On ne touche pas à Radu Mihaileanu. Le très sympathique réalisateur de Train de vie et Va, vis et deviens est de ceux dont il ne faut pas dire de mal sous peine de passer pour un sans coeur absolu. Il faut pourtant le dire et le répéter : une cargaison de bons sentiments n'a jamais fait un bon film à elle seule. Le concert en est une nouvelle preuve : c'est un film aux intentions très louables, qui fait preuve d'une incontestable sincérité et déploie une énergie de tous les instants pour accroître son emprise séductrice. Mais c'est aussi un film longuet, lourdaud, pataud, qui réchauffe le coeur par endroits pour mieux navrer l'instant qui suit.Tout commence comme dans un Kusturica version soft - pas de sexe débridé ou d'excès de mauvais goût - avec l'histoire très couleur locale de concertistes déchus décidant de se faire passer pour l'Orchestre du Bolchoï. Le ton est donné : avec un début aussi hénaurme, il sera interdit de faire la fine bouche sur la crédibilité du scénario, qui ne semble pas être le principal souci de Mihaileanu. Cela ne fera que se confirmer par la suite, au gré de rebondissements éléphantesques voués à clore le film dans un gigantesque happy end aussi dégoulinant que désespérant. Mais passons : les grandes comédies ont parfois besoin d'un postulat improbable pour s'épanouir. Le souci, c'est que l'humour du Concert est du genre très, très, très répétitif. Le français très saccadé des quelques héros russes est amusant cinq minutes, mais il faut le subir pendant deux heures, sous-titres (inutiles) à l'appui. La prestation de François Berléand en directeur imbuvable ou celle de Lionel Abelanski en assistant dépassé sont du même acabit : c'est lourdingue, prévisible, dépassé - et on ne parle même pas du dernier plan sur les deux hommes, absolument affligeant.
Le concert parvient pourtant à s'épanouir et à séduire lorsqu'il évolue dans la tendresse. Le chef d'orchestre incarné par Alekseï Guskov a un regard, une histoire, qui donnent envie de l'écouter et de le soutenir, ce que fait à merveille son armoire à glace de pote, l'émouvant Dimitri Nazarov. Ces deux-là sont l'âme d'un film qui, par ailleurs, flirte trop avec la vulgarité pour que l'émotion perdure. Même la scène finale, qui voit notre vrai-faux orchestre interpréter le fameux Concerto de Tchaïkovski, est victime de ce coupable mélange des genres. On s'arme de toute sa bienveillance pour tenter de croire que des gens qui n'ont pas touché un instrument parviennent à jouer parfaitement une oeuvre aussi difficile, et on y arriverait presque... sauf que Mihaileanu n'a de cesse de couper la musique à intervalles réguliers pour insérer petits gags de bas étage et platissimes projections des semaines qui suivront le concert. Quand on a des personnages qui disent aimer la musique autant que leur propre vie, on a au moins la politesse de les laisser jouer de façon audible. Tant pis pour Mélanie Laurent, crédible en violoniste ; tant pis aussi pour le cinéma populaire, qui aurait bien besoin de films de ce tonneau, à condition qu'ils soient moins grossiers et populistes que celui-ci.

Le concert de Radu Mihaileanu. 2h. Sortie : 04/11/2009.
Autre critique sur Sur la route du cinéma.




















10 commentaires sur “LE CONCERT”
Vu hier, 100% d'accord avec toi. Pendant tout le film je me suis dit qu'il aurait bien plus de gueule réalisé par Kusturica.
Oui, tant pis.
C'est patapouf et à côté de la plaque.
Aaaaah Berléand et Abelanski...
c'est quoi ce "que que" qui traîne ?
On est d'accord, c'est quand même mieux quand ça se termine mal ;)
En tout cas je n'échapperai pas au Concert, j'ai promis à ma mère de l'emmener...
Et m*
La mère de la fille du rock n'est donc pas une maman rock ? Je compatis d'avance et je te rappelle, sourire en coin, que le film dure deux heures...
Bonjour Rob, Ce "Concert" est un film poussif et avec un scénario invraisemblable qui fait dans le n'importe quoi. Je ne sauve que le dernier quart d'heure avec la musique de Tchaikovski. Mais tout le reste est à oublier. Je n'avais pas du tout aimé "Va, vis et deviens". J'avais trouvé cela sans intérêt même s'il ne faut pas le dire. D'ailleurs, si je m'étais rappelé que c'était le même réalisateur, je n'y serais peut-être pas allée. Bonne journée.
« Je ne vois pas comment on peut ne pas aimer ce film » (Isabelle Motrot sur Europe 1, vendredi 6)
J'ai eu le même ressenti que toi, trop irrégulier, mélange des genres improbable, dommage, car il y a un acteur vraiment imprégné de son personnage, auquel on croit, mais le film est trop "populiste"!
eh bien moi j ai adoré j ai passé un bon moment j ai trouvé le film drôle et émouvant
irrégulier peut être, improbable encore peut être mais un mélange frais j ai suis sortie légère
et puis "populiste" cela veut dire quoi, qui touche le peuple? qui parle du peuple? quand bien même cela n est pas une obscènité que de l être, si cela l'est bien sûr
Les acteurs (les russes surtout) sont très justes, et drôles ils portent le film (en particulier Guskov) qui bizarrement est ignorés dans toutes les critiques du film
Affligeant en effet.
Je suis navrée d'être si peu loquace mais je ne vois pas comment définir autrement ce film.
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