La révélation débute de façon saisissante, comme si Schmid et son co-scénariste avaient choisi d'adapter fidèlement les minutes du procès. L'une des séquences les plus marquantes du film est sans doute celle où le procureur joué par Kerry Fox est contraint de se rendre en Serbie avec son témoin et la partie adverse afin de vérifier dans les faits si le témoignage est fiable ou non. Ou comment une simple histoire de gabarit de bus peut remettre en question tout un procès, donc des années de travail, donc l'avenir d'un pays et la crédibilité de la justice. Il est cependant regrettable que le nombre de scènes de cette envergure diminue régulièrement avant de se réduire à peau de chagrin et de rendre le film moins passionnant que précédemment car encombré par davantage de conventions. Les dialogues auraient notamment gagné à être plus affinés, le spectateur un peu rompu au genre devenant rapidement capable de terminer lui-même une réplique sur deux. C'est sur ce point que Schmid déçoit, par un échec relatif dans son entreprise de remodernisation du film judiciaire. Le portrait de femmes est touchant, mais un tel sujet aurait dû accoucher d'un constat plus fort, presque épidermique, sur la dégueulasserie de certains rapports de force.
La mise en scène est à cette image, parfois impressionnante mais souvent timorée. Hans Christian Schmid a en fait repris à son compte les tics visuels de bon nombre de réalisateurs de films politiques ; or La révélation avait les moyens de se distinguer du lot à condition de ne pas ressembler à un énième dérivé de State of play. Ce qu'il finit malheureusement par être. Heureusement, les deux actrices principales font preuve d'une sobriété réellement bouleversantes, parvenant à placer leurs personnages sur la corde raide, entre confiance absolue et pudeur forcée. Révélée par Cristian Mungiu, Anamaria Marinca est particulièrement brillante dans le rôle de cette femme brisée par le chemin funeste pris par son pays et surtout par une destinée personnelle qui la rend d'autant plus fragile. Elle est l'atout numéro 1 d'un film qui donne envie de continuer à suivre le cinéaste allemand mais qui ne restera pas aussi mémorable que Requiem dans sa façon de revisiter un genre.
La révélation (Sturm) de Hans-Christian Schmid. 1h50. Sortie : 17/03/2010.
1 commentaire sur “LA RÉVÉLATION”
Rebonjour Rob, ce film est en effet très bien mais je m'attendais à un film plus fort voire plus tragique sur la fin mais si on aboutit à un constat d'échec pour une des parties. Bonne après-midi.
Enregistrer un commentaire