Putty Hill débute avec un ado venant de découvrir le paint-ball. Il retire son masque, laissant apparaître deux yeux hagards, infiniment tristes. Nous sommes la veille de l'enterrement de son frère, retrouvé mort suite à une overdose. Le film entend décrire ces instants suspendus qui suivent la disparition de quelqu'un qu'on a aimé et qu'on aimera toujours, d'une personne qui était là hier et dont on a bien du mal à imaginer qu'elle ne reparaîtra plus. Tous les gens filmés par Porterfield semblent ne pas avoir tout à fait pris conscience de ce que signifie le décès de ce jeune homme. Ils semblent frappés par une indifférence qui n'est en fait que l'expression paradoxale de leur état de choc. C'est ce flottement qui rend le film si beau ; parce que malgré son point de départ potentiellement déprimant, Putty Hill est un film lumineux, quelque part entre le monde des vivants et celui des morts, dans un tunnel où presque rien n'a d'importance. Si les personnages du film parlent plus de leur vie actuelle et future que de la disparition de leur ami, ce n'est pas par égoïsme mais par pudeur, comme dans ces réceptions d'après-funérailles où l'on tente laborieusement de meubler la conversation. Hill montre à merveille la façon dont ces jeunes remplissent sans le savoir un vide qui devrait les terrifier.
Au-delà de leur postulat commun, il y a dans le film de Matthew Porterfield quelque chose de Ken Park, une léthargie cotonneuse remplaçant les comportements débridés des héros de Larry Clark. La poésie qui s'en dégage n'a pas de limite. On passerait volontiers des heures à l'arrière de cette voiture lancée à vive allure, vitres grandes ouvertes, dans laquelle une jeune fille se confie face caméra. Ce qu'elle dit est assez beau, mais peu importe : c'est le plan en lui-même qui est bouleversant, symbole d'une génération roulant à tombeau ouvert sans même s'en rendre compte. L'absence de réel fil narratif honore totalement le cinéaste, qui n'en a nul besoin pour captiver, hypnotiser et piquer au vif. Ce rêve éveillé, délicatement empreint de spleen, constitue à n'en pas douter l'un des plus incroyables moments de cinéma d'une année qui s'était jusque là montrée trop tapageuse pour être séduisante.
Putty Hill de Matthew Porterfield. 1h29. Sortie : 07/09/2011. Fiche ACID.
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