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7 juin 2009

LA FENÊTRE

Auteur d'un Bombon el perro ayant provoqué un enthousiasme excessif chez certains spectateurs, Carlos Sorin revient avec cette Fenêtre aussi simple que son titre... et à peu près aussi ennuyeux. Son film a beau être très court (1h15), Sorin donne l'impression d'étirer les scènes encore et encore par pur désir de remplissage. Il faut dire que le postulat n'a rien de franchement chaotique : le héros de La fenêtre est un petit vieux très mal en point, qui ne voit plus le monde qu'à travers la fenêtre de la chambre où il est alité. Il tentera bien un dernier baroud d'honneur en fin de film afin d'aller voir la vie de plus près, mais le reste n'est pour lui (et donc pour nous) attente, ennui, envie d'en finir. Sorin dispose de vraies idées de mise en scène, mais celles-ci ont souvent un goût de déjà-vu, comme l'idée d'amplifier en fond sonore le tic tac d'une vieille pendule semblant battre la mesure.
De temps à autre, le réalisateur va fureter dans d'autres pièces de la maison, observant notamment un accordeur venu s'occuper du piano familial. À une image insolite et pleine de sens (des petits soldats entravent les cordes et empêchent certains sons de sortir) succède une poignée de scènes sans grand intérêt, où l'accordeur échange des banalités avec le personnel de maison où prend son petit déjeuner. Si le but était de créer l'empathie avec la souffrance du vieux héros, il est difficile de comprendre l'intérêt de ces séquences-là. Et quand Sorin daigne revenir enfin dans la chambre d'Antonio, c'est pour ne rien raconter de plus, sinon insister encore un peu sur l'attente. L'attente de la mort, mais aussi l'attente de l'arrivée de son fils, pianiste de renom qu'il n'a pas vu depuis des siècles.
L'évasion d'Antonio puis les retrouvailles avec son fils auraient pu (dû) constituer de vrais morceaux d'émotion, mais sont étrangement noyées dans la banalité de l'ensemble, filmées sans passion ni emphase. Quand arrive la conclusion (qui répond, de façon terriblement prévisible, au prologue), on réalise que La fenêtre est dédié tout entier à une seule idée : le fait que les souvenirs, même nichés dans notre inconscient, sont impérissables et contribuent fortement à faire d'un grabataire et du petit garçon qu'il était une seule et même personne. Pour un long-métrage, c'est un peu court.




La fenêtre de Carlos Sorín. 1h15. Sortie : 03/06/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Tadah ! blog.

18 mai 2009

LA SANGRE BROTA (SANG IMPUR)

Six mois à peine après la sortie de son premier long (un très prometteur Assaillant), revoici l'argentin Pablo Fendrik, qui retrouve pour cette occasion l'acteur Arturo Goetz. La sangre brota marque un changement de style pour le réalisateur, qui passe d'un polar minimaliste et séducteur à un film sacrément noir, moins policier que social, et qui n'y va pas avec le dos de la cuiller lorsqu'il s'agit de dépeindre la détresse de ses personnages. On sent le début, et c'est une souffrance, que Fendrik ne parviendra jamais à trouver le ton juste et qu'il va patauger - et nous avec - dans la caricature pendant une heure et demie. Impression qui ne fait que se confirmer de minute en minute, le misérabilisme ambiant n'étant jamais rehaussé par un quelconque ajout stylistique ou intellectuel.
Les personnages de La sangre brota ressemblent à des spectres, et c'est peut-être ce que voulait l'auteur. Mais ces spectres-là ne font qu'errer sans but ni grâce, ne s'attirant au final que l'indifférence. Du scénario sans réelle trajectoire, on ne retiendra finalement que la fin, dont la violence rentrée réveille un peu tardivement. Quand au sang du titre, c'est l'attraction première du film : dans les dernières bobines, Fendrik ne rate aucune occasion de jouer avec sa texture et sa couleur, le faisant couler à flots avant de s'en servir comme d'une peinture un peu spéciale, qui s'étale de façon particulière. Des images rouge sang qui auraient pu emporter le film dans une valse quasi vampirique si elles nous avaient été servies dès le début. Comme ses deux compatriotes dont on a pu voir un film en 2009 (Lucia Puenzo et Lucrecia Martel), Pablo Fendrik est pétri de talent et de promesses, mais se plante allègrement avec ce Sang impur qui n'abreuvera guère nos sillons. Y aurait-il quelque chose de pourri au royaume albiceleste ?




La sangre brota (sang impur) (La sangre brota) de Pablo fendrik. 1h40. Sortie : 29/04/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

19 oct. 2008

L'ASSAILLANT

Il a pourtant l’air très recommandable, avec sa tête de bon père de famille et son costume pas trop mal taillé. Pourtant, cet homme-là est un braqueur, qui utilise la manière douce pour vider les caisses des administrations. L’assaillant du titre, c’est lui, évidemment. On ne connaîtra jamais son vrai nom, lui qui n’emploie que des noms d’emprunt pour mieux s’immiscer là où est l’argent. En à peine plus d’une heure, l’Argentin Pablo Fendrik signe un drame polardeux aussi modeste que touchant, qui fait d’abord monter le suspense avant de se focaliser sur le comportement de cet homme dont on ne sait finalement rien.
Dans un premier temps, la caméra de Fendrik enrobe d’un regard tendre et bienveillant ce gentleman-braqueur, qui fait tout sauf se donner en spectacle et traite avec courtoisie celle qu’il menace tout de même de son arme. L’affaire est dans le sac : on prend fait et cause pour cet assaillant alors qu’on ignore pourquoi il a besoin de cet argent, ni même s’il en a besoin. La suite montrera qu’il est plus complexe et moins parfait que la première impression le laissait deviner. Le mystère rode du début à la fin, le film refusant tout net de verser dans l’explicatif ou de succomber aux charmes d’une intrigue bien carrée. Au gré de plans-séquences irréprochables et discrets, le cinéaste finit par dresser le portrait étrange d’un inconnu pour le moins singulier.
Par la suite, Fendrik décrit l’après-braquage(s) et fait sienne l’agitation intérieure du héros. Il devrait se sentir sauvé, hors d’atteinte, quelque chose cloche, et son cœur ne peut cesser de s’emballer. Sans rebondissement improbable, L’assaillant bascule pourtant vers quelque chose d’autre, aussi touchant que le début, et étonnamment plus haletant. L’immense reproche à faire au cinéaste, c’est que sa louable volonté de faire court crée une vraie frustration, de celles qui gâchent le plaisir au lieu de le décupler. 1h05 quand on s’accroche à un univers, c’est tout de même peu, surtout que la toute fin n’est sans doute pas à la hauteur des belles promesses faites par cette très belle heure de cinéma.
7/10
(également publié sur Écran Large)

3 août 2007

LA FIANCÉE ERRANTE

Ça commence grosso modo par une rupture. Après un long échange de banalités dans un autocar, elle descend à l'arrêt prévu, tandis que lui remonte in extremis, la laissant en plan avec une lâcheté bien masculine. Qu'à cela ne tienne : leur week-end romantique dans un hôtel de la côte se fera sans lui.
À partir de là, Ana Katz (réalisatrice, coscénariste et interprète principale) orchestre un agaçant concert d'introspection nombriliste. Se mettant en scène avec une auto-admiration évidente, Katz devient rapidement insupportable à force de vouloir être à la fois Gena Rowlands et John Cassavetes. Quand elle pointe grossièrement du doigt les meurtrissures de l'amour, n'apparaît à l'écran qu'un propos pour le moins pompeux, qui voudrait faire passer sa vacuité pour du mystère.
La fiancée errante
ressemble en fait à ce qui reste des films d'Asia Argento lorsqu'on leur retire toutes leurs aspérités sexy ou trashy : une vieille carcasse sans âme, interminable et complaisante. Les femmes y sont des anges déchus aux silences édifiants, les hommes des êtres pachydermiques et lamentables. Dès lors, aucune émotion ne peut passer, bloquée par ce mur si manichéen. Film d'auteur rime avec hauteur ; visiblement, Ana Katz en est totalement dépourvue.
3/10
(également publié sur Écran Large)
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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