Tout commence comme un film de campus classique - ou presque - avec ce jeune homme à l'identité sexuelle plutôt trouble, refusant les étiquettes d'homo ou d'hétéro, qui se débat entre son con de coloc surfeur, sa meilleure amie taciturne, un paquet de fantasmes et tout un tas de cauchemars paranoïaques qui peuvent provenir de l'ingestion de substances illicites mais paraissent surtout, ô effroi, bien ancrées sans son crâne et dans son coeur, indépendamment de toute médication. Kaboom pourrait ressembler à Eh mec ! elle est où ma caisse ? 2 ou à une suite de Smiley face s'il n'y avait pour le transcender l'incroyable mise en scène 90's d'un Araki adepte des couleurs criardes et des effets dépassés. La direction d'acteurs est à l'unisson, parfaitement dans l'excès, jamais dans la tiédeur : chacun s'acquitte de son rôle à merveille, d'un Thomas Dekker idéal en petit minet à une Juno Temple aussi élégante que chiennasse.
D'un point de départ "réaliste" - tout est relatif chez le réalisateur -, Araki finit par tirer un bad trip absolument imprévisible, aussi désopilant que déprimant, qui ne manquera pas de faire penser aux meilleures oeuvres de Bret Easton Ellis. Comme dans Lunar Park, on sent s'opérer un glissement assez vertigineux où la raison, les conventions narratives et une certaine quête morale finissent par voler en éclats au gré d'une plongée schizo et toxico dans un univers parallèle qui pourrait sembler aberrant s'il était vu au premier degré. La fin, qui donne du sens à son titre assez explosif, montre qu'Araki n'attend rien de la vie si ce n'est une bonne louche de baise, de montées de sève et de fin du monde. Voilà un artiste qui n'a pas fini de nous surprendre.
Kaboom de Gregg Araki. 1h26. Sortie : 06/10/2010. Festival de Cannes 2010. Hors compétition.
Critique publiée sur Écran Large.
2 commentaires sur “KABOOM”
ah, ça fait envie ! j'adore le cinéma d'araki...
Youpi, un nouvel Araki! ;)
"The doom generation" ou "Mysterious skin" font partie de mes films-cultes, j'ai hâte de pouvoir découvrir ce nouvel opus!
Merci beaucoup pour cette critique.
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