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17 oct. 2010

Tu verras des films, ma fille | #9 | HIGH FIDELITY

Ami lecteur, je sais, ça fait déjà deux dimanches que je te pose des lapins, alors pour me faire pardonner, je poursuis cette série avec un film bien particulier.

« Tu vois, Junior, voilà une quinzaine de jours que ta mère et moi avons appris avec stupeur, tremblements et bonne humeur qu'en fait tu étais une fille. C'est là que j'ai réalisé que je n'avais pas pris le temps, lorsque tu étais encore un garçon, de m'entretenir avec toi des incroyables vertus de High fidelity, que je tiens pour mon film préféré même si j'ai bien conscience qu'il n'est pas grand chose aux côtés des plus grands chefs d'oeuvre du cinéma. Qu'à cela ne tienne : son héros Rob Gordon a beau être un mâle pur et dur, le film de Stephen Frears n'est pas, et j'y tiens, un film réservé à la gent masculine. C'est peut-être un peu un film de mecs, mais en aucun cas un film pour mecs. La nuance est immense : les films pour mecs sont bien souvent des films d'action aussi testostéronés que décérébrés, où les gonzesses sont souvent représentées en train de frotter négligemment leur poitrine surgonflée contre des capots de voiture divers et variés. Alors que les films de mecs tournent de façon plus générale autour d'hommes en tous genres, pointant du bout de la caméra leurs caractéristiques, leurs petites médiocrités et leurs défauts, rendant l'identification possible pour une partie des spectateurs XY et permettant aux spectatrices XX de se prendre d'affection ou de pitié pour certains de ces personnages.

Et donc, High fidelity est un film de mecs. Il y est question de conversations de mecs dans une boutique tenue par des mecs, ou de monologues tenus par un mec dans son appartement de mec. Mais franchement, Junior, si tu veux bien démarrer dans la vie et apprendre à connaître ton père et les 3 milliards de messieurs qui peuplent cette planète, je te conseille de regarder attentivement ce documentaire ultra-réaliste. Si je l'ai vu autant de fois, ma fille, c'est principalement parce que ce film fait office de miroir rassurant qui permet à son spectateur mâle d'avoir temporairement bonne conscience et d'assumer sa lâcheté, son orgueil mal placé et son étroitesse d'esprit. Est-ce à dire que c'est un film facile ? Je ne sais pas. Car j'imagine que d'un point de vue féminin, l'adaptation du roman de Nick Hornby - que tu DOIS lire avant tes 20 ans si tu ne veux pas que ton père te renie - est à la fois un petit délice d'acidité et un gigantesque message d'avertissement. S'il y avait un jour un grand procès mondial dans lequel l'ensemble des femmes poursuivrait l'ensemble des hommes, le film pourrait sans nul doute faire office de pièce à conviction essentielle. Après cela, difficile pour nous de jouer les âmes sensibles, les jolis coeurs, les romantiques invétérés. Dans High fidelity, l'homme a des sentiments, certes, mais c'est aussi et surtout un monstre d'égoïsme prêt à montrer sa fierté à tous les passants. J'imagine que ça pourrait presque pousser n'importe quelle femme à devenir lesbienne. Heureusement que j'ai tellement de charme que ta mère n'a pu me résister.

En voyant High fidelity, tu apprendras environ un milliard de choses sur nous, les gars au chocolat, aussi obsédés par les filles à la vanille que par leur petit nombril. Récapitulons. Un mec peut laisser partir une fille par pure fierté. Mais il peut avoir envie de péter la gueule à son successeur éventuel. Un mec peut atteindre des sommets d'insensibilité avec celle qu'il aime. Mais c'est parfois parce qu'il est trop stupide pour s'en rendre compte par lui-même. Un mec peut se féliciter que la femme de sa vie n'ait pas encore couché avec celui qui le remplace. Et décider de fêter ça en se dépêchant d'aller se taper la fille vers laquelle se sont dirigés ses derniers fantasmes en date. Un mec peut parfois trouver que la fille avec laquelle il vient d'entamer une relation est trop bien pour lui. Et se pisser dessus au lieu de tenter de relever ce beau challenge. Un mec peut se plier en quatre pour obtenir ou récupérer la femme dont il rêve. Avant de tout foutre en l'air en deux secondes parce qu'une fille à joli minois passe par là. Le catalogue est loin d'être exhaustif, et je t'assure que le film est presque léger si on le compare au roman plus que plombant mais extrêmement jouissif de ce cher Hornby - qui fut autrefois un excellent écrivain, avant de devenir un petit écrivaillon trop mainstream pour rester honnête.





Tu peux aussi prendre le film comme une simple - voire simplette - ode à la vie, aux amis, à la musique et à l'amour. L'air de rien, High fidelity est un vrai film épicurien : ça manque un petit peu de bons repas, mais à part ça, le tableau pour un bonheur de base est parfaitement rempli. J'espère que tu n'auras pas attendu de voir le film pour apprécier les discussions superflues autour de micro-détails inutiles, de chansons ou de films ; que tu apprécieras autant que ta môman et moi le plaisir des joutes orales et des télescopages verbaux sans limite ; que tu aiguiseras peu à peu ton esprit critique afin de ne jamais, jamais, jamais, clore un débat par "bah, de toute façon, les goûts et les couleurs ça ne se discute pas". Mon professeur de philosophie de terminale n'a absolument pas suivi le programme imposé, à tel point que je me suis viandé le jour du bac, mais je ne le remercierai jamais assez pour avoir passé trois mois à nous montrer et à nous démontrer que si, les goûts et les couleurs, ça se discute, et que c'est même à ça que sert l'art si l'on admet que l'art serve à quelque chose. Je trouve que High fidelity, derrière sa façade de gentille comédie romantique à la sauce film de mecs, est bourré de leçons de vie absolument fondamentales. Il faut assumer sa personnalité, ses idées, sa mauvaise foi et son sale caractère, quitte à passer pour un sale con. Je ne compte plus le nombre de gens qui me tiennent pour le type le plus con / snobinard / intolérant / agressif de la planète ; crois bien que je m'en contrefiche et que j'espère que tu sauras toi aussi te faire des amis et des ennemis. Je pense qu'on peut deviner si une personne vaut le coup simplement en parcourant la liste des personnes qui la détestent et qu'elle déteste. Il n'y a pas de raison que ça marche autrement pour toi.

Je vais te dire un truc, Junior : même si je lui ai piqué son pseudo pour faire mon malin sur ce blog, je ne prétends pas être Rob Gordon. D'une part, je n'ai pas le charisme ou le charme de ce type ; d'autre part, contrairement à lui, je m'apprête à fonder une famille, puisque tu devrais débarquer parmi nous début 2011. Monsieur Gordon - qui s'appelait Fleming dans le bouquin mais a été rebaptisé suite à un déménagement de Londres à Chicago - n'est visiblement pas prêt à avoir des gosses. C'est un grand gamin, et même s'il récupère sa Laura en fin de film - oups, spoiler, mais tu t'en doutais, hein -, je doute qu'ils soient tout à fait disposés à se reproduire sous peu. Hornby a traité la question de la paternité, y compris la sienne, dans d'autres livres, mais je pense que Rob est pour lui l'homme qu'il aurait aimé être s'il avait souhaité ne pas fonder de famille. Je suis assez d'accord avec ça, mais moi, je veux des Juniors pour pourrir mes nuits, égayer mes dimanches, me balancer leur purée de carottes au visage et me ramener des punitions de l'école. Entre autres. Je veux aussi que le BFF de leur papa puisse leur raconter le début des années 2000, l'internat de leur classe prépa et les réveils réglés à 3 heures du matin afin de gagner en silence la salle de télé pour visionner en duo la VHS de High fidelity, emmitouflés sous de bonnes grosses couettes. Bref, tu n'as pas fini d'entendre parler de ce film, et c'est pourquoi je te conseille vivement de l'aimer, de le chérir, de l'idolâtrer afin de ne jamais parvenir à t'en lasser. Sinon, ne t'inquiète pas, je t'aimerai quand même et accepterai tant bien que mal de passer pour un vieux radoteur fan de films archi datés, c'est-à-dire datant du tout début des années 2000. Je vais m'y préparer de ce pas. »


High fidelity de Stephen Frears. 1h44. Sortie : 06/09/2000.

3 oct. 2010

Tu verras des films, mon fils | #8 | BOYS DON'T CRY

Ami lecteur, toi qui lis cette rubrique depuis le début, il y a du rebondissement dans l'air.

« Tu vois, Junior, la vie réserve parfois des surprises qui font passer la fin d'Usual suspects pour un sommet de banalité. Je prends pour exemple ce premier vendredi d'octobre qui fut le théâtre d'un surprenant retournement de situation. C'était peu après 20 heures, à l'heure où tous les bons français n'avaient d'yeux que pour leur ticket d'Euromillions. Ta mère et moi nous trouvions dans une salle d'échographie avec le docteur G., gynécologue-obstétricien bigrement sympathique dont le rôle pourrait être tenu par Matthew Goode. Objectif : réaliser un check-up complet afin de vérifier que tu es bien normal et que tu ne ressembleras ni à Michel Petrucciani ni à Pascal Duquenne. Ton cerveau, tes reins, tes ventricules et oreillettes sont parfaitement normaux ; à vrai dire, il n'y a à l'écran qu'un léger petit problème. Il semblerait qu'un individu malfaisant ait subtilisé ton pénis entre la première et la deuxième échographie. Mais non, Junior, ne pleure pas, tout va très bien : en fait, personne n'a volé ton zizi, puisque tu n'en as pas.

Eh oui, Junior, c'est la grande nouvelle de ce début de mois : contrairement à ce qui avait été annoncé avec une apparente certitude par le docteur G., puis confirmé quelques temps plus tard par ce même doc, tu es une fille. Ne t'inquiète pas, ça n'est pas une maladie : il y a sur Terre 3 milliards d'êtres humains qui vivent avec et qui s'en sortent plutôt bien. Pour tout te dire, je rêvais d'avoir une fille, jusqu'à ce qu'on me dise que tu n'en étais pas une. Ce brusque revirement a provoqué chez moi une crise de fou rire et un enthousiasme non feint. Aucun problème : ta chambre, qui n'est pas encore prête, ne sera ni bleue ni rose ; quant au prénom, pas de souci, nous en avions un en réserve au cas où se produirait un pareil événement. Mais permets-moi, Junior, de continuer à t'appeler Junior : c'est plus unisexe qu'on ne croit et ça permet de tenir secret ton nouveau nom - puisque l'ancien, lui, n'avait rien d'unisexe.

J'ai cependant une petite crainte : et si, à cause de ce changement de sexe aussi soudain qu'inattendu, tu débarquais dans quelques mois avec la ferme intention de vivre comme si tu étais un garçon ? J'imagine quel pourrait être ton calvaire si tu choisissais d'adopter un mode de vie à la Teena Brandon, l'héroïne de Boys don't cry. Très bon film, je te le conseille. Une inconnue nommé Hilary Swank y joue cette jeune fille se faisant passer pour un mec aux yeux de ses nouvelles connaissances, parce qu'elle se sent mieux comme ça et parce que ça lui permet de lever plus facilement des gonzesses. Cheveux courts et bandeaux sur les seins, elle trompe tranquillement son monde grâce à une force de conviction innée. Et nous, spectateurs, on y croit. En tout cas on y croyait à l'époque, puisque depuis la petite Hilary a bien grandi et qu'elle ressemble désormais à ça. Mais quand même.



Seulement voilà : je ne voudrais pas te gâcher le film en te révélant son dénouement, mais le secret de Teena Brandon / Brandon Teena - pratique le coup du nom inversé, toi tu pourrais t'appeler Gordon quelque chose - finit par être découvert par une horde de jeunes gens ni tolérants ni pacifiques, qui n'ont plus alors qu'une idée en tête : la/le réduire en pièces. C'est une leçon que tu dois retenir, Junior : il faut de tout pour faire un monde, et s'il est parfois difficile de ne pas se moquer un peu, il est interdit de lapider les personnes un peu différentes dans leur tête ou dans leur corps. L'autre leçon, c'est que tu dois assumer ce que tu es. Si tu passes ta vie à te déguiser en mec, ta mère et moi l'accepterons, même si c'est forcément un peu difficile à avaler. Mais je suis certain que cela n'arrivera pas, et que tu seras une jeune fille extrêmement épanouie, qui sera simplement très amusée d'apprendre qu'on l'a prise pour un garçon pendant des mois.

Cela ne veut pas dire que tu ne dois pas avoir de traits de caractère un peu masculins : tu as parfaitement le droit de préférer les G.I. Joe aux Barbie, les films d'action aux comédies romantiques, le bleu au rose. Pas de sectarisme entre nous. C'est pour cela que je maintiens tous mes conseils précédents : tu dois toujours voir les films de cette liste, que tu devrais globalement apprécier de manière équivalente. Je n'ai jamais été pour différencier l'éducation des garçons et celle des filles. Je n'avais pas l'intention de faire de toi un champion de football, je ne compte pas spécialement te faire devenir une danseuse étoile. Je veux que tu sois heureuse, oui, heureuse, puisqu'il faut désormais accorder les adjectifs au féminin, avec ta jolie maman pour modèle. Elle qui aime tant Frank Henenlotter, Rob Zombie et autres fêlés pas franchement fleur bleue, se fera un plaisir de t'aiguiller en temps voulu vers des films qui ne feront pas de toi une petite fille lambda. Et de t'inculquer bien d'autres valeurs, puisque je te rappelle que la vie, ce n'est pas que du cinéma.

Je vais te dire un truc, Junior : je t'aime déjà, et que ton chromosome Y se soit brusquement muté en X n'y change évidemment rien du tout. Je ne t'en veux même pas de me contraindre à modifier le titre de cette rubrique, ce qui sera le cas dès la prochaine fois. Permets-moi en revanche, pour la blague et la postérité, de ne pas changer les intitulés des articles précédemment parus, ainsi que de celui-ci. Si je veux surprendre quelques lecteurs, il faut bien que je laisse le mot « fils » dans le titre pour cette fois. Qu'aurait-on dit si Usual suspects s'était nommé Keyser Söze est le boiteux, ou encore, pour nous rapprocher de notre sujet du jour, si Neil Jordan avait préféré que The crying game se nomme En fait, la fille c'est un mec ? Un peu de sérieux, voyons. Tu es une fille, cette fois c'est sûr, mais amusons-nous encore un peu de la confusion du docteur G., qui ne savait plus quoi dire pour faire passer sa gêne d'avoir cru pendant des semaines que tu étais pourvue d'un pénis. »


Boys don't cry de Kimberley Peirce. 1h54. Sortie : 05/04/2000.

26 sept. 2010

Tu verras des films, mon fils | #7 | LE GRAND BAZAR

Ami lecteur, bientôt la deuxième échographie, il serait temps que tu découvres cette série d'articles.

« Tu vois, Junior, j'ai passé des heures de ma vie à tenter de défendre les quelques films que je considère comme de réels chefs d'oeuvre, et à culpabiliser d'être globalement inculte en ce qui concerne le cinéma antérieur à 1950 sans jamais prendre réellement le temps de combler ces impardonnables lacunes. Deux raisons qui font que j'ai un peu honte d'avoir envie de te montrer Le grand bazar, un film qui était déjà ringard à l'époque de ma naissance, et qui à sa sortie en 1973 n'avait réalisé un joli score au box-office qu'en raison de la présence à l'affiche de quatre idoles nationales : les Charlots. On peut éventuellement les décrire comme les Beatles français, puisqu'ils partagent avec les Fab Four un amour immodéré de la musique. En témoigne leur longue liste de tubes, de Merci patron à Paulette la reine des paupiettes en passant par Le trou de mon quai et Si tu n'veux pas payer d'impôts... cach' ton piano. De purs génies, ces mecs, même si en 73 ils avaient déjà un peu morflé suite au départ inopiné de Luis Rego, grandissime cinquième roue du carrosse ayant préféré se consacrer à l'immense carrière d'acteur qui a suivi.

C'étaient quand même pas n'importe qui, ces types : leur leader était quand même Gérard Rinaldi, le héros de la série Marc & Sophie, sitcom de déglingo avec Julie Arnold, Marie-Pierre Casey et Ginette Garcin... Du lourd, du très lourd. Oui je sais, Junior, tu n'as jamais entendu parler de tous ces gens et tu as comme l'impression que je te refile mes fonds de tiroir. Tu préférais quand je te conseillais Jurassic park, avoue. Oui mais voilà : je trouvais important de t'enseigner aussi l'amour du nanar, surtout lorsque celui-ci est français et assume son odeur de rillettes et de transpiration. Certains films sont nuls malgré eux, celui-là assume pleinement sa part de beauferie, de brouillon, de petit amusement sans conséquences, dont les gags éculés finissent de temps à autres par atteindre leur cible et toucher au génie. Il ne faudra pas avoir honte si, au détour de ce film ou d'un autre de ton choix, tu découvres qu'il est possible de prendre un véritable plaisir au contact de productions moisies n'ayant évidemment rien à voir avec Citizen Kane. Ce n'est pas sale, et il ne faut pas avoir peur de le dire tout haut. Chacun, même le plus cinéphile, a en lui un tiroir de la honte dans lequel il entrepose fébrilement les films, chansons et livres ne présentant aucun intérêt artistique mais procurant pourtant ses sensations étrangement grisantes. Il faut parfois savoir taire ce qu'il contient, mais assumer aussi ses penchants coupables a quelque chose de profondément charmant et humain. N'en veux donc pas à ton père si un film des Charlots réalisé par Claude Zidi fait partie de ses mémorables souvenirs de jeunesse.




Comme le fit Desproges dans l'un de ses excellents sketches débutant par « Les rues de Paris ne sont plus sûres... », Le grand bazar s'intéresse à la lutte livrée par le petit commerce à l'encontre des vilaines grandes surfaces qui à l'époque commençaient à envahir le territoire français. C'est un film éminemment social qui décrit avec emphase les efforts déployés par un David gentil et convivial face à un Goliath froid et impersonnel. Peut-être l'un des premiers films politiques de l'histoire du cinéma français. La solution trouvée pour empêcher l'ogre capitaliste d'avaler tout cru le commerce de proximité est toute simple : il suffit de faire preuve d'inventivité, pardi, et de proposer aux clients et clientes un accueil personnalisé et de multiples services supplémentaires permettant de rendre leur quotidien plus savoureux et souriant. À ce titre, la scène musicale dans laquelle les Charlots, quatre braves gars pleins de bonne volonté, accueillent les passants dans une échoppe flambant neuve et les servent en chantant a quelque chose de jouissif et innovant. Certains commerçant d'aujourd'hui feraient bien d'en prendre de la graine... Je ne résiste pas à l'idée de t'en faire profiter. Courage, ça n'est pas très long.




Je vais te dire un truc, Junior : sans aller jusqu'à espérer que tu te mettes toi aussi à vénérer ce film qui faisait déjà pitié à tout le monde au moment de sa sortie, j'ose espérer que tu connaîtras toi aussi quelques déviances cinématographiques qui te feront du bien les soirs de pluie et te serviront qui plus est de bouclier face aux accusation de snobisme et de parisianisme dont tu pourras faire l'objet si tu prends le chemin de tes chers parents. "Snob, moi ? Jamais. La preuve, j'aime les Charlots." est une réplique dont je me sers rarement mais que je garde toujours sous le coude au cas où j'aurais besoin de prouver à mon interlocuteur que non, détester une partie des films populaires d'aujourd'hui n'a rien d'un systématisme d'opinion, et que je peux moi aussi apprécier de petites joies simples et idiotes pour peu que celles-ci me touchent par leur fantaisie et leur sincérité. Pourquoi pas ajouter ensuite que, dès que me prenait une envie de voir le film, je faisais appel à mon camarade de scolarité Frédéric W., qui ne se faisait pas prier pour me prêter la si précieuse VHS usée jusqu'à la corde qu'il conservait précieusement depuis qu'il était parvenu à enregistrer le film lors de sa dernière diffusion télé, en troisième partie de soirée sur TF1. Certains personnes te regarderont sans doute bizarrement après ce genre de révélation, mais beaucoup seront rassurés de constater qu'elles ne parlent pas à un robot sans sentiment, mais à un être de chair et de sang parfois capable de se montrer aussi faible qu'elles. »


Le grand bazar de Claude Zidi. 1h30. Sortie : 06/09/1973.

19 sept. 2010

Tu verras des films, mon fils | #6 | HIC - DE CRIMES EN CRIMES

Ami lecteur, désolé de t'avoir fait faux bond dimanche dernier en ne te livrant pas ton épisode hebdomadaire de cette série dont on parle déjà dans le monde entier.

« Tu vois, Junior, ta mère et moi nous sommes rencontrés grâce à notre amour commun du cinéma, de l'écriture, du débat et de l'ouverture. Mais on ne peut pas tout à fait dire que ce sont nos goûts qui nous ont rapprochés. Oh, bien sûr, de Vincent Gallo à Gaspar Noé, nous partageons évidemment quelques passions qui nous permettent de temps à autres de tomber d'accord et de vivre dans l'harmonie la plus paisible ; mais, le plus souvent, nous nous écharpons autour des derniers films vus, ou de nos opinions très divergentes sur Sam Mendes, Wong Kar-Waï ou le cinéma d'auteur français. Nos différends ne s'arrêtent pas là, puisque nous sommes régulièrement pris dans des querelles de chapelle dont nous ne sortirons jamais. C'est à la fois une bonne chose - car nous aurons toujours de quoi débattre - et une mauvaise - car nous finirons par ressembler à de vieux radoteurs plus cyniques que cinéphiles. Pour résumer, et même si elle risque de pousser des hauts cris en apprenant que je t'ai présenté les choses de cette manière, ta mère est une vilaine sectaire qui refuse d'entendre parler de films provenant d'une zone géographique globalement située dans le triangle Oslo - Tirana - Moscou.

Vois-tu, elle a tendance à définir cette zone comme une sorte de Tiers-Monde du septième art, un périmètre dans lequel le cinéma répond forcément au cahier des charges suivant : image crasseuse, bande originale à base de violon mal accordé, personnages à choisir parmi des travailleurs sociaux cancéreux, des enfants de cinq ans rongés par la gangrène ou des prostituées de campagne pratiquant leur activité à l'arrière de tracteurs même pas aux normes. Pour dire à quel point elle est sectaire, elle regroupe toutes les productions d'Europe de l'Est sous l'appellation « films kurdes ». Et se fiche de moi dès que j'entreprends d'aller voir un film roumain, serbe ou turc. Ta mère courrait sans doute voir les mêmes oeuvres si elles provenaient du Japon ou de Corée du Sud, mais elle a en elle cette sorte de snobisme qui la pousse à mépriser ses voisins européens tout autant que ceux qu'elle qualifie avec dédain de "provinciaux" - soit toute personne n'habitant pas Paris intra muros.

Oui mais voilà, Junior : je refuse que ta cinéphilie s'arrête à Sono Sion et Pen-ek Ratanaruang, cinéaste que tu dois découvrir mais qui ne sont pas les seuls à avoir un regard différent sur le monde. Plus près de chez nous, dans des contrées dont ta chère maman connaît à peine l'existence, il existe aussi des artistes capables de te chatouiller les neurones et de t'ouvrir à d'autres horizons. Je prends pour exemple Györgi Pálfi, réalisateur hongrois de très grand talent, dont tu verras l'incroyable Taxidermie en temps voulu. Mais pas tout de suite : je n'ai pas envie que ton enfance soit ponctuée de cauchemars pleins d'affreux obèses, de vomi, de boyaux, de quéquettes lance-flammes. En revanche, je serais ravi de te montrer dès ton plus jeune âge un film nommé Hic, ou Hukkle en hongrois, l'occasion d'apprendre quelle est l'interjection employée pour décrire le hoquet dans ce pays dont la capitale est... est... est... Budapest, bien joué. Bucarest, c'est en Roumanie.




Je sais, je sais : tu ne parles pas hongrois, tu refuses de voir des films sous-titrés avant d'avoir appris à lire, et tu as appris de tes chers parents qu'il fallait éviter au maximum les films en version française, principalement s'ils émanent de contrées obscures où l'accent et le phrasé revêtent une importance capitale. Mais ne t'inquiète pas, junior : Hic, sous-titré un peu abusivement De crimes en crimes, est un film muet. Non, ne t'enfuis pas en courant, muet ne veut pas dire ennuyeux : tu le découvriras aussi en piochant dans les quelques Chaplin qui composent la modeste dévédéthèque familiale. Hic est muet, mais pas dépourvu de sonorités, au contraire : c'est même un film extrêmement bruyant. Le principe est simple et pourrait bien te rappeler quelques-uns des livres d'éveil achetés par nous-mêmes ou par tes grands-parents, soucieux de ton ouverture au monde, laquelle se fait évidemment par l'apprentissage fondamental des différents cris d'animaux. Eh bien dans Hic, figure-toi que personne ne parle mais que chaque animal, chaque objet, chaque lieu a son bruit ou ses bruits caractéristiques, le tout se mêlant au gré d'un gigantesque orchestre de sonorités qui titillent les tympans et en disent parfois plus que bien des discours. Un vieux monsieur qui a le hoquet, un ragoût qui fristouille, un feu qui crépite, des cochons qui grognent, une porte de poulailler qui grince... Pour toi qui risque de ne pas prononcer un mot avant quelques mois - les bébés sont comme ça, ils ne parlent à personne tant qu'on n'a pas énormément insisté -, cela pourrait être instructif et rassurant. Je pense que nous pourrions beaucoup nous amuser avec ce film, même si ta mère risque de lever les yeux au ciel en maudissant le ciel de lui avoir apporté un amoureux aimant les « films kurdes ».

Je vais te dire un truc, Junior : j'imagine bien ta mère s'asseoir finalement avec nous devant ce film ayant le mérite d'être court, et tomber elle aussi sous le charme un peu étrange de cette symphonie cinématographique et auditive qui, l'air de rien, raconte quelque chose. Car figure-toi qu'au coeur du film de Pálfi se cache une mystérieuse affaire policière qui sera résolue comme le reste, c'est-à-dire sans que le moindre mot soit prononcé, mais juste à l'aide de quelques indices sonores. Ça m'amuserait beaucoup que Hic devienne un de tes films de chevet, et que tu en reparles à tes amis dans un quart de siècle, évoquant les étranges goûts de ton père qui préférait régulièrement voir des films avec des cris de porcs plutôt que d'aller mater du blockbuster comme tout le monde. Mais je ne te forcerai pas, mon fils : peut-être seras-tu un bête adorateur de Jerry Bruckheimer et Luc Besson, raillant ton stupide géniteur et ses films ringards. Si c'est le cas, j'aurai tout de même le léger sentiment d'avoir raté ton éducation. »


Hic - de crimes en crimes (Hukkle) de György Pálfi. 1h15. Sortie : 01/10/2003.

5 sept. 2010

Tu verras des films, mon fils | #5 | KENNEDY ET MOI

Ami lecteur, je ne sais pas comment tu fais pour ignorer l'existence de cette rubrique, mais merci de te mettre un peu à jour. Bisous.

« Tu vois, Junior, je voudrais te parler aujourd'hui d'un droit fondamental, un droit trop souvent méprisé, figurant très rarement dans les grands textes des philosophes humanistes : le droit à la mauvaise humeur. Je revendique haut et fort le droit de ne pas sourire béatement même lorsqu'il fait grand soleil, de trouver parfaitement insupportables certaines personnes dont le seul but est de faire preuve de gentillesse, de traiter de tous les noms tout objet récalcitrant ou tout meuble m'ayant volontairement défoncé le petit doigt de pied. Je suis actuellement très heureux, j'attends ton arrivée avec une joie mal contenue, mais rien ne m'oblige pour autant à jouer les ravis de la crèche et à me comporter dans la vie comme un enfant dans un parc d'attractions. Écraser les autres avec son propre bonheur est franchement malpoli.

Sur ce point, mon modèle se nomme Jean-Pierre Bacri. Pris en exemple dès qu'il s'agit de citer quelqu'un qui « fait la gueule », il paraît qu'en coulisses c'est un type parfaitement affable, qui se réserve juste la possibilité de râler si quelque chose ne lui plaît pas, et ce même si tout le reste est absolument parfait. Je pense que Bacri a dû beaucoup s'amuser sur le plateau de Kennedy et moi, premier et meilleur film de Sam Karmann : il y incarne Simon Polaris, écrivain déprimé par sa vie de famille un peu ratée et son rapport de plus en plus dépassionné avec les choses de la vie. Si Polaris fait la tronche, c'est généralement pour que personne n'aie le cran de venir le déranger pendant qu'il décortique son quotidien et celui des siens avec un réalisme impitoyable et désabusé. Ce type-là ne déteste pas l'espèce humaine, au contraire ; il l'aime tellement qu'il regrette amèrement de la voir s'abîmer à ce point dans une succession de conventions et de phrases toutes faites. Que sa fille, future dentiste, s'exprime déjà comme une septuagénaire, lui fait légèrement mal au coeur. Qu'elle s'apprête à se fiancer avec un type encore plus ennuyeux qu'elle est sans doute pire que tout. Polaris est déçu : déçu par ses enfants, déçu par ses relations, déçu par lui-même. Un autre droit fondamental, qui s'applique aussi au domaine de la critique cinéma en dépit de ce que peuvent dire les bien-pensants de tous poils : il est important de cultiver son droit à la déception. Un homme bien déçu est un homme qui nourrissait beaucoup d'ambition. Quelqu'un qui n'est jamais frappé par la déception est soit totalement dépourvu d'esprit critique - et c'est affreux -, soit tellement pas exigeant qu'il ne mérite pas de vivre.

Junior, en voyant Kennedy et moi, j'aimerais que tu comprennes plusieurs choses. Tout d'abord, tu es tout à fait autorisé à penser beaucoup de mal de certaines personnes que tu rencontreras, de certains films que tu verras, de certaines expériences que tu feras. C'est tout à fait sain et ça permet d'être d'autant plus enthousiaste avec les gens et les choses que tu apprécieras vraiment. Ensuite, que faire un peu la gueule de temps en temps est un excellent moyen d'entrer en communion avec soi-même, et qu'à condition de ne pas en abuser cela ne fera pas de toi un sale con. Enfin, pour clore cette liste non exhaustive, qu'être un rien taciturne n'empêche pas d'avoir des sentiments. Tu le réaliseras lorsque tu verras Polaris observer du coin de l'oeil Anna, sa femme, qu'il continue à aimer et désirer malgré un éloignement croissant. C'est là où je voudrais que tu prennes légèrement tes distances avec le personnage : il vit jour après jour avec l'incontestable amour de sa vie, mais la laisse pourtant s'éloigner et coucher avec le premier crétin venu, un ORL complètement pleutre. Si tu as la chance de rencontrer un jour la personne de tes rêves, ne t'avise surtout pas de la laisser filer par fierté ou par fainéantise. Il faut l'aimer activement, tenter de faire son bonheur, ne pas subir le quotidien mais le rendre aussi plaisant que possible. Simon a beaucoup de chance qu'Anna n'ait pas déjà claqué la porte et lui laisse plus ou moins consciemment une seconde chance. Toutes les femmes ne sont pas aussi tolérantes, tous les scénarios ne sont pas aussi ouverts.






Comme le très bon roman de Jean-Paul Dubois, que Karmann a fidèlement adapté en changeant simplement le prénom du héros - s'appeler Sam et écrire sur un Samuel l'aurait-il gêné ? -, Kennedy et moi est le cri du coeur de ceux qui ne supportent pas les flagorneurs, les cabots et les vantards. Polaris est un peu le porte-parole de ceux qui considèrent que la vie est trop courte pour se laisser emmerder par une armée de faux intellectuels, de pseudo-experts et de gens bien coiffés, bien polis, mais désespérément ennuyeux. Futur gendre dont les dents rayent le parquet, dentiste un peu trop sûr de sa réputation, vieux beau alignant les mots d'auteur inappropriés (« Water, water everywhere, and not a drop to drink ») : tous méritent d'être mordus sauvagement ou ramenés à leur consternante médiocrité. Junior, j'espère que tu auras la grande gueule nécessaire pour faire comprendre aux gens stupidement arrogants que tu croiseras qu'ils feraient mieux de la boucler, comme ça, juste pour voir.

Je vais te dire un truc, Junior : le risque avec la méthode Polaris, c'est de ne pas avoir le talent nécessaire pour être suffisamment cinglant avec ceux qui le méritent, et de n'hésiter qu'entre tiédeur et excès. Il te faudra travailler tout cela, apprendre de tes erreurs, mais ne jamais cesser d'aiguiser ton esprit critique. Je vois également un autre danger dans cette façon de faire : à force de pointer les défauts et aberrations qui caractérisent certaines personnes qui t'entourent, il ne faudrait pas que tu oublies de faire régulièrement le point sur toi-même et de te demander si tu es quelqu'un de bien, si ta vie correspond à ce que tu voulais en faire, et si tu aimes suffisamment ceux et celles qui le méritent. Ça me ferait quand même chier que tu sois un être uniquement aigri, pétri de certitudes, sans aucun recul sur la propre condition. Sois un Jean-Pierre Bacri, pas un Laurent Gerra. Merci d'avance. »



Kennedy et moi de Sam Karmann. 1h26. Sortie : 22/12/1999.

29 août 2010

Tu verras des films, mon fils | #4 | JURASSIC PARK

Bon, ami lecteur, si tu n'as jamais entendu parler de cette rubrique, et c'est la dernière fois que je te le dis, tu ferais mieux d'aller voir là-bas si j'y suis.

« Tu vois, Junior, j'ai moi aussi été un enfant. Enfin, disons que moi aussi j'ai eu tour à tour 1 jour, 1 mois, 1 an, 10 ans et demi et j'en passe. Parce qu'intérieurement, je crois que j'ai toujours été vieux. Le premier film que je me souviens avoir vu avec mon papa, et c'est véridique, c'est Quatre aventures de Reinette et Mirabelle d'Éric Rohmer, un après-midi de pluie sur une VHS fraîchement louée.

Parenthèse explicative. Premièrement, Éric Rohmer est un réalisateur très connu en France et disparu récemment. Ses films parlaient d'amour, et ses personnages parlaient bizarrement. Tu te feras ta propre opinion quand tu seras grand. Deuxièmement, une VHS, encore appelée cassette vidéo, c'est une sorte de gros pavé noir qu'on insérait dans une grosse boîte nommée magnétoscope à l'époque où messieurs Dévédé et Blouray n'avaient pas encore mis leurs inventions sur le marché. Figure-toi qu'en fin de film, il fallait faire retour rapide afin de remettre la VHS au début, sous peine de se faire enguirlander par les gérants de vidéo-clubs. Ce qui nous amène au troisième point : louer une VHS dans un vidéo-club, ça signifie emprunter le film qu'on veut voir en échange de quelques euros et aller le rendre le lendemain. Oui, à l'époque, pour voir des films chez soi, il fallait payer ET se déplacer. Je sais, ça te dépasse.

Revenons à nos moutons : je disais donc que je n'avais jamais été un enfant. C'est vrai que je n'ai jamais été un grand mangeur de bonbons et que la lecture m'a toujours plus intéressé que les jeux de garçons. Mais si cela peut te rassurer - et ta mère par la même occasion -, il m'est tout de même arrivé d'adopter des comportements d'enfant dit normal et d'en conserver aujourd'hui encore quelques réminiscences. À ce titre, j'avoue mon amour immodéré et éternel pour Jurassic Park, qui est à mon sens le meilleur film du gentil mais surestimé Steven Spielberg - ne dis pas des choses comme ça en public, tu pourrais te faire casser la gueule. Il y a tout, là-dedans : des dinosaures qui fichent la trouille, un milliard de leçons de mise en scène, des acteurs qui donnent envie d'être d'acteurs... Bon, il y a aussi Laura Dern, certes. Mais elle mange du Jell-O avec une cuillère en plastique, et ça c'est vraiment trop la classe.

Je me souviens qu'à la sortie du film, ton cher tonton - âgé de 5 ans et demi à l'époque - avait harcelé ton cher grand-père pour qu'il daigne l'emmener avec lui au cinéma. Refus évident de mon cher papa : pour un film interdit aux moins de 12 ans, c'était un peu jeune. Faut dire qu'il y a des spectacles plus recommandables que celui d'un type s'asseyant sur les toilettes pour finir coupé en deux par les dents tranchantes d'un tyrannosaure. Au grand désarroi de mon pauvre frère, qui aimait tant ces gentilles petites bêtes, les connaissait par coeur et collectionnait sagement les fascicules des éditions Atlas qui lui offraient chaque semaine un splendide os de dino pour monter peu à peu un squelette de T-Rex en plastoc... Mais non, vraiment, Jurassic Park est un film trop violent, et tu attendras sagement d'avoir l'âge légal - ou au moins une dizaine d'années - avant de voir cette pauvre chèvre réduite en lambeaux par une horde de bestioles affamées. Triste spectacle, même lorsqu'on ne s'appelle pas Allain Bougrain-Dubourg.






Je me rappelle aussi que certains de mes copains de CM1 s'étaient vantés d'avoir pu voir le film grâce à des parents permissifs. Au lieu d'éprouver de la jalousie, j'aurais dû leur rire au nez et réaliser qu'ils n'étaient que de gros mythomanes qu'aucun caissier du cinéma Le Carillon de Saint-Quentin - transformé aujourd'hui en centre commercial pour greluches - n'aurait laissé entrer dans la salle. À chaque récréation, on les écoutait raconter des scènes prétendument terrifiantes qui ne figurent évidemment pas dans le film. Et heureusement, car Spielberg, David Koepp et ce salopard de Michael Crichton se sont montrés bien plus créatifs que mes camarades de classe, qui ne parlaient que de corps déchiquetés et de gros monstres de trente mille pieds de haut.

Non, mon grand, Jurassic Park c'est beaucoup plus que ça. C'est une réflexion angoissée sur la place de l'homme face à la science. Et c'est un prodigieux tour de montagnes russes, qui crée des temps morts apparemment sympathiques pour mieux faire redémarrer l'effroi, comme dans cette scène où les deux enfants se trouvent pris au piège dans la cuisine de l'un des restaurants du parc. Ça ne m'aurait pas gêné que la fille se fasse bouffer, au final : avec ses grands yeux éberlués et insupportables, elle finissait par ressembler pour moi à un gigantesque punching-ball n'attendant que d'être atomisé. Ne t'inquiète pas, Junior : je n'ai pas l'habitude de frapper les femmes, et je n'ai pas changé d'avis en voyant The killer inside me. C'est juste que j'éprouve parfois quelques difficultés à supporter les prestations crétines des enfants acteurs, qui ouvrent des yeux ronds comme des billes de façon terriblement scolaire en espérant que leurs parents, qui leur servent de coach et d'agent, les prennent dans leurs bras à la fin de la prise pour leur dire combien ils sont merveilleux. Si tu veux devenir acteur, Junior, et seulement si tu le veux vraiment, tu auras mon appui. Mais compte sur moi pour t'empêcher de faire partie de ces mouflets faussement prodiges qui se la jouent pendant deux ou trois films avant de sombrer dans la dope dès qu'ils réalisent que leurs parents leur ont menti sur leurs capacités pas si élevées.

Je vais te dire un truc, Junior : j'aimerais qu'en voyant Jurassic Park, tu en conclues par toi-même qu'être un enfant c'est bien, mais que ça ne dure qu'un temps. Qu'on ne doit pas jouer les dieux de pacotille et utiliser un monde disparu pour créer son parc d'attractions personnel et assouvir ainsi une lubie d'enfant gâté. Qu'un jeune acteur qui émerveille les foules à 10 ans ne sera pas forcément le grand comédien de demain. Et que les amoureux des dinosaures en culottes courtes finissent par laisser leur passion de côté - ou par devenir paléontologues. Junior, je te souhaite d'être un vrai enfant, pas comme moi qui fus un gamin si ennuyeux, mais je te souhaite aussi de réaliser en temps voulu que ton glissement vers l'âge adulte est inéluctable. Rassure-toi cependant : j'ai 26 ans et demi de plus que toi, mais je continue à prendre un plaisir enfantin devant ce film immortel qu'est Jurassic Park. »



Jurassic Park de Steven Spielberg. 2h02. Sortie : 20/10/1993.

22 août 2010

Tu verras des films, mon fils | #3 | LES LOIS DE L'ATTRACTION

Ami lecteur, si tu n'es toujours pas courant de l'actualité robgordonienne, sors de ta grotte et mets-toi à jour.

« Tu vois, Junior, je sens arriver le jour où, le bac en poche - avec félicitations du jury, sinon je te déshérite -, tu quitteras le splendide appartement parisien de tes chers parents pour aller t'installer dans un studio plus ou moins miteux et y entreprendre de longues et coûteuses études. Ne t'inquiète pas, ta mère et moi avons tout prévu : dès aujourd'hui, à chaque grossièreté prononcée, nous mettons un euro dans une tirelire-cochon dont le contenu sera ensuite transféré sur un compte bloqué. D'ici 2029, nous devrions donc disposer d'environ 30.000 euros destinés à financer tes années de fac, de classe préparatoire ou d'école de je ne sais quoi, ainsi que tes loyers mensuels. En revanche, et je serai inflexible, il est hors de question que nous continuions à te fournir un argent de poche suffisant pour que tu puisses te la couler douce et passer tes fins de semaines ou davantage à dilapider la fortune familiale en pintes de Guinness et en shooters d'Absolut - oui, tes géniteurs auront pris le temps de t'expliquer ce qui est vraiment bon. Tu devras donc effectuer un choix crucial entre une vie de paix intérieure et de culture à bas prix - je veux bien financer ta carte UGC et autres pass culturels - et une existence débridée mais exténuante, puisque tu seras contraint de te trouver un boulot ingrat pour financer tes beuveries. À toi de choisir, Junior. Réfléchis bien.

En tout cas, il est tout bonnement inconcevable que tu ressembles un jour aux personnages des Lois de l'attraction, jeunes types tellement friqués que ça en devient moche. Le problème n'est pas tant leur oisiveté insouciante que leur stupéfiante propension à être persuadés de valoir mieux que le reste de l'humanité, simplement parce qu'ils ont de plutôt belles gueules et les moyens de se défoncer sans s'inquiéter pour leurs finances. Mieux vaut que tu l'apprennes tout de suite, Junior : la vie n'est pas un open bar permanent, sauf pour une poignée de privilégiés qui ont certes l'avantage de pouvoir exaucer leurs propres 36.000 volontés en un claquement de doigts, mais sont si peu en contact avec la réalité de leur monde que j'ai presque envie de les plaindre. Non mais regarde un peu ces types : ils rodent dans les campus comme des spectres, le sourcil arrogant et le torse en avant, fiers de leurs pectoraux fraîchement formés. Ce ne sont en fait que des sommets de vacuité, capables certes de tenir quelques conversations, mais inaptes à évoluer dans un autre univers que celui de la superficialité. Ils boivent des bières, ont des bangs dans leurs chambres d'étudiants, et vont en soirée pour tringler des gonzesses au moins aussi paumées qu'eux. Junior, ne te méprends pas : je ne souhaite aucunement que tu entres dans les ordres et je te souhaite de beaux moments arrosés et de chouettes parties de jambes en l'air. Mais fais-moi le plaisir de faire ça proprement, sans avoir l'impression de baiser l'humanité toute entière dès que tu ramènes une gonzesse dans ta piaule.





Un peu de respect, que diable : je serais profondément triste que tu puisses ressembler, même l'espace de quelques heures, aux affreux types qui se tapent Lauren Hynde dans le film de Roger Avary. Quand on rencontre une fille qui ressemble à Shannyn Sossamon, on a au moins la classe de la séduire correctement, voire de lui faire la cour pendant de longues semaines si la demoiselle résiste. On ne lui sert pas un baratin moisi sur sa vision du cinéma avant de la ramener dans sa chambre et de la filmer en train de se faire culbuter par son colocataire. Surtout si la jeune femme en question est encore vierge - certes, ça n'est pas écrit sur son front - et que le coloc en question est si bourré qu'il finit par lui vomir dessus au moment de l'orgasme. Je ne dirais même pas que c'est beauf, parce que le beauf a souvent un côté sympa, une simplicité d'esprit qui fait qu'on l'excuse rapidement d'être ce qu'il est. Il n'y a pas de mots pour cette catégorie de gens qui se croient autorisés à souiller la terre entière sous prétexte qu'ils sont jeunes et qu'ils leur faut en profiter tant qu'il est encore temps. Desproges détestait ces jeunes-là, et il avait bien raison.

Je vais te dire un truc, Junior : les mecs présentés dans Les lois de l'attraction ne me font pas rêver une seconde, et aucun ne doit te servir de modèle. Franchement, qui peut avoir envie de ressembler à cette andouille cosmique de James van der Beek, qui fronce les sourcils pour se donner l'air méchant sans parvenir à faire oublier qu'il a une tête de Goofy ? Qui peut bien rêver d'avoir la tronche de Ian Somerhalder, endive absolue dont les jolis yeux bleux de minet et le corps un peu gaulé ne font pas tout ? Personne. À la rigueur, je préfère que tu sois une sorte de Victor, joué par Kip Pardue dans le film : si tu as la possibilité d'effectuer le même genre de road trips que lui et de les raconter avec les mêmes fulgurances de style comme dans la vidéo ci-dessous, alors c'est que tu as de quoi devenir un grand cinéaste ou écrivain. Si quelques années de débauche te permettent de développer ta personnalité et de devenir un artiste singulier, avec des bollocks et des choses à raconter, je vois mal comment ta mère et moi pourrions t'en vouloir. Je ne te rêve pas particulièrement en avocat au barreau de Paris ou en médecin pour grands brûlés : j'aimerais que tu trouves ta voie, et tout se jouera sans doute au moment de ta majorité. Tout ce que je demande, et tant pis si je me répète ou si mes propos te font penser à un mauvais morceau d'un mauvais groupe de reggae, c'est de respecter ceux qui le méritent et donc de te respecter toi-même. Te voir arriver à l'âge adulte en ayant accumulé de l'expérience mais pas sali ton honneur serait le plus beau des cadeaux. En attendant, Junior, commence par respecter tes chers parents en buvant sagement tes biberons et en faisant tes nuits dès ta naissance. Merci d'avance. »






Les lois de l'attraction de Roger Avary. 1h50. Sortie : 12/03/2003.

15 août 2010

Tu verras des films, mon fils | #2 | HARRY, UN AMI QUI VOUS VEUT DU BIEN

Ami lecteur, si tu es en retard, il te faut jeter un oeil aux origines de cette série.

« Tu vois, Junior, j'aimerais pouvoir t'affirmer que la famille est le ciment de ta vie, qu'elle permet de te construire et de trouver qui tu es. Oh, bien sûr, c'est en partie vrai, mais tu croiseras sur ta route un certain nombre de personnes en total désaccord avec ce principe. Elles te diront que le cercle familial n'est qu'un frein à ton épanouissement personnel et le moteur de bien des frustrations. Écoute-les, Junior, nourris-toi de leurs points de vue, mais prends bien garde à ne pas te laisser aveugler par leur conception de la vie. Ces gens voient leur existence comme une course à l'efficacité et ne veulent pas risquer que qui que ce soit puisse leur barrer la route au nom de prétendus liens du sang. J'aimerais que tu n'oublies pas que l'important n'est pas d'arriver, mais d'avoir bien voyagé.

Mais bref, je m'égare. Junior, quand tu auras suffisamment vieilli, à une époque où les biberons et les couches ne seront déjà plus qu'un lointain souvenir, j'aimerais que nous regardions ensemble Harry, un ami qui vous veut du bien. D'abord, certes, parce qu'il s'agit de l'un des mes films fétiches - contrairement à Bébé part en vadrouille, oui -, mais aussi parce que le film de Dominik Moll peut t'aider à décider quels rapports tu souhaites entretenir avec les tiens.

Une chose est sûre : si tu deviens comme Éric, le frère cadet joué par Michel Fau dans le film, je te mets dans un sac en toile de jute et je te balance dans la Seine. Ce type méprisant, ingrat, au look ringard de biker centriste, se moque du poème jadis écrit par son frère Michel (Le grand poignard en peau de nuit*), se fiche de la mort de ses proches comme de sa première culotte... Je hais ce genre de mec qui toise sa famille d'un regard totalement dédaigneux, alors que depuis toujours il en est le fardeau, le boulet, une véritable aberration génétique et éducationnelle. Junior, ta mère et moi ne pouvons déjà plus rien pour tes chromosomes, alors nous nous contenterons modestement d'essayer d'éviter que tu deviennes une grosse sangsue ingrate. Ne nous remercie pas.

Je préfèrerais encore que tu ressembles à Harold Ballesteros, Harry pour les intimes. Pas physiquement, hein : si l'on reparle un peu de génétique, il y a assez peu de chances pour que tu aies le teint ibérique et le torse velu - mais sait-on jamais. Non, je pensais plutôt à la personnalité du monsieur, qui a choisi de n'avoir aucune attache dans la vie : ni enfants, ni relations familiales, juste une petite amie qu'on imagine jetable, une grosse bagnole avec air conditionné et des projets aussi plaisants qu'éphémères. Harry pense que c'est comme ça qu'on avance et qu'on se fait plaisir. Je vais te dire une chose, Junior : si tu décides un jour de te couper de moi parce que c'est la condition sine qua non poiur vivre la vie dont tu rêves, je suis prêt à l'accepter. Je sombrerai sans doute dans la dépression, comme ces gens vieillissants qui réalisent qu'ils n'auront jamais de petits-enfants, ou en tout cas qu'ils ne les connaîtront pas. Il faut cependant que tu aies conscience d'une différence majeure entre Harry et toi : s'il a la chance d'être pété de thunes, je ne suis pas certain de gagner au Loto d'ici ta majorité. Harry semble oublier que sa richesse est une chance et qu'elle lui permet de mener son existence exactement comme il l'entend ; avec moins de pognon, il te faudra beaucoup plus d'imagination pour parvenir à être heureux. Et c'est tant mieux.


Je vais te dire un truc, Junior : le plus sain serait que tu deviennes comme Michel, pas forcément avec la même coupe que Laurent Lucas dans le film, mais en tout cas avec la même envie de rendre heureuses ta femme et tes filles. Rassure-toi, mon grand : ta mère et moi ne sommes pas comme ses parents, et nous ne te ferons jamais une surprise aussi bizarre que te faire installer une salle de bain moderne dans la vieille bâtisse que tu es en train de retaper. Deux raisons à cela : premièrement, la salle de bain du film est rose, et jamais nous ne commettrions cette terrible erreur ; deuxièmement, tu seras élevé comme un sale parisien, et je ne suis pas sûr que tu aies envie de passer tes années de trentenaire à faire des travaux de toutes sortes dans une bicoque que tu auras achetée avec tes économies. Remarque, on ne sait jamais.

Michel se met en quatre pour le bien de sa famille. Il souffre un peu mais sait pourquoi, et c'est beau. C'est quelqu'un d'admirable, et je sais que tu seras quelqu'un d'aussi bien que lui. À ta façon, évidemment : loin de moi l'idée de vouloir te mettre dans un moule. En revanche, et c'est là que tu devras être vigilant, j'aimerais que tu rencontres une fois dans ta vie quelqu'un d'aussi radical que Harry, qui stimule ta créativité et t'encourage à ne jamais lâcher tes velléités artistiques - car tu en auras, c'est certain. Que tu écrives sur les singes volants, les oeufs ou tout autre sujet, que tu choisisses un art ou un autre, j'aimerais que tu t'épanouisses, pour toi-même et pour les autres. Il y a à prendre et à laisser chez Harry, et je te fais confiance pour avoir suffisamment de discernement pour n'en garder que les bons enseignements. Mais méfie-toi quand même, Junior : si, comme Michel, tu te mets à conduire un gros 4x4, je risque de ressortir le sac en toile de jute et tu sais où tout ça se finira. »

*Il s’est approché lentement
Avec son grand poignard en peau de nuit
Il a pris, il a pris tout son temps
Avec son grand poignard en peau d’ennui
Il a reniflé dans le vent
Avec son grand sourire de trop de nuit
Il a souri de toutes ses dents
Pour laisser t’approcher lentement
Il a pris tout, tout son temps
De son flanc a délogé une lame de fer
Avec son grand couteau en peau de fer
Il s’est mis à tuer le temps
Il avait froid dans ses grands vents
Il avait de la poule à chair
Il était nu, nu comme un ver
Avec sa lame en peau de fer
Avec son grand couteau de nuit
Il ne savait vraiment pas quoi faire
Il faisait froid, il est parti.
(écrit en fait par Francis Villain)




Harry, un ami qui vous veut du bien de Dominik Moll. 1h57. Sortie : 15/08/2000.

8 août 2010

Tu verras des films, mon fils | #1 | BÉBÉ PART EN VADROUILLE

Ami lecteur, si cela n'est pas encore fait, une brève lecture de l'avant-propos s'impose.

« Tu vois, Junior, je vais peut-être me griller d'entrée auprès de ceux qui me trouvent encore crédible, mais je pense qu'il est fondamental que nous regardions ensemble Bébé part en Vadrouille. J'imagine que le jeune inculte que tu es n'a jamais entendu parler du film réalisé par Patrick Read Johnson et écrit par John Hughes. Oui, John Hughes, l'auteur de Maman j'ai raté l'avion - que tu verras dans quelques années - et Breakfast club - que tu verras encore un peu plus tard. Il s'agit de l'histoire d'un bébé surnommé Baby Bink - oui, drôle de sobriquet, mais en vrai le môme s'appelle Bennington - qui va mener la vie dure aux vilains malfrats qui l'ont enlevé afin d'extorquer à ses richissimes parents une rançon non négligeable.

Junior, la raison pour laquelle je voudrais que tu voies ce film n'a rien à voir avec sa (hum) qualité ou un quelconque motif cinématographique. Non, Junior, la vérité est plus simple : Bébé part en vadrouille ressemble à un catalogue de tout ce qu'il ne faut pas faire quand on est un bébé et qu'on habite dans une grande ville. Le petit parigot tête de veau que tu es ne peut pas ignorer quelques règles de sécurité absolument fondamentales. Commençons.

Par exemple, on ne grimpe pas tout seul sur le toit d'un immeuble parce qu'il y a de jolis pigeons. Il faut savoir avant tout que les pigeons n'ont rien de joli : ce sont d'immondes bestioles franchement cradingues qui t'observent d'un oeil vitreux et propagent des maladies dégueulasses comme le coryza, la variole, la diphtérie et autres joyeusetés. Oui, depuis que j'ai appris ton arrivée prochaine, je fréquente beaucoup les clubs de colombophilie. Note aussi que je déconseille tous les toits d'immeubles, qu'ils soient fréquentés ou non par des volatiles : tu risques de te salir les genoux ou de t'écraser sur le trottoir après une chute libre de 15 étages.



Autre chose : je veux bien que tu prennes rapidement ton indépendance, mais faudrait voir à ne pas trop exagérer quand même. Donc, jusqu'à ce que ta mère et moi en donnions l'autorisation, on ne prend pas l'ascenseur tout seul, ni l'autobus, ni le taxi. Et si malgré tout tu choisis de désobéir, mets au moins ta ceinture de sécurité, ça peut servir. La bouillie de bébé projetée sur le pare-brise avant, très peu pour moi. À ce propos, fais-moi plaisir quand tu descends du véhicule : ne passe pas SOUS la voiture pour accéder à la route. Et d'ailleurs, n'accède pas à la route tout seul, nom d'un chien ! Tu es légèrement trop jeune pour traverser tout seul une grande avenue bourrée de voitures, surtout si tu le fais en dehors des clous. Ce Bébé Bink n'est pas un bon exemple, je te le dis. Ce gamin a le cul bordé de nouilles. C'est le problème avec le cinéma, et tu l'apprendras bien assez tôt : les personnages font parfois des choses incroyables - ou incroyablement stupides - et le spectateur est tenté de faire pareil. Sauf que ça se passe toujours moins bien dans la vraie vie.

Quand tu auras un peu grandi mais pas trop, je t'emmènerai au zoo. Tu seras gentil de ne pas faire comme ce crétin de héros en culotte courte et de ne pas pénétrer dans la cage du gorille ou dans le tunnel du lapin rose. Même si des méchants sont à tes trousses, ce sont des comportements parfaitement crétins qu'il convient d'éviter. Si tu trouves un briquet, pas touche. Je doute que tu comprennes comment t'en servir - mais je me méfie des briquets électroniques -, mais de toute façon, c'est strictement interdit aux bébés. Même si ton but plus ou moins volontaire est de faire griller les testicules des personnes qui te veulent du mal. C'est futé mais ça ne se fait pas, surtout en public.

Enfin, et je ne le répèterai pas, les entrepôts de sidérurgie et les échafaudages en tous genres sont à proscrire. On ne fait pas le zouave sur une poutre suspendue à plusieurs dizaines de mètres du sol, c'est un principe tellement idiot qu'aucun instituteur - pardon, professeur des écoles - n'aura même l'idée de te l'inculquer.

Je vais te dire un truc, Junior : ce bébé est tellement pourri gâté, tellement choyé par sa nanny et délaissé par ses parents, qu'il en est devenu complètement débile avant même de devenir ado. Ne t'avise surtout pas de le prendre pour modèle, tu risquerais de t'en mordre les doigts et de finir en charpie un jour ou l'autre. »



Bébé part en vadrouille (Baby's day out) de Patrick Read Johnson. 1h39. Sortie : 26/10/1994.

7 août 2010

Tu verras des films, ma fille

Un jour vous êtes dans une voiture avec la femme que vous aimez, et vous apprenez que vous êtes enceint. Un truc dans ce goût-là. Vous réalisez peu à peu que dans un peu moins de 9 mois, vous serez papa. Ivre de bonheur, vous songez au bien-être de celle qui partage votre vie, à toutes les préparatifs nécessaires, aux premiers préceptes d'éducation que vous comptez mettre en place. Puis vous vous rappelez que vous êtes un peu cinéphile et très cinéphage sur les bords, et qu'il serait de bon ton que votre descendance se mette au plus vite à goûter les joies du septième art. Vous décidez de vous lancer dans la mise en place d'une liste regroupant toutes sortes de films : chefs d'oeuvre ou navets, l'important est qu'ils apprennent au futur arrivant quelque chose sur lui-même, sur ses parents ou sur le cinéma en général.
Quelques temps plus tard, vous apprenez que le tétard qui grossit de jour en jour a de très fortes chances d'être un garçon [sauf que...], vous lui achetez un pyjama Superman chez H&M, et vous vous installez devant votre clavier afin de commencer à prodiguer vos conseils à Junior*, chef d'oeuvre annoncé pour la fin du mois de janvier 2011.
À demain pour le premier épisode de notre grande série Tu verras des films, mon fils (devenue depuis Tu verras des films, ma fille pour des raisons techniques).

*Déjà choisi, le véritable prénom est tenu secret afin de ne pas subir des « oh c'est moche » et autres réflexions désobligeantes et décourageantes.



[Mise à jour]


#1 | Bébé part en vadrouille

#2 | Harry, un ami qui vous veut du bien

#3 | Les lois de l'attraction

#4 | Jurassic Park

#5 | Kennedy et moi

#6 | Hic - De crimes en crimes

#7 | Le grand bazar

#8 | Boys don't cry

#9 | High fidelity
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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