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28 avr. 2008

LA ZONA, PROPRIÉTÉ PRIVÉE

Toutes proportions gardées, c'est le succès surprise du moment. Forcément, c'est relatif, puisque La zona a enregistré 190 fois moins de spectateurs que Bienvenue chez les ch'tis. On fait ce qu'on peut. Plus sérieusement, on comprend pourquoi le film de Rodrigo Plá a trouvé son public : il s'agit d'un premier film très maîtrisé, entre drame et thriller, une sorte de Chiens de paille version soft qui ne néglige ni son histoire ni un propos déjà entendu mais plutôt bien vu.
La zona, c'est un quartier résidentiel réservé à un milieu assez huppé, protégé des agressions du monde extérieur mais des remparts, des agents de sécurité et un système de vidéo-surveillance. Le paradis du bourgeois, en somme, sauf quand trois petites frappent y pénètrent et tuent (accidentellement ?) une résidente. Et là, comme quoi les riches sont aussi cons que les pauvres, les habitants vont décider de faire justice eux-mêmes au lieu d'appeler la police, et de traquer sans relâche ces trois petits jeunes pour leur faire passer un mauvais quart d'heure. D'où une scission en deux clans : d'une part ceux qui se prennent pour Charles Bronson, de l'autre des bien pensants révoltés de voir que la loi du talion n'est pas démodée. C'est l'occasion pour Plá de lancer un débat forcément manichéen sur les droits et devoirs des citoyens et sur les moyens à employer pour assurer la sécurité des siens. La réflexion manque un peu de finesse et de nouveauté, mais ne fait heureusement qu'une partie de l'intérêt d'un film qui ne néglige pas son petit côté thriller assez bien troussé.
Jusqu'au bout ou presque, l'avenir des trois mecs transformés en gibier humain est incertain, et c'est ce suspense bien fichu (tant dans la mise en scène que l'écriture) qui fait tout le sel du film. Jusqu'à une conclusion un peu trop évidente (l'homme est une saloperie d'animal, et ce quel que soit son milieu), heureusement contrebalancée par une dernière scène émouvante et contenue, qui montre une nouvelle fois que le jeune Plá est plus doué pour raconter et illustrer que pour faire le sociologue.
6/10

12 nov. 2007

PAUPIÈRES BLEUES

Il faut passer outre un premier quart d'heure chiant comme la lune pour commencer à apprécier ce Paupières bleues, curiosité mexicaine utilisant un schéma classique de comédie romantique pour finalement livrer une description amère de la solitude amoureuse. Les héros du film sont deux bras cassés dépourvus de raison de vivre, n'ayant aucune vie sociale ni passion. Deux âmes en peine qui vont se (re)croiser et tenter de transformer leur relation polie et ennuyeuse en une passion artificielle mais salvatrice. Difficile quand on n'a ni conversation ni aspérité d'arriver à faire naître un couple, surtout lorsqu'on prend pour modèle ces héros de séries TV si décomplexés et trouvant toujours le mot juste.
Si son image est passablement moche, Paupières bleues bénéficie d'une mise en scène assez intéressante, qui laisse le temps aux silences et aux angoisses de se mettre en place. On a de la peine pour nos deux anti-héros, engoncés dans un mal-être pas exempt de drôlerie. Car comme dans le Sangre de son compatriote Escalante, et sur un thème voisin, Ernesto Contreras pratique l'humour à froid et la mise à distance (tout en se faisant moins austère que le susdit). Il ne rend pas ses personnages sympathiques, et c'est tant mieux : plus le film avance et plus on jubile à les voir échouer dans leur quête de sociabilité. Le pathétique devient succulent au cours d'une scène de sexe en plan fixe, qui montre que même si la fin du film venait à offrir un message d'espoir, celui-ci ne serait qu'éphémère. En dépit d'une conclusion qui peine à venir, Paupières bleues s'impose comme un petit film fort recommandable par sa propension à attirer des spectateurs d'horizons divers, qu'ils apprécient ou non les films d'auteur. C'est un atout formidable.
7/10
(également publié sur Écran Large)
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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