Lucky Luke démarre sur les chapeaux de roue avec une intro digne de bien des westerns ricains : on y apprend comment le jeune Luke est devenu Lucky, et on y comprend que James Huth n'est pas forcément là pour rigoler. Cette scène d'exposition est en effet d'une noirceur folle, et a le mérite d'annoncer les intentions de son auteur : contrairement aux sinistres Dalton de Philippe Haïm ou au pataud Lucky Luke de Terence Hill, la pantalonnade n'est pas l'objectif ultime. Malgré une pluie de gags assez discrets, c'est bel et bien le côté torturé de l'univers du poor lonesome cowboy qui est mis en avant. Et c'est une bonne nouvelle.
Mais il y a un mais : si Lucky Luke est un film qui a vraiment de la gueule, son scénario a hélas pas mal de plomb dans l'aile. Victime d'une machination, persuadé d'avoir tué quelqu'un et donc d'avoir brisé ses propres principes, le héros passe pas loin d'une heure à n'être que l'ombre de lui-même, ruminant sa déprime au lieu de nous régaler à coups de fusillades délirantes et de duels corsés. Le récit patauge encore et encore, semblant ne jamais devoir s'en relever, mais finira par reprendre du poil de la bête : le retour en forme du film coïncide avec celui de Luke. Les vingt dernières minutes sont un pur délice, se déroulant principalement dans un décor surréaliste et vertigineux, d'une inventivité incroyable et d'une beauté totale. Là, on renoue subitement avec l'étrange état de grâce de début de film.
Ce terrible ventre mou empêche Lucky Luke d'entrer dans le clan des adaptations de BD vraiment réussies. Et c'est bien dommage, puisque même le casting semblait s'être globalement bien intégré dans l'univers de Morris. De Daniel Prévost (génialissime Pat Poker) à Jean-François Balmer, cette bande d'acteurs fort en gueule a véritablement trouvé le ton juste. Paradoxalement, celui qui semble le moins à l'aise se nomme sans doute... Jean Dujardin. Une fois n'est pas coutume, il peine un peu à trouver le ton juste et n'arrive pas à se dissimuler derrière le personnage. Dans un pays où Christian Clavier fut Astérix, il n'est cependant pas permis de se plaindre outre mesure. En revanche, il est parfaitement conseillé de faire un crochet du côté de Daisy Town pour aller voir de quoi est capable ce Lucky Luke extrêmement sympathique et pas si loin d'être totalement abouti. On suggère à James Huth de laisser à d'autres le soin d'écrire les scénarios et de se contenter de poursuivre un travail de mise en scène de plus en plus intéressant depuis Serial lover.
Lucky Luke de James Huth. 1h44. Sortie : 21/10/2009.
Autre critique sur Laterna Magica.
2 commentaires sur “LUCKY LUKE”
ach ! tu me tentes avec ton histoire de rendu westernien... tu sais -ou pas- que le western c'est proustien pour moi !
Mais Luke, lucky ou pas, m'en fous un peu... surtout sans les Dalton et Rantanplan (j'dis ça, mais je m'en fous aussi !).
Luky Luke aaaaaaaah Luky Luke, pour moi, il ne reflète absolument pas le Luky Luke de le BD, seul Billy the Kid est extraordinaire bien joué ...
Pour le scénario aaaaaaaaaah, je l'avoue, je me suis endormi lorsqu'il a cru qu'il avait tué ... Puis, mes enfants m'ont réveillé pendant la scène du "trou de balle ..." ;-).
Heureusement que le cadrage et les images sont magnifiques ...
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