Le film tout entier se déroule dans une réception destinée à célébrer l'Épiphanie. Aux petites traditions et mondanités d'usage succèdent peu à peu des échanges plus personnels, faits de souvenirs plus ou moins anciens, de considérations sur le temps qui passe et de regrets éternels... Mis en scène avec une certaine classe - même si le film n'a pas si bien vieilli -, Gens de Dublin est aussi délicat sur le fond que sur la forme car il concilie une atmosphère ouatée et des mots de plus en plus durs, qui ne créeront jamais de disputes explicites étant donné la totale retenue des différents invités, mais qui en secouera plus d'un. L'air de rien, par une poignée d'histoires semblant parfois anecdotiques, on imagine que cette soirée aura eu un impact sur de nombreuses existences. Beauté des rencontres et des télescopages, qui font changer les gens de façon imperceptible mais les font changer quand même.
Très faible physiquement, Huston montre plus que jamais l'importance et la beauté du storytelling. Malgré la danse et les flonflons, jamais le corps n'a eu aussi peu d'importance ici. Les mots priment, virevoltant à la surface de l'image et nous heurtant parfois violemment. Ainsi les paroles du personnage de l'alcoolique, qui dynamite les convenances et met les pieds dans le plat à plus d'une reprise en balayant d'un revers de la main les tics l'intelligentsia irlandaise et cette façon précautionneuse qu'ont ses voisins de parler de la mort, comme si elle allait les épargner grâce à cela. Elle n'épargnera pourtant personne, comme elle n'a pas épargné Huston, lâché par ses poumons alors qu'il avait sans doute en lui encore un millier de grands films.
Gens de Dublin de John Huston. 1h23. Sortie : 13/01/1988. Ressortie : 16/12/2009.
2 commentaires sur “GENS DE DUBLIN [reprise]”
John Huston est mort ???
Au fait,
c'est qui ?
Tu ne peux que te foutre de ma poire. C'est pas possible autrement.
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