On y verra Laura Smet apparaître régulièrement dans le miroir du narcissique Garrel, ses irruptions soudaines se manifestant par des changements de lumière dignes d'une série Z aussi mauvaise que fauchée. Garrel comptait sans doute magnifier l'éternité du sentiment amoureux, mais c'est foncièrement raté. De toute façon, cela faisait un moment que l'on s'était lassé du vide cosmique de certaines scènes, souvent plombées par des répliques débilisantes (Garrel, après l'amour, balance une énormité sur les déportés et l'éventualité d'une troisième guerre mondiale). On a du mal à croire qu'une année de répétitions soit nécessaire pour bâtir un tel film, tellement superficiel qu'il semble improvisé dans sa plus grande partie. Si Louis Garrel balade une nouvelle fois ses yeux de cocker avec une aisance innée, Laura Smet peine à suivre la danse, pas aidée par son rôle de futur spectre. Sans aller jusqu'à comprendre les intolérants qui ponctuèrent la projection cannoise de leurs ricanements intempestifs, on peut toutefois affirmer que La frontière de l'aube peut difficilement faire naître autre chose qu'un ennui dissipé ou un fou rire mal contrôlé. Heureusement qu'il y a l'image de William Lubchantsky, qui nous accroche et nous pénètre, et nous pousse à imaginer à quel point tout cela aurait pu être bouleversant si le surmoi et la prétention n'étaient pas venus boursoufler le film.
4/10
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