À travers la description sans fard du calvaire vécu par Klosinski et partagé par son épouse, c'est à sa propre mort que Wajda, 83 ans, se confronte. L'idée d'intégrer le monologue écrit et joué par Janda à un film qui aurait pu devenir une grande oeuvre classique en est la preuve. C'est comme si, l'air de rien, la vie - et donc la mort - était devenue plus importante que le cinéma. Rogner sur un film en bonne et due forme pour intégrer des douleurs personnelles pourrait passer pour du nombrilisme ; pourtant, ce n'est jamais l'impression que donne cet auto-portrait à quatre mains. La mise en scène est toujours distante pour créer une légère impression de froideur, et elle est surtout d'une discrétion absolue : lorsque Krystyna Janda se raconte, on a réellement l'impression qu'elle se trouve seule dans la chambre, sans même une caméra en train de tourner.
Tatarak est également un incroyable film sacrificiel qui traite du rapport de l'artiste - et du spectateur - à la frustration. Si le reste n'était pas aussi magnifique, on s'arracherait presque les cheveux en constatant que la somptueuse histoire de la rencontre entre une femme d'un certain âge et un jeune homme a été condensée sur trois petits quarts d'heure alors qu'on aurait signé volontiers pour le double. L'exploit de Wajda est d'être parvenu, malgré les coupes et le côté digest des scènes restantes, à rendre cette histoire tout aussi importante que le reste. Cohérente et homogène, la mise en abyme passe alors comme une lettre à la poste, et se fait quasiment oublier au profit d'une émotion retenue mais prégnante. Si ce n'est pas un film-testament, ça y ressemble, et c'est sans doute le plus beau qu'on ait vu depuis des lustres.
Tatarak d'Andrzej Wajda. 1h25. Sortie : 17/02/2010.
Autre critique sur Laterna magica.
2 commentaires sur “TATARAK”
ah ben ça donne envie du coup... les critiques que j'avais lu jusque là n'étaient pas top top...
J'ai l'impression d'être passé au travers de ce film, que j'attendais et qui m'a laissé à une impression très partagée. Il y a des moments de grâce absolument sublimes dans ce film, mais j'ai du mal à me remettre de la scène de la noyade que je trouve complètement ratée. Je me soupçonne de ne pas l'avoir comprise. Bon en tout cas, c'est un film qui laisse difficilement indifférent
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