Les films de Guy Maddin ressemblent moins à du cinéma traditionnel qu'à des sortes de gigantesques installations d'art moderne, que l'on pourrait quasiment passer en boucle dans les salles afin que les spectateurs commencent le visionnage à un moment pris au hasard. Winnipeg mon amour n'échappe pas à la règle, même s'il se fait étonnamment moins abrupt que ses oeuvres précédentes. Comme si la profonde affection portée par Maddin envers sa ville l'avait contraint à légèrement s'assagir et à répondre ainsi à quelques-unes des attentes des commanditaires du film. D'où l'impression extrêmement paradoxale d'assister à un film très confortable, limite cotonneux, et à la fois bourré d'accidents, d'associations d'idées tordues, de passages du coq à l'âne.
À travers la peinture très floue de cette ville pourtant bien particulière se dessine également le portrait de la mère de Guy Maddin, qui semble se compléter de film en film. Chemins de fer entrecroisés, bâtiments en démolition : c'est aussi lui-même que Maddin semble raconter, lui qui semble très marqué par cette architecture en mutation perpétuelle. Tout ceci n'est présent que par bribes, comme s'il était impossible pour le cinéaste de se livrer complètement et de révéler enfin un visage humain au public. Découvrir Winnipeg mon amour constitue l'entrée en matière idéale dans cet univers azimuté où règnent grands moments de délire (la déjà célèbre série TV L'homme sur la corniche) et bouleversants instants tragiques (le lent délitement de la famille du narrateur). Le tout dans ce noir et blanc toujours aussi divin, faux brouillon d'un chef d'oeuvre à venir.
Winnipeg mon amour (My Winnipeg) de Guy Maddin. 1h19. Sortie : 21/10/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Une dernière séance ?.
4 commentaires sur “WINNIPEG MON AMOUR”
faudrait peut-être voir à regarder ton blog de temps en temps pour remettre une photo. c'est pas le tout de programmer...
Je n'ai déjà pas assez de temps pour aller voir les blogs des autres...
Merci pour ta suprême vigilance.
Le temps ça se prend mon cher.
On n'a jamais vu une horloge suivre un corbillard... J'me comprends.
Et tu pourrais au moins rendre la politesse.
Enfin, tu comprendras quand tu ne feras plus dans tes couches ; ou pas.
Pour moi, ce film est un long poème filmé... Cynique, drôle, amer, mélancolique... Génial !
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