On marche en permanence sur des oeufs, tiraillé par des sentiments contrastés, passant par toutes les gammes d'émotions. À l'immaturité du personnage répond la maturité d'une mise en scène posée, sûre de ses effets, portée par son désir assouvi de singularité. À seulement 20 ans, Xavier Dolan possède le talent suffisant pour parvenir à agacer tout en donnant de plus en plus envie de le suivre. Le nombrilisme absolu de l'ensemble, le terrible orgueil du héros et du metteur en scène (qui ne font évidemment qu'une seule et même personne) sont heureusement équilibrés par un humour féroce et bidonnant, notamment lors des engueulades hystériques et dantesques survenant très régulièrement entre Hubert et sa mère.
Pour pousser plus loin l'autofiction, Xavier Dolan joue lui-même Hubert, qui est clairement son double quelques années plus tôt, à l'époque de sa découverte de la sexualité - et des premières heures de son homosexualité. Coupe de cheveux improbable, voix criarde, accent québécois à couper au couteau (sous-titres français indispensables) : voilà l'un des personnages les plus originaux et mémorables de l'année, que certains rejetteront sans doute en bloc tant il est tête-à-claques, mais que bien d'autres ne manqueront pas d'adorer tant ils s'y reconnaîtront. L'auto-psychanalyse, le rapport mère-fils, l'homosexualité : des thèmes qui inspirent décidément les jeunes auteurs, puisqu'ils avaient déjà donné naissance au stupéfiant Tarnation de Jonathan Caouette, acclamé à Cannes en 2003.
J'ai tué ma mère de Xavier Dolan. 1h40. Sortie : 15/07/2009.
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