Bad Blake pourrait être un cousin du Randy Robinson de The wrestler, mais Scott Cooper évite la grandiloquence et la glorification du film d'Aronofsky. Sans doute en raison d'une ambition artistique moindre. Probablement aussi parce qu'un chanteur country n'est pas, contrairement à un catcheur, une bête de foire. S'il est bien difficile de comparer la qualité des deux films, Crazy heart est sans doute plus abouti de par le processus d'identification qu'il propose. La prestation de Jeff Bridges fait de Blake un type très accessible, aux exigences modestes et à la bonhommie exaltante. Avec son effroyable flemme et sa tendance à la picole, il commence par susciter une sympathie sans bornes, et le spectateur se contenterait presque de le suivre au long de sa tournée pendant tout le film.
Mais comme dans tout morceau de country qui se respecte, les choses ne restent pas éternellement aussi simples. Bad Blake sera régulièrement confronté à des personnages et à des épreuves qui lui rappelleront qu'il est en fin de course. S'il part chaque soir à la rencontre d'un public toujours chaleureux, le chanteur solitaire souffre inconsciemment d'être déconnecté de la vie quotidienne et de ses préoccupations. Mais la réalité - et une soudaine envie de vie domestique - finiront par le rattraper, de façon aussi franche que possible. Et c'est quand la carapace finit par se fendre que Crazy heart passe le cap du road movie attachant pour devenir une oeuvre intime et existentielle absolument bouleversante.
Toujours à bonne distance de ses personnages, dans la compassion mais pas dans le racolage, Scott Cooper réussit un film qui ne peut manquer de toucher, au-delà des catégories d'âge. Il y a dans son film une dimension universelle qui prend à le gorge : cette histoire, c'est la nôtre. À un détail près : tout le monde n'a pas la voix de Bad Blake. Jeff Bridges prête son organe au chanteur de country comme s'il avait fait ça toute sa vie, et nous emporte au gré de morceaux emballants. C'est un déchirement absolu de quitter ce personnage hors du commun dont la rédemption survient peut-être un peu trop tard. Crazy heart file la pêche et le blues. Surtout le blues.
Crazy heart de Scott Cooper. 1h53. Sortie : 03/03/2010.
4 commentaires sur “CRAZY HEART”
ce Crazy Heart ne ressemble t-il pas à Walk The Line par certains aspects ?
Ça ne m'a pas frappé. On n'est vraiment pas dans le biopic. Il y a certes un petit côté grandeur et décadence, même si la partie "grandeur" n'est déjà pas très reluisante.
Ca donne envie, merci!
Jeff Bridges a l'air épatant! Et puis il y a aussi Maggie Gyllenhaal, que j'aime bien.
A voir!
Rebonjour, Rob. Vu hier soir dans une salle pleine. Cela m'a fait plaisir de revoir Jeff Bridges. Il est loin le temps de Susie et The Baker Boys. En effet, Crazy Heart file le blues. Bonne journée.
Enregistrer un commentaire