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15 déc. 2008

SECRET DÉFENSE

Quand le réalisateur de Barracuda (navet) et des Dalton (navet de chez navet) s'attaque au film d'espionnage, ça donne... un film qui se tient étonnamment bien, clouant les spectateurs blasés d'avance par son professionnalisme et sa rigueur. Secret défense ne se contente pas de reproduire des recettes ayant fait leurs preuves outre-Atlantique pour livrer un spectacle simili-ricain : il tend plutôt à utiliser des méthodes made in USA pour traiter au mieux d'un sujet exigeant, sans oublier le fait qu'il s'agit avant tout d'un film français.
S'il lui manque un peu d'âme et d'accidentel pour réellement éblouir, Secret défense a cependant de quoi épater par son efficacité et sa clarté. La mise en scène voit loin, Haïm ne cédant pas trop souvent à la facilité d'une réalisation high-tech, pleine de fioritures mais finalement vide de sens. Idem pour le scénario : loin du côté brouillon de ses deux premières "oeuvres", il a bossé sur le sujet pendant plusieurs années et engagé une brochette de consultants afin de muscler l'action et la crédibilité de chaque évènement. Cette application d'élève modèle a forcément du bon, mais sent trop la quête de perfection pour réellement emporter le spectateur.
Néanmoins, il faut bien avouer que Secret défense est un film plein de matière, plutôt pas idiot, et ménageant un suspense assez tétanisant. La preuve de la relative crédibilité de l'ensemble, c'est qu'on s'interroge jusqu'à la dernière seconde sur le fait que la bombe (car il y a une bombe) va exploser ou non. Dans bien d'autres films d'espionnage à la française, on connaît la réponse dès le début, les bons sentiments et le désir de faire dans le tout public empêchant toute effusion de sang. Là, il n'y a guère de concession, et c'est un énorme atout. Film sur l'embrigadement et la manipulation, Secret défense brasse bien des thèmes délicats, et s'en sort plutôt bien en évitant de tomber dans un manichéisme du type "musulman = terroriste" et "occidental = héros". Cela fait un bien fou. Voilà donc la preuve, ô combien inattendue, qu'il est possible de faire du cinéma de genre potable au sein de notre bon vieil hexagone...
7/10

8 oct. 2008

CLIENTE

« La vie c’est pas du tiramisu ». Citation extraite de l’un des morceaux d’un rappeur dont on ne veut surtout pas retenir le nom, et qui a écrit (c’est comme ça que ça s’appelle) une partie de la bande originale du nouveau Balasko. Non, c’est vrai, la vie c’est pas du tiramisu, pas plus que Cliente n’est un bon film. Certes, le postulat était courageux, mais le développement a de quoi donner de l’urticaire de par sa tiédeur et sa fréquente grossièreté. On se demande bien ce qui, là-dedans, a longtemps effrayé les producteurs, qui refusèrent tout net de financer un tel projet, contraignant Balasko à en faire un bouquin (à succès) avant de pouvoir en faire un film. Le film a beau parler d’une femme qui se paye des hommes (et surtout un, en l’occurrence), il ne brise aucun tabou, n’apporte aucune information intéressante, n’offre aucune peinture de ce milieu méconnu. Le rapport gigolo - cliente n’est en fait utilisé que pour huiler les ressorts d’un mélodrame pleurnichard et souvent hystérique, qui ne fait pas de mal à une mouche mais peut rapidement exaspérer.
Dès la mise en place du sujet, on sent que ça cloche. N’assumant visiblement pas le sérieux des thèmes abordés, elle dispense çà et là des gags et répliques tagada tsouin-tsouin, qui décrédibilisent aussitôt l’ensemble. Exemple le plus édifiant, ce couple de pédés façon Cage aux folles, qui envisage de regarder Brokeback mountain. Qu’est-ce que ça fait là ? On n’en sait rien. Qu’est-ce que ça provoque ? Un désintérêt total. Mais parce qu’il reste une heure à tenir, on décide de s’accrocher tant bien que mal. Tout ça pour se taper une heure d’atermoiements d’Isabelle Carré, d’allers-retours d’Eric Caravaca (y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, mais à ce point…), et d’apparitions désespérantes des Balasko mère et fille, dans des seconds rôles ni faits ni à faire, aussi inutiles que schématiques.
Heureusement, il y a Nathalie Baye, la classe incarnée, qui s’acquitte plutôt bien du rôle le moins mal taillé du lot. Elle ne parviendra cependant pas à faire oublier la vacuité totale de ce pétard mouillé que sa fin moralisatrice au possible assure d’être diffusé en prime-time sur TF1 d’ici un an et demi. « La vie c’est pas du tiramisu » : on ne sait pas bien ce que ça veut dire, mais ça semble tout à coup plus poétique que le long téléfilm estampillé qualité France que l’on vient de subir pendant pas loin de deux heures.
3/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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