20 déc. 2009

GAMINES

On devrait interdire des chansons comme L'italiano, de Toto Cutugno. Un tube assez insupportable mais tellement emblématique du pays de son auteur qu'on nous le sert à toutes les sauces dès qu'il s'agit de traiter de l'Italie, de près ou de loin. Ce n'est évidemment pas la faute de Sylvie Testud si ce morceau a sur elle l'effet d'une madeleine de Proust ; de là à l'entendre quatre ou cinq fois dans un même film, il y a tout de même des limites. D'ailleurs, quasiment toute la bande originale de Gamines est du même acabit : de gros standards italiens bien dégoulinants et stéréotypés plus que de raison. Le film, malgré ses nombreuses qualités, ne fait que souffrir d'un pareil traitement façon comédie à clichés. Or, le film d'Éléonore Faucher est tout à fait autre chose : c'est à la fois une chronique sur les liens indéfectibles se nouant entre trois soeurs et le récit drôlement grave des conséquences de l'absence du père.
Il n'y avait donc nul besoin de jouer la carte de la truculence transalpine, ou en tout cas pas à ce degré : c'est vraiment là que se joue le degré de qualité du film, qui par ailleurs se défend plutôt bien. Gamines est principalement marqué par la description fantomatique de ce père qui abandonna très tôt sa femme et ses trois filles, et qui ne réapparaît depuis qu'à de rares occasions, tambourinant derrière une porte qui ne s'ouvre jamais. Ne connaissant rien de leur géniteur, les gamines se font évidemment tout un monde de la découverte d'une photo de celui-ci, qui leur permet de poser enfin un visage sur ce personnage dont elles n'ont aucun souvenir. On ressent l'émotion de Sybille - le double de Sylvie Testud, auteure du roman dont s'inspire le film - et de ses deux soeurs lorsque ce père insaisissable daigne donner signe de vie. Comme elles, on attend la rencontre autant qu'on la craint, tant ce mystérieux bonhomme semble aussi méprisable qu'attirant.
Les trois jeunes actrices, bien que collant un peu trop à des personnages excessivement typés - l'aînée vertueuse, la cadette revêche, la benjamine si attendrissante -, s'en sortent bien et offrent un tas de moments de légèreté à un film qui n'oublie jamais d'être grave. La chronique est parfois inégale, des passages comme celui de la colonie de vacances semblant avoir été vus mille fois dans d'autres films. Mais le film brille par sa façon de montrer que chacun, quel que soit son âge, est porté par des interrogations, qui le poussent à aller toujours de l'avant et à se laisser porter par cette curiosité bien naturelle. Les acteurs adultes laissent joliment entrevoir ce genre de failles, en particulier une Amira Casar très touchante et un Jean-Pierre Martins de plus en plus convaincant, qui se fait peu à peu une place de choix dans le cinéma français. Pas tout à fait un grand film, Gamines n'en reste pas moins un joli morceau de cinéma, qui prouve après un Brodeuses bien raté qu'Éléonore Faucher a possiblement de l'avenir.




Gamines d'Éléonore Faucher. 1h47. Sortie : 16/12/2009.

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