant que les adultes gèrent comme ils peuvent un catalogue de films et un réalisateur suédois, Clémence profite de ses derniers instants d'adolescence pour tenter de comprendre un peu son père. Jamais Mia Hansen-Løve ne commettra le plan de trop, la réplique superflue qui gâche tout, le rebondissement inutile. En mouvement perpétuel, Le père de mes enfants n'est cependant jamais écrasé par une quelconque mécanique dramatique, restituant par la force de la mise en scène (image et montage sont magnifiques) ces fragments de vies brisées qui se poursuivent tant bien que mal, un pas après l'autre, dans le tumulte de la vie parisienne ou dans la clarté estivale d'une maison de campagne.
Le père de mes enfants de Mia Hansen-Løve. 1h52. Sortie : 16/12/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Laterna Magica.