Interprété par Harvey Keitel, le héros est purement scorsesien : aimant fanfaronner avec ses petites frappes de copains, J.R. est bien différent lorsqu'il se retrouve seul, capable de faire preuve de délicatesse avec la gent féminine et d'étaler sa culture sans ambages. Mais J.R., comme plus tard Travis Bickle et les autres, est aussi gouverné par des pulsions machistes et violentes, ce qui le conduit à rejeter celle qu'il aime lorsqu'elle lui raconte le viol dont elle a été victime. Tout est là : l'hypocrisie bondieusarde consistant à considérer la victime comme aussi coupable que son agresseur, la façon de traiter la femme comme un être inférieur et redevable, la fierté typiquement italo-américaine et plus généralement masculine. Scorsese regarde son héros s'enfoncer dans un raisonnement stupide, en spirale, s'éloignant peu à peu de la belle qu'il avait conquis ardemment.
D'une modestie émouvante et d'une vraie violence morale, le film est en plus parfaitement stylisé, compensant un manque certain de moyens par ce qu'on appelle le talent. Aujourd'hui encore, qui mieux que Scorsese peut réussir de longues séquences musicales, où le morceau choisi contraste idéalement avec la gravité de ce qui se passe à l'image ? Qui peut décrire avec fascination l'obsession d'un personnage pour la religion sans tomber dans le prosélytisme, et ce malgré quelques plans franchement gonflés (à la fin, le héros embrasse une croix et se met soudain à cracher du sang) ? Pas grand monde, si ce n'est quelques disciples ayant bien appris leur leçon. Sur un noir et blanc impeccable, qui tire étonnamment vers les couleurs claires plutôt que vers les ténèbres, Scorsese tisse un drame réussi qui, à l'époque, devait sembler prometteur. Les promesses, depuis, ont été plus que tenues, même si le cinéaste ne vit pas actuellement ses meilleures heures.
Who's that knocking at my door (I call first) de Martin Scorsese (1967). 1h45. Sortie : 10/06/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Laterna Magica.