Dans Canine, l'objectif n'est pas de comprendre les raisons de cette situation, si évidentes que le réalisateur ne prend même pas la peine de s'y attarder : la simple observation de l'étrange quotidien des personnages suffit à remplir un long-métrage fascinant et addictif, où aucun geste n'est anodin du fait de l'absence totale de repères. À Cannes, où le film a reçu le prix Un Certain Regard, on a comparé un peu abusivement le style de Lanthimos à celui de Haneke ; or, les deux cinéastes diffèrent par au moins deux caractéristiques : l'humour et la morale. À sa façon, Canine est un film extrêmement ludique, proposant notamment un jeu sur le langage tout à fait amusant. Pour définir à leurs enfants des mots comme 'avion', 'zombie' ou 'téléphone', arrivés à leurs oreilles par inadvertance, les parents sont contraints d'inventer un petit lexique jamais exhaustif avec des définitions évidemment biaisées. Se crée devant nous une nouvelle langue et une réflexion passionnante sur l'inné et l'acquis. Autre forme d'humour, que Lanthimos assume pleinement au lieu de s'en affranchir maladroitement : le grotesque. C'est ainsi que, entre autres exemples, le fils aîné voit un jour apparaître un chat et décide de massacrer avec une paire de cisailles ce qu'il considère comme un monstre sanguinaire. Leur combat est forcément dévastateur.
Beaucoup moins de morale dans Canine que dans la moindre parcelle de cinéma de Michael Haneke : la seule conclusion du film, absolument pas appuyée, est que tout oiseau finit un jour par vouloir voler de ses propres ailes. Imperceptiblement d'abord, plus clairement ensuite, Yorgos Lanthimos filme le désir d'affranchissement de ces jeunes gens qui, malgré tout ce qui leur a été enseigné, sont désireux d'aller voir ce qui se passe de l'autre côté, quitte à courir à leur perte. La cellule familiale se fissure, une faille apparaît dans le contrôle parental, et voilà cette petite vie si bien mise en scène au bord du précipice. Canine est un film foisonnant, généreux, dur par moments mais jouissif surtout, qui a la bonne idée malgré son thème de ne pas jouer l'opacité. Ça s'appelle une immense découverte.
Canine (Kynodontas) de Yorgos Lanthimos. 1h36. Sortie : 02/12/2009.
Critique publiée sur Écran Large.
4 commentaires sur “CANINE”
un film où on massacre des chats ???
J'y cours !
ça a l'air très très bien... tu m'as donné envie !
déjà vu à "un certain regard" , revu avec moult plaisirs : seul bémol : à Lyon , une seule salle ( le comoedia et trois séances par jour seulement )
alors dans une petite ville , j'imagine mal !
on adore ou on déteste : non à tout consensus mou !
putain je suis pas folle tout le monde a qui je l'es conseille ma dit que c'était de la merde alors que sa fessais bien longtemps qu'un film ne m'avais surpris !
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