15 févr. 2009

GRAN TORINO

Les fans de Clint peuvent se frotter les mains : Gran Torino est le deuxième Eastwood à débarquer chez nous en à peine trois mois, par la magie des sorties différées. Frottage de mains supplémentaires : le revoici qui fait l'acteur, lui qu'on n'avait pas vu devant la caméra depuis Million dollar baby. Mais si c'est toujours un immense plaisir que de voir évoluer ce gigantesque acteur, il faut bien se rendre à l'évidence : Clint Eastwood vieillit, lentement mais sûrement, perdant peu à peu son punch d'antan. Gran Torino est en effet l'oeuvre d'un papy commençant à perdre la boule, et radotant sans arrêt les mêmes histoires, les mêmes lubies, le même cinéma. Comme le baroud d'honneur superflu d'un Dirty Harry refusant d'admettre qu'il est mûr pour l'hospice.
L'histoire est d'une simplicité enfantine : un veuf raciste et dur à cuire se retrouve contraint de protéger ses voisins asiatiques de la vilaine bande qui leur veut du mal. Auto-défense et tolérance mielleuse sont donc au menu de ce drame beaucoup trop schématique qui peine à masquer son manichéisme total. Ce Walt Kowalski a beau être méchant avec ses enfants, cracher de gros glaviots de cowboy et balancer des blagues racistes, il finira par se faire amadouer par ses gentils voisins et payer de sa personne pour les défendre. Rien de plus. On dirait un spot pour la campagne de John McCain : « on n'aime pas trop les étrangers, mais on est prêts à sortir nos fusils popur les défendre si d'autres étrangers les attaquent ». Si quelqu'un avait encore un doute sur les opinions politiques du monsieur, c'est désormais plus clair que clair : il est républicain tendance réac.
Plus agaçant encore, Gran Torino fait apparaître une faille dans une bonne partie de la filmographie (très recommandable au demeurant) du bonhomme : une fascination carrément débordante pour les martyrs en tous genres, ces héros perturbés par des armées de gens médiocres, et dont le destin est si tragique qu'on ne pourra que les plaindre jusqu'à leur dernier souffle. Une complaisance qui saute d'autant plus aux yeux lorsque le scénario est un peu faiblard. On se rappelle la dernière partie de Million dollar baby, pure hagiographie mêlant la famille consanguine de la boxeuse comateuse, la rage mal contenue du coach, et une séance d'euthanasie faussement digne. Sans atteindre de telles extrémités, Gran Torino reproduit ce schéma, les personnages secondaires et les situations ne semblent avoir été écrits que pour glorifier ce mec aux défauts finalement minimes - c'est vrai quoi, il est raciste et méprise l'humanité entière, mais comme il le fait avec humour, ça passe. En dépit de quelques scènes volontairement drôles (Clint renvoyant ses gosses à leur médiocrité avec un minimum de mots), Gran Torino apparaît comme un sérieux dérapage dans la carrière du réalisateur, même si on est évidemment ravi de voir que l'acteur n'est pas mort. Son jeu n'a en effet pas pris une ride, et comble plutôt bien l'ennui créé par ce film sans rythme ni attrait.
4/10
(sortie le 25 février)

(autre critique sur 100% cinéma)

11 commentaires sur “GRAN TORINO”

Anonyme a dit…

En bon français, on ne dit pas Grand Torino, mais Grand Oto-Rhino ... mais bon, ce n'est pas le sujet.

Anonyme a dit…

Moi non plus j'aime pas trop l'humanité... c'est d'ailleurspour ça que je me réfugie au cinéma !

Anonyme a dit…

Merci pour cet avis que je partage entièrement, cela change du déculottage des critiques à la sortie de chaque film du vieux roublard :-=)

Benoit a dit…

grosse déception... film démago et mal fichu. Espérons que le vieux Clint ne termine pas sur ce truc.

FredMJG a dit…

Bon, ben, moi perso ça m'a éclaté total (LOL ! mais chuis une fille !) et le fossile me fait bien plus marrer avec ses parodies que la Angelina avec ses yeux mouillés (Changeling, je dois dire que ça m'avait laissée perplexe...).
Si maintenant, parce que la critique (le Clint en ricane encore) hurle au génie, les vieux n'ont plus le droit de s'amuser un peu où va-t-on ?
Et voui, Eastwood est maso... mais moi j'aime bien et je le fouette quand il veut (et je cogne sur Mel de la main gauche)...
Ah oui, et, accessoirement, j'aime pas les gens non plus, donc j'irai lui arroser ses pissenlits dès qu'il le souhaitera...

Anonyme a dit…

Ah,enfin des avis qui rejoignent le mien sur ce film. Après un excellent Changeling, j'ai trouvé ce Gran Torino fade, convenu, bref, moyen.

Anonyme a dit…

Comment ne peut-ton pas aimer ce film, c'est un grand film. Un très beau personnage beaucoup plus complexe qu'on le dit ici. Tout sauf demago. Tout sauf mal fichu, c'est l'inverse... A voir en VO bien évidemment... Il m'étonne toujours et nous étonnera je l'espère encore longtemps. Longue vie à Clint...

Anonyme a dit…

j'ai été complètement conquise par ce film alors c'est vrai que j 'ai un peu du mal a comprendre qu on ne puisse pas l'aimer mais bon les tous les gouts sont dans la nature.
J'espère découvrir de nombreux films de Clint encore TRES longtemps!!!!!

http://justarrived.canalblog.com/

Anonyme a dit…

J'Avoue, je suis sorti un peu déçu..
Tout d'abord une vision très américaine, très Mac Cain, des rapports humains.. ou chacun vit dans sa communauté et rejette ses angoisses par l'intermédiaire de blagues racistes..
Walt est borné sur ses idées et ses rapports avec autrui mais le fait de renifler un nem le remet dans le droit chemin.. merci Hollywood
Il protège sa pelouse avec son fusil de soldat et il nous apprend à devenir un homme en se créant une collection d'outils..
On rajoute une facette religieuse dans le scénario
Et on obtient un bon Texans..mdr
Après la réalisation est réussit, du moins on sent l'expérience..
Mais c'est sûrement cette vision trop simpliste, trop américaine sudiste qui fruste lorsqu'on aborde un sujet aussi universel que le racisme et le rapport humain en général...
P
Voila mon sentiment sur un film dont j'attendais plus

domi a dit…

Petit film de Clint , sans grand intérêt .Pour moi son film le plus médiocre depuis bien longtemps.

Joanny a dit…

J'ai beaucoup aimé ce film. Bien sûr, ce n'est pas politiquement correct de montrer un personnage principal utiliser des armes à feux, mais les Etats-Unis sont aussi comme ça.

J'ai surtout apprécié :
- La fin de vie d'un vieil homme
- la relation père-fils
- la transmission du savoir-faire et des valeurs à la génération suivante
- le réalisme de la société américaine : culture de l'argent et du communautarisme - une banlieue blanche des années 1970 qui devient une banlieue asiatique dans les années 2000.

Tout le long du film, les valeurs de l'Amérique persistent, symbolisées par la Gran Torino de 72, et la scène finale est très symbolique de l'Amérique d'aujourd'hui.

 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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