Il faut dire qu'Alain Monne doit beaucoup à ses interprètes : avec son visage pour seul moyen d'expression, Sophie Marceau évite d'en faire des caisses, assez convaincante dans le rôle de cette femme hostile et agressive qui ne suppote pas ce qu'elle est devenue. Mieux, Christophe Lambert est absolument brillant, exploitant à merveille un personnage taillé pour lui. Qui a vu l'acteur s'exprimer ces dernières années sur les plateaux de télévision ou ailleurs sait à quel point le cap de la cinquantaine semble l'avoir abîmé : physique en berne, voix tremblante, démarche empesée. Le Christophe de la vraie vie semble tellement coller au Léo du film qu'il n'est même plus question d'interprétation, mais de pure synergie. Leurs scènes communes sont souvent fortes, dures, et la froideur qui s'en dégage la plupart du temps est un atout conséquent. Alors forcément, quand vers la fin ces deux-là se mettent à faire chabadabada, à s'asseoir au pied des arbres et à se rouler dans l'herbe, il y a de quoi faire la moue devant ce traitement d'une candeur extrême. Mais comment feraient deux personnes aussi cassées si elles tombaient amoureuses par surprise ? Exactement pareil. Étant déjà passés pas loin de la mort, Muriel et Léo se moquent que le ridicule puisse tuer. Et c'est finalement assez joli.
La bonne idée du scénario, inspiré par un roman d'Éric Holder, c'est qu'il ne se focalise pas uniquement sur cette étrange relation. Monne suit Léo dans les rues colombiennes, dans la salle de boxe où il avait ses habitudes, dans la petite chambre où il vivote et boit de l'alcool pur. Respirations salvatrices qui permettent qui plus est d'effectuer d'autres rencontres : une jeune boxeuse prête à voler et à faire la pute pour survivre, et l'autre auxiliaire de vie de Muriel, jalouse des deux membres du couple pour des raisons différentes. Des femmes belles et fortes, aux personnalités bien trempées, qui font souffler un vent d'érotisme assez réussi autour de cet homme de chevet qui s'en fout royalement, trop soucieux du confort de celle qui le fait chavirer. Merci de laisser votre cynisme au vestiaire et de tenter le voyage en compagnie de Sophie Marceau et Christophe Lambert : sans être inoubliable, le résultat a de quoi étonner.
L'homme de chevet d'Alain Monne. 1h33. Sortie : 18/11/2009.
Autre critique sur L. aime le cinéma.
3 commentaires sur “L'HOMME DE CHEVET”
Bon alors je vais faire l'effort d'aller voir ce film,
mais rien que le couple + l'affiche du film = beurk !
Alors là je suis surprise...
Bon évidemment tu t'excuses presque mais c'est vrai que le couple est fort, fort joli et fort convaincant.
Sophie est étonnante je trouve et JAMAIS agaçante.
Christophe reste sobre même en étant bourré des quatre fers.
Moi j'aurais préféré rester enfermée avec eux que de suivre la boxeuse qui m'a gavée.
Lambert est lourd pathétique aussi expressif qu'une orang outang. L'intrigue autour de la boxe est d'une banalité déconcertante. La mise en scène et le découpage (champ contre-champs) attérants. Pas d'émotion. Et les percussions sont traitées derrière le voile d'une moustiquaire digne d'Hamilton ou d'Emmanuelle. Jamais l'auteur n'y va. Dommage.
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