Ce qui stupéfie avant tout dans Mammuth, c'est la façon dont la liberté des personnages rejaillit sans cesse sur celle des réalisateurs. À moins que ce ne soit le contraire... Dès les premières images, fulgurantes et granuleuses, on comprend la volonté du duo de briser les frontières, de sortir de tous les carcans, d'aller voir au-delà de l'humour grolandais pour s'intéresser enfin, et vraiment, à un personnage pour ce qu'il a d'humain. Ce Serge Pilardosse, jeune retraité qui s'emmerde bien vite et se terre dans un relatif mutisme concordant mal avec la désagréable faconde de sa femme, fait figure d'homme absolu, synthétisant en lui toutes les crises existentielles pouvant ravager tout mâle normalement constitué aux différentes étapes de son existence. Après avoir mal fait les courses - grand moment de comique visuel avec cette bataille entre Depardieu et son caddie -, mal réparé la porte des toilettes et mal commencé un puzzle inintéressant, le voici sur les routes de France, à la recherche d'un peu de paperasse mais surtout de lui-même. Toutes proportions gardées, Mammuth a des allures de Brown bunny dans sa façon de traiter le road movie jusqu'à l'épure, de le dégraisser de ses rencontres les moins intéressantes, et de faire des quelques femmes présentes sur le chemin du héros de simples silhouettes sans aspérité ni réel intérêt. Seul le spectre élégamment incarné par une Isabelle Adjani retrouvée semble revêtir une réelle importance pour le héros.
Poétique, métaphysique, Mammuth est quasiment débarrassé de tous les artifices made in Groland qui jalonnaient notamment Aaltra et Louise-Michel. Ce qui n'empêche pas l'humour, loin de là : dans sa première partie notamment, le film alterne comme par magie d'intenses moments d'émotion et des scènes comiques toujours inventives et régulièrement scotchantes. Cette cohésion, le film la doit avant tout à son interprète principal, un certain Gégé Depardieu, qui avec sa longue tignasse et son imposante bedaine ressemble à un néo-homme des cavernes dans sa version la plus sentimentale. S'il fallait une preuve récente que cet homme-là est l'un des plus grands acteurs du monde, la voici : il nous emporte dans un tourbillon d'émotion d'autant plus ravageur qu'il était assez inattendu. Grâce à lui, on pardonne au film ses quelques digressions comiques inutiles - Bouli Lanners et l'entretien d'embauche - et ses trop nombreuses guests stars risquant de faire ressembler le film à un catalogue. Mammuth est une oeuvre singulière et puissante qui montre à quoi devrait ressembler la vie : un assemblage d'incidents possiblement heureux mais en tout cas toujours inattendus. Et un grand petit film.
Mammuth de Benoît Delépine & Gustave Kervern. 1h32. Sortie : 21/04/2010.
6 commentaires sur “MAMMUTH”
Comment oses tu comparer ce bijou à ce non film gallien ?
Passons, tu n'as pas souvent bon goût mais ça viendra peut-être ! Les voyages forment la jeunesse.
L'essentiel est dans ce film ovniesque. Gégé à son paroxysme, léger et déchirant.
Lol j'allais te proposer d'y aller dimanche :)
Il y a une petite apparition de siné c'est sympa ;)
Pour info l'avant dernier numéro de "Siné hebdo" a été rédigé dans son intégralité sous la houlette exceptionnelle des réalisateurs Benoit Delépine et Gustave Kervern.
Siné leur a confié totalement la rédaction du N°85 dont 10 exemplaires dédicacés sont en jeux sur le site touscoprod qui soutient la production de son film « Mourir? Plutôt crever! »réalisé par sa fille Stéphane Mercurio.
J'ai aussi adoré, par contre, je trouve qu'il y a la même recette Grolandaise que dans leurs précédents films. A l'exception qu'ici, tout contribue à renforcer le propos, à mon sens...
Je m'attendais à un film comique. La chute. Néanmoins content de l'avoir vu, le burlesque de certaines scènes ne m'a pas conquis. A voir, pour la poésie dramatique.
UN DES films les plus étrange, poétique, surréaliste de l'année. en tout cas bien meilleur que Louise Michel.
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