Dans ses yeux raconte le travail d'écriture d'un ancien enquêteur tentant de devenir romancier, et qui décide de s'appuyer sur une affaire sordide survenue un quart de siècle plus tôt pour bâtir son ouvrage. Construit sur deux époques, le film revient très régulièrement en arrière pour tenter de comprendre les rouages de l'investigation passée et sa résonance sur l'existence actuelle de quelques-uns des protagonistes. C'est là qu'est l'incroyable force de Campanella : parvenir à préserver l'unité d'un long-métrage tout en y mêlant à la fois l'atmosphère extrêmement glauque de ce dossier criminel et un vent romanesque et exaltant qui émane des principaux personnages. L'affiche est en effet claire sur ce point : Dans ses yeux est aussi, et peut-être surtout, le récit d'une histoire d'amour, dont l'intérêt principal... est qu'elle n'a jamais eu lieu. Cette homme et cette femme se retrouvent après s'être longtemps côtoyés au quotidien, le courant qui passe entre les deux personnages est évident, et pourtant rien n'est dit, rien n'est fait, juste une relation cordiale et enjouée entre deux collègues - ou anciens collègues, selon l'époque.
On passe ainsi, et sans jamais s'en offusquer, du cadavre salement amoché d'une femme ayant dû être belle à une conversation de bureau entre un couple en puissance, ému comme lors d'une première rencontre ; de la description des affres de la création du héros à sa relation quasi burlesque avec son partenaire de travail. Car Dans ses yeux réussit aussi le pari d'être hilarant à ses heures, s'affirmant ainsi comme un cousin pas si éloigné du Memories of murder de Bong Joon-ho : éloge amusée de l'incompétence et élégie de la noirceur s'y juxtaposent sans arrêt. L'argument est digne d'un mauvais magazine télé, mais le film de Campanella passe vite, très vite, ses deux heures filant à toute allure tant chaque séquence est transcendée par une recherche aboutie dans la composition des plans comme dans l'esprit général. Il y a cette idée du temps dilaté par le sentiment amoureux et par la déprime qui guette le fonctionnaire tapi dans l'ombre comme l'auteur en attente d'inspiration. Magnifiquement cadré, une nouvelle fois transporté par ce Ricardo Darin dont il faut voir tous les films, Dans ses yeux n'a sans doute pas volé la plupart des prix et éloges reçus ces derniers temps. Chacun devrait aller s'en convaincre en salles.
Dans ses yeux (El secreto de sus ojos) de Juan José Campanella. 2h09. Sortie : 05/05/2010. Festival de Beaune 2010.
Critique publiée sur Écran Large.
5 commentaires sur “DANS SES YEUX”
tu confirmes donc tt le bien que j'entends sur ce film. Un de plus sur ma liste des films a voir.
... une petite merveille : récit, acteurs, suspense, sentiments, tout en subtilité, avec talent et émotion.
Stéphane si tu lis ce com , je partage l'avis de Rob sur le film ! ;o)
jérôme
Bon et bien c'était brillantissime :) Encore plus emballé que toi !
http://www.playlistsociety.fr/2010/05/dans-ses-yeux-de-juan-jose-campanella.html
Je viens de voir ce film : il est absolument magnifique !
J'ai vu qu'il était tiré d'un roman, la pregunta de sus ojos, savez-vous s'il a été publié en France ? Merci.
PS : à propos de cette phrase : "BIENVENUE AU ROYAUME DU PISSE-FROID INCULTE QUI EST AU CINEMA CE QUE PHILIPPE MANOEUVRE EST AU ROCK", c'est de l'humour j'imagine !!!
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