Pour sa première sortie hors de l'écurie Charlie Kaufman, Jonze semble s'être enfin libéré, affranchi du terrible carcan dans lequel le maintenaient jusqu'ici des scenarii formidables mais hyper contraignants. Adaptant lui-même le bouquin en compagnie de l'écrivain Dave Eggers, il réussit une adaptation éclatante du bijou de Sendak, y transcendant une facette que n'aurait d'ailleurs pas reniée Kaufman : l'auto-analyse. Le petit Max, qui n'est d'ailleurs pas si petit, est clairement le double enfantin du cinéaste, qui s'arme de la plus grande sincérité pour crier haut et fort que non, l'enfance n'est pas un âge doré et que non, pas la peine d'attendre l'âge adulte pour réaliser à quel point la vie peut être cruelle et injuste. Rangez votre nostalgie crasse, nous dit Jonze : ce n'était pas mieux avant. La seule différence qu'il pointe du doigt, et qui est à l'origine du foisonnement esthétique de son film, c'est que l'imagination des mioches est encore relativement peu altérée par la laideur de la réalité, contrairement à celle des adultes. Aussi tristement immobile soit le voyage opéré par Max vers la terre des Maximonstres, il a au moins le mérite d'exister, de propulser de façon certes éphémère un garçon à problèmes loin d'une condition qui ne le satisfait pas.
Et donc, Max part à la rencontre des Maximonstres. Des êtres faits de chair, de sang, de plumes et de poils, extrêmement différents les uns des autres, mais tous animés par une mélancolie tenace et persistante tenant notamment à l'absence de réel meneur parmi ce peuple si spécial. Dans ce monde où c'est lui qui fait office de monstre - thématique si souvent utilisée que Jonze choisit de ne pas en faire des tonnes -, Max va rapidement endosser ce rôle d'envergure, qui le mènera lentement mais sûrement vers une désillusion mortifiante. Entre les deux, à la lumière d'un soleil qui ne cesse de percer, se sera orchestrée une succession de petites aventures et de grands défis, le sommet de tout cela étant une gigantesque bataille de boules de terre qui finira par faire du dégât et permettra d'extérioriser toutes les rancoeurs... Car rancoeurs il y a, dans ce monde où tous les êtres ressemblent à première vue à des peluches plus grandes que la moyenne. C'est d'autant plus déchirant que ces Maximonstres sont d'un réalisme effarant, semblant régulièrement plus humains que les humains. On n'a jamais vu d'êtres animés avec des regards si lourds de sens, si pleins de sentiments perturbants. Il y a juste de quoi en chialer pendant une heure et demie sans discontinuer. Le fantastique voyage de Max et la mise en scène de Spike Jonze ont en commun une extrême liberté, qui au final ne mènera nulle part ou presque. Cette immobilité à perte de vue est à l'origine du film le plus étonnamment bouleversant de l'année.
Max et les Maximonstres (Where the wild things are) de Spike Jonze. 1h40. Sortie : 16/12/2009.
Critique publiée sur Écran Large.
Autre critique sur Tadah ! Blog.
10 commentaires sur “MAX ET LES MAXIMONSTRES”
Waou!! Je vais pas la lire avant de le voir mais c'est moi ou tu mets rarement autant d'étoiles??
ce film est effectivement une perle. Je nuance un élément. on peut ressortir du film et avoir une nostalgie de notre enfance. car malgré la brutalité ambiante qui règne, elle n'est finalement que l'adage des plus grands, qui te sort du rêve. les monstres sont une sorte de démultiplication des sentiments contradictoires de Max. Il y découvre ses responsabilités, ses tord, et malheureusement il en quitte son monde imaginaire et inquiétant. il est mangé (ça a son sens comme verbe) par le besoin de grandir.
C'est aussi là que se crée la mélancolie. J'ai été vraiment ému. J'en dit à peut près la même chose que toi. ca m'a donné envie de refaire des cabanes avec des peluches et d'imaginer que je vogue sur une mer déchainée.
Il fallait bien un Spike Jonze pouvait parvenir
y trascendant
lâge
la vie peut être cruelles
des peluches plus grands
Bon j'étais juste passée pour relire... Et voilà ce que j'ai trouvé ! Bravo !
Bon le film : beurque !
Ça peut arriver à tout le monde de faire 5 fautes dans la même critique, non ? Hein ?
Merci.
Pour tes corrections, pas pour ton avis que je vais m'efforcer d'oublier au plus vite. Je n'y peux rien si, comme beaucoup de gens sur cette Terre, tu fus une petite fille niaise à l'imagination au pire inexistante, au mieux proprette, et que par conséquent tu ne t'es pas du tout reconnue dans cet univers grave et mûr.
Non ça ne m'arrive pas à moi... mais à tout le monde peut-être !
Ah parce que le Max, tu le trouves finaud, intelligent et tu appelles ses rêves de puissance et de domination de l'imagination.
Donc, oui j'étais une fillette niaise, insouciante et immature... Et ouf, Dieu existe (décidément ça change tous les jours) je le suis restée.
J'arrive à reconnaitre les commentaires de Pascale sans même avoir besoin de lire son nom ? C'est normal ? Il faut absolument que je la lise plus souvent :)
Je vais moi aussi tenter d'oublier le commentaire de pascale qui me rappelle pourquoi je vais toujours au cinéma seule !
Déçu et en même temps je t'attendais rien de ce film... c'est gentiment onirique entre Alice et Dark Crystal... mais qui vire quand même parfois au niais façon télétubbies, la poésie a bon dos... Il reste quelques bons moments et les voix des guests pour ne pas sombrer dans l'assoupissement de ce conte tout mimi ;-)
Teletubbies ? Dark Crystal ? Mimi ? Tu veux la guerre ?
;-) pas du tout ;-) mais bon je n'ai pas trouvé cela formidable... après tout est très compliqué, car bien souvent on voit un film pas forcément au bon moment... mais bon, il y a pire, le délire autour d'Avatar me laisse perplexe, quel ennui, presque a regretté Cosmos 1999 ;-)
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