Nichols commence par s’attarder sur le trio de héros, des frangins nommés Son, Boy et Kid. Ils vivent à la petite semaine, se contentant de petits boulots et de bonheurs simples (un chien, des siestes à l’ombre, des bières tièdes). L’air de rien, on s’attache sacrément à ces trois petits mecs, un peu minables mais pas méchants. L’occasion de constater que Michael Shannon (Bug) peut aussi jouer les types sympathiques. Tout bascule avec la mort d’un père qui les a toujours méprisés au profit des quatre autre fils qu’il a eu d’une deuxième épouse ; dès lors, la tension monte et le jeu de massacre débute, les petites vacheries et les signes de mépris laissant finalement place à quelques envolées de violence physique.
Pour autant, Shotgun stories ne verse jamais dans le film noir, restant dans la case plus prudente et plus modeste de la chronique à échelle humaine. Jeff Nichols pose un œil rigolard et affûté sur les protagonistes, la cruauté de ses portraits étant toujours teintée d’une affection sincère. Cela semblera peu à ceux qui, prenant le titre au premier degré, attendaient un film qui défouraille et sème la mort en quantité ; mais cela réjouira les adeptes de ce cinéma simple et discret, qui sait faire profil bas pour mieux épater la galerie. On attendra avec envie le prochain long-métrage de Jeff Nichols.
8/10
(également publié sur Écran Large)
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