30 oct. 2009

2012

Paco Rabanne l'avait prévue pour le 28 juillet 1999, mais les Mayas ont toujours été formels : la fin du monde interviendra le 21 décembre 2012, soit 7 mois environ après la réélection de Nicolas Sarkozy. Comme il n'est jamais trop tôt pour se préparer aux catastrophes - on parle ici de la fin du monde, pas de Sarkozy -, Roland Emmerich a pris les devants et nous offre, 3 ans avant, un panorama de l'apocalypse qui nous attend à coup sûr. 2012 est l'archétype du disaster movie du dernier quart de siècle : des personnages qui cavalent autour du globe, des discussions sans fin, des tergiversations d'ordre éthique, des effets numériques et des tas d'explosions. Quinze ans après un Independence day dont le message façon « USA über alles » annihilait l'efficacité, cinq ans après un Jour d'après impressionnant mais idiot, Roro nous garantit cette fois un vrai film de fin du monde, d'un réalisme tel que même les plus athées d'entre nous finiront les mains jointes, implorant une éventuelle entité supérieure de les tirer de là.
Erreur fatale : la campagne promotionnelle a réussi son coup en faisant passer une bonne grosse vessie pour une vieille lanterne. 2012 n'est rien de plus qu'un film catastrophe d'envergure mondiale, dont l'issue relativement heureuse - plein de morts mais des américains qui survivent - ne fait guère de doute, contrariant les fantasmes de curieux naïfs qui espéraient que Roland fasse enfin sauter la planète, dans un ultime mouvement pessimisto-nihiliste. Que dalle : pour survivre en 2012, il suffira de confier aux travailleurs asiatiques des plans de gros bunkers flottants, qu'ils réaliseront à la va-vite pour le prix de revient d'une paire de bonnes Nike. Plus Deep impact qu'Armageddon, la fin de 2012 consistera à attendre en croisant les doigts et en rêvant au monde de demain, aussi beau et équilibré que dans une pub EDF. L'attente aurait certes dû se trouver au coeur du scénario, mais pas de cette façon : le coup de génie d'Emmerich aurait été de montrer la planète se déliter, et les humains patienter jusqu'à une issue aussi tragique qu'inévitable. Gros avantage ici par rapport au Jour d'après : pas de considération écolo-niaise, puisque cette fin du monde est irrémédiable - quand les Mayas annoncent un truc, c'est qu'ils en sont certains - et qu'elle n'est même pas due à notre mauvaise gestion de la planète. Aucun beurre à se faire sur ce coup pour Yann Arthus-Bertrand et Nicolas Hulot : ici, l'apocalypse n'est qu'une affaire de neutrinos qui se mettent soudain à réagir et à provoquer la dissolution du noyau terrestre. C'est pourtant simple.
Mais Emmerich n'a visiblement jamais eu l'intention d'aller aussi loin que ce qui aurait pu constituer le blockbuster ultime : se focalisant uniquement sur quelques groupes de quidams - une famille tuyau de poêle menée par John Cusack, quelques scientifiques et haut dignitaires dont Danny Glover en prez' des States -, il nous rappelle que l'union fait la force, qu'il faut risquer sa vie pour sauver son chien, que l'argent ne fait pas tout... Bref, comme à son habitude, Roland nous fait gentiment la morale. Sauf que cette fois, il dispense ses précieux enseignements avec un humour toujours bon enfant, pas toujours volontaire mais procurant à chaque fois une dose supplémentaire de bonne humeur, qui permet de faire passer plus vite ces cent cinquante-huit minutes forcément un peu longues. 2012 est en effet un film qui parle beaucoup, que ce soit pour faire dans la poilade - ah, Woody Harrelson en animateur radio parano-visionnaire - ou pour traiter de problèmes sérieux - consulter le G8 pour savoir si sauver des gens est une priorité. Ce qui réduit forcément la durée de la partie "à sensation". Le savoir-faire d'Emmerich est énorme, et le rendu de ces séquences est globalement très convaincant ; en revanche, pour la crédibilité, on repassera. Voir ce pauvre John Cusack slalomer en limousine entre des immeubles qui tombent, des routes qui se soulèvent, des tunnels qui s'écroulent et un donut géant est un grand moment de plaisir coupable tant on n'y croit pas une seconde.
L'avantage dont dispose Emmerich, c'est que les années 90-2000 ont été marquées par l'avènement (hum) d'un certain Michael Bay, adepte d'un cinéma parkinsonien à haute teneur en beaufitude. En comparaison, 2012 sort largement gagnant, puisqu'il est à la fois plus fun, plus lisible et plus sympathique. Si ça ne suffit pas à en faire un bon film, cela pousse à une certaine indulgence, là où Transformers 2 ne méritait que des quolibets. Les rebondissements ont beau être aberrants et la conclusion franchement décevante - la fin du monde n'a finalement pas lieu, et ça se résume en 2 phrases sans intérêt -, voilà un film-catastrophe qu'on reverra avec une joie non dissimulée dès le 22 décembre 2012, quand le monde tiendra toujours debout - et même si Sarkozy est toujours président.




2012 de Roland Emmerich. 2h38. Sortie : 11/11/2009.

8 commentaires sur “2012”

Rom_J a dit…

Me voilà rassuré. C'est exactement ce que je voulais entendre, à savoir que c'est du Michael Bay qui ne rend pas épileptique. Merci Rob, j'irai donc sereinement me vautrer dans mon fauteuil voir 2012.

Val' a dit…

Je pensais que t'aimait bien John Cusak c'est quand même la tapisserie de ton blog :D
Sinon le film sera mien ! Obligatoirement c'est pas un truc à voir sur une petite télé ! ^^
Pis pour Sarkozy, franchement et je l'espère il ne sera pas réélu. Si c'est le cas bah je me suiciderais j'attendrais pas 2012 pour le faire :D

Anonyme a dit…

Ahhh là, moi c'est sur j'y cours !!
Je suis archi fana de films catastrophe... c'est assez rare sur les écrans et Emmerich, quel que soient tous les reproches (politique, artistiques, moraux...) qu'on peut faire à son cinéma, a toujours su détruire la planète avec une grande jouissance communicative et un sens percutant du spectacle...
Avant que ça se gate, la première heure d'Independance day est purement bandante, Le jour d'après pareil, Godzilla réservait aussi son lot de scènes spectaculaires...
Alors certes on sait d'avance que ça ne fera ni dans la dentelle, ni dans la broderie, mais je suis sur de "kiffer ma race" comme un gamin de 12 ans pendant 2h30 et c'est aussi ça le cinéma...
Il n'y a pas que l'art dans la vie, moi j'dis lol
J'adore d'avance !

Par contre 2012 sous Sarkozy c'est une proposition de nouveau film catastrophe français... Tu proposes qui dans le rôle de Sarko, Clavier, Dany Boon ?
Je sens que je vais moins "kiffer", et pour réaliser on propose à Claude Autant-lara... Il est mort ou pas, celui là ?

SysTooL a dit…

Sacré Roland... il est sur tous les coups... je le verrai avec un bon paquet de pop-corn quand il passera à la télé dans quelques années... en 2012??

SysT

Niko a dit…

On peut quand même se demander qu'est-ce qu'il va bien pouvoir détruire maintenant dans son prochain film le Roro...

Ah oui c'est vrai il va détruire un chef d'oeuvre d'Asimov ^^

La Fille du rock a dit…

La fin du monde c'est mon pire cauchemar, j'irai donc voir 2012 avec délectation !
Comme la plupart des films que je vais voir au ciné : je sais d'avance que ça va être décevant mais j'y vais quand même de bon coeur (genre the Descent part 2)!

Rob a dit…

Je prépare un petit article possiblement sympa sur la fin du monde en 2012... de quoi alimenter tes soirées DVD...

Nicolinux a dit…

Tout à fait d'accord avec ta critique. Le film n'a rien d'original, la fin est vraiment pas terrible, c'est du grand spectacle à la crédibilité nulle, mais bien fichu. Sur grand écran, ça pète bien comme il faut quand même. Et le côté "je détruis tout pour le plaisir" (cf Las Vegas, ou mieux encore dans la symbolique, la Maison Blanche) est assez plaisant.

Par ailleurs, c'est un impressionnant catalogue de cliché ce film. Je ne reviens pas sur la sacro-sainte famille déchirée qui se réunit, mais le coup du français qui roule en DS en 2012, j'ai trouvé ça vraiment génial !

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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